Series VI Band 6 · No. .

ECHANTILLON DES REFLEXIONS SUR LE I. LIVRE DE L'ESSAY DE L'ENTENDEMENT

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ECHANTILLON DES REFLEXIONS SUR LE I. LIVRE DE L'ESSAY DE L'ENTENDEMENT Pour prouver qu'il n'y a point d'idées nées avec Nous, l'excellent auteur de l'Essay sur l'entendement de l'homme allegue l'experience qui fait voir que nous avons besoin d'occasions exterieures, pour penser à ces idées. J'en demeure d'accord, mais il ne me semble point qu'il s'ensuit que les occasions qui les font envisager, les font naistre. Et cette experience ne sçauroit determiner si c'est par immission d'une espece, ou par l'impression des traces sur un tableau vuide, ou si c'est par le developpement de ce qui est déja en nous, que nous nous en appercevons. Il n'est pas extraordinaire qu'il y ait quelque chose en nostre esprit dont nous ne nous appercevions point tousjours. La reminiscence fait voir, que nous avons souvent de la peine à nous souvenir de ce que nous sçavons, et à attraper ce quiest déja dans le clos et dans la possession de nostre entendement. Cela se trouvant vray dans les connoissances acquises, rien n'empeche qu'il ne soit vray aussi dans celles qui sont nées avec nous. Et mème il y a encor plus de difficulté de s'appercevoir de ces dernieres, quand elles n'ont pas encor esté modifiées et circomstanciées par des experiences, comme les acquises le sont, dont souvent les circomstances nous font souvenir. L'Auteur entreprend de faire voir en particulier que l'impossibilité et l'identité, le tout et la partie etc. n'ont point d'idées nées avec nous. Mais je ne comprends point la force des preuves qu'il apporte. J'avoue qu'on a de la peine à faire que les hommes s'apperçoivent distinctement de ces notions metaphysiques, car les abstractions et les reflexions leur coustent. Mais on peut avoir en soy, ce qu'on a de la peine à y distinguer. Il faut cependant quelque autre chose que l'idée de l'identité pour determiner la question, qu'on propose icy, sçavoir: Si Euphorbe et Pythagore et le coc même où l'ame de Pythagore logeoit pour quelque temps, ont tousjours esté le même individu; et il ne s'ensuit point que ceux qui ne la peuvent point resoudre, n'ont point d'idée de l'identité. Qu'y at-il de plus clair que les idées de Geometrie? cependant il y a des questions qu'on n'a pas encor pù decider. Mais celle qui regarde l'identité de Pythagore, suivant la fiction de sa metempsychose, n'est pas des plus impenetrables. Pour ce qui est de l'idée de Dieu, on allegue les exemples de quelques nations, qui n'en ont eu aucune connoissance. Mons. Fabritius Theologien fort éclairé du feu Electeur Palatin Charles Louys a publié l'Apologie du genre humain contre l'accusation de l'Atheisme, où il répond à des passages tels qu'on cite icy. Mais je n'entre point dans cette discussion. Supposé qu'il y ait des hommes, et meme des peuples qui n'ayent jamais pensé à Dieu; on peut dire que cela prouve seulement, qu'il n'y a point eu d'occasion suffisante pour reveiller en eux l'idée de la substance supreme. Avant que de passer aux principes complexes, ou verités primitives, je diray que je demeure d'accord, que la connoissance ou bien l'envisagement actuel des idées et des verités n'est point né avec nous. Et qu'il n'est point necessaire que nous les ayons connùes distinctement autresfois, selon la reminiscence de Platon. Mais l'idée estant prise pour l'objet immediat interne d'une notion, ou de ce que les Logiciens appellent un Terme incomplexe, rien ne l'empeche d'estre tousjours en nous, car ces objets peuvent subsister, lors qu'on ne s'en apperçoit point. On peut encor diviser les idées et les verités, en primitives, et derivatives: les connoissances des primitives n'ont point besoin d'estre formées, il faut les distinguer seulement; celles des derivatives se forment par l'entendement et par le raisonnement dans les occasions. Cependant on peut dire en un sens que les objects internes de ces connoissances, c'est à dire les idées et les verités memes, tant primitives que derivatives, sont toutes en nous, puisque toutes les idées derivatives, et toutes lesverités qu'on en deduit, resultent des rapports des idées primitives qui sont en nous. Mais l'usage fait qu'on a coustume d'appeller nées avec nous les verités à qui on donne creance aussi tost qu'on les entend, et les idées dont la realité (c'est à dire la possibilité de la chose qu'elle represente) est du nombre de ces verités et n'a point besoin d'estre prouvée par l'experience ou par la raison. Il y a donc assez d'equivoque dans cette question, et il suffit dans le fonds de reconnoistre qu'il y a une lumiere interne née avec nous qui comprend toutes les idées intelligibles, et toutes les verités necessaires, qui ne sont qu'une suite de ces idées et n'ont point besoin de l'experience pour estre prouvées. Pour reduire donc cette discussion à quelque utilité, je crois que le vray but qu'on y doit avoir est, de determiner les fondemens des verités et leur origine. J'avoue que les verités contingentes, ou de fait nous viennent par l'observation et par l'experience; mais je tiens que les verités necessaires derivatives dependent de la demonstration, c'est à dire des definitions ou idées, jointes aux verités primitives. Et les verités primitives (telles que le principe de la contradiction) ne viennent point des sens ou de l'experience et n'en sçauroient estre prouvées parfaitement, mais de la lumiere naturelle interne, et c'est ce que je veux, en disant qu'elles sont nées avec nous. C'est ce que les Geometres aussi ont fort bien compris. Ils pouvoient prouver passablement leur propositions (au moins les plus importantes), par l'experience, et je ne doute point que les anciens Egyptiens, et les Chinois n'ayent eu une telle Geometrie experimentale. Mais les Geometres veritables, sur tout les Grecs, ont voulu monstrer la force de la raison, et l'excellence de la science, en faisant voir qu'on peut tout prevoir en ces matieres par les lumieres internes avant l'experience. Aussi faut il avouer, que l'experience ne nous asseure jamais d'une parfaite universalité, et encor moins de la necessité. Quelques anciens se sont moqués d'Euclide, de ce qu'il a prouvé ce qu'un âne mème n'ignore pas (à ce qu'ils disent) sçavoir que dans un triangle les deux costés ensemble sont plus grands que le troisième. Mais ceux qui sçavent ce que c'est que la veritable analyse, sçavent bon gré à Euclide de sa preuve. Et c'est beaucoup que les Grecs, si peu exacts en autre chose, l'ont esté tant en Geometrie. Je l'attribue à la providence, et je crois que sans cela nous ne sçaurions presque point ce que c'est que demonstration. Aussi crois [je] que c'est en cela principalement que nous sommes superieurs auxChinois jusqu'icy. Mais il faut encor voir un peu, ce que dit nostre habile, et celebre auteur, dans les chap. 2 et 3 pour soùtenir, qu'il n'y a point de principes nés avec nous. Il s'oppose au consentement universel qu'on allegue en leur faveur, soùtenant que bien des gens doutent mème de ce fameux principe que deux contradictoires ne sçauroient estre vraies ou fausses à la fois; et que la plus grande partie du genre humain l'ignore tout à fait. J'avoue qu'il y a une infinité de personnes qui n'en ont jamais fait une enontiation expresse. J'ay vù meme des auteurs qui l'ont voulu refuter, le prenant sans doute de travers. Mais où en trouveraton qui ne s'en serve en practique, et qui ne soit choqué d'un menteur qui se contredit? cependant je ne me fonde pas entierement sur le consentement universel: et quant aux propositions qu'on approuve aussi tost qu'elles sont proposées, j'avoue qu'il n'est point necessaire qu'elles soyent primitives ou prochaines d'elles; car il se peut que ce soyent des faits fort communs. Pour ce qui est de cette enontiation qui nous apprend qu'un et un font deux (que l'auteur apporte comme un exemple), elle n'est pas un axiome, mais une definition. Et lors qu'on dit que la douceur est autre chose que l'amertume, on ne rapporte qu'un fait de l'experience primitive, ou de la perception immediate. Ou bien on ne fait que dire, que la perception de ce qu'on entend par le mot de la Douceur, est differente de la perception de ce qu'on entend par le mot de l'amertume. Je ne distingue point icy les verités practiques de celles qui sont speculatives: c'est tousjours la meme chose. Et comme on peut dire que c'est une verité des plus manifestes, qu'une substance dont la science et la puissance sont infinies doit estre honnorée, on peut dire qu'elle emane d'abord de la lumiere qui est née avec nous, pourveu qu'on y puisse donner son attention. ECHANTILLON DE REFLEXIONS SUR LE II. LIVRE Il est trés vray que nos perceptions des idées, viennent ou des sens exterieurs, ou du sens interne, qu'on peut appeller reflexion; mais cette reflexion ne se borne pas aux seules operations de l'esprit, comme il est dit chap. 1. §. 4. elle va jusqu'à l'esprit luy meme, et c'est en s'appercevant de luy, que nous nous appercevons de la substance. J'avoue que je suis du sentiment de ceux qui croyent que l'ame pense tousjours, quoyque ses pensées soyent souvent trop confuses et trop foibles pour qu'elle s'en puisse souvenir distinctement. Je crois d'avoir des preuves certaines de l'action continuelle de l'ame, et même je crois, que le corps ne sçauroit jamais estre sans mouvement. Les objections faites par l'auteur livre 2. ch. 1. § . 10. jusqu'à 19. se peuvent resoudre facilement par ce qu'on vient de dire ou qu'on va dire. On se fonde sur l'experience du sommeil qui est quelques fois sans aucun songe: et en effect il y a des personnes, qui ne sçavent ce que c'est que songer. Cependant il n'est pas tousjours seur de nier tout ce dont on ne s'apperçoit point. Et c'est à peu prés comme lors qu'il y a des gens qui nient les petits corps et les mouvemens insensibles, et se moquent des particules parce qu'on ne les sçauroit monstrer. Mais on me dira, qu'il y a des preuves qui nous forcent de les admettre. Je reponds qu'il y en a de meme qui nous obligent d'admettre des perceptions qui ne sont pas assez notables pour qu'on s'en souvienne. L'experience encor favorise ce sentiment; par exemple, ceux qui ont dormi dans un lieu froid, remarquent d'en avoir eu quelque sentiment confus et foible en dormant. Je connois une personne qui s'eveille quand la lampe qu'elle tient tousjours allumée la nuit dans sa chambre, cesse d'eclairer. Mais voicy quelque chose de plus precis; et qui fait voir, que si on n'avoit point tousjours des perceptions, on ne pourroit jamais estre reveillé du sommeil. Qu'un homme qui dort soit appellé par plusieurs à la fois, et qu'on suppose que la voix de chacun à part ne soit pas assez forte pour l'eveiller; mais que le bruit de toutes ces voix ensemble l'eveille. Prenons en une: il faut bien qu'il ait esté touché de cette voix en particulier, car les parties sont dans le tout; et si chacune à part ne fait rien du tout, le tout ne fera rien non plus. Cependant il auroit continué de dormir, si elle avoit esté seule, et cela sans se souvenir d'avoir esté appellé. Ainsi il y a des perceptions trop foibles pour estre remarquées, quoyqu'elles soyent tousjours retenuës, mais parmy un tas d'une infinité d'autres petites perceptions que nous avons continuellement. Car ny mouvemens ny perceptions ne se perdent jamais, l'un et l'autre continue tousjours, devenant seulement indistinguables par la composition avec beaucoup d'autres. On pourroit repondre à ce raisonnement qu'effectivement chaque voix à part touche le corps mais qu'il en faut une certaine quantité, pour que le mouvement du corps aille à l'ame. Je reponds que la moindre impression va à tout corps, et par consequent à celuy dont les mouvemens repondent aux actions de l'ame. Et aprés cela on ne sauroit trouver aucun principe de limitation pour qu'il faille une certaine quantité. Je ne veux point insister sur l'interest que l'Immortalité de l'ame a dans cette doctrine..Car si l'ame est sans operation, elle est autant que sans vie, et il semble qu'elle ne peut estre immortelle que par grace et par miracle: sentiment qu'on a raison de desapprouver. J'avoue cependant que nostre interest n'est pas la regle de la verité; et je ne veux point mèler icy les raisons Theologiques avec celles de la philosophie. LETTRE DE LOCKE [Fin(?) 1698.] Monsieur l'Eveque de Worcester se propose dans le dernier chapitre de son discours servant à la Vindication de la Trinité qu'il a publié l'année passée, d'examiner les objections qui roulent sur le point de la raison, où il s'applique principalement à examiner en general, si on ne doit croire que ce qu'on comprend, et dont on a des idées claires et distinctes. Je ne trouve point (dit il p. 231) que nos Unitaires ayent expliqué la Nature et les limites de la raison comme ils devoient pour en faire la regle de leur foy. Il entend apparemment ceux qui ont écrit depuis peu en Angleterre; quoyque peut estre les autres n'y ayent pas satisfait non plus. Il est vray qu'ils y ont travaillé, et André Kesler Theologien de la confession d'Augsbourg a fait un livre exprés pour examiner la Logique des Sociniens, qu'il avoit ramassée de leur passages. Je me souviens aussi d'avoir vû autres fois une Metaphysique Manuscrite d'un de leur auteurs, nommé Stegmannus, qui pourtant ne me donnoit gueres de satisfaction. Mons. l'Eveque continue en disant qu'enfin l'auteur du livre Anglois, dont le titre signifie Christianisme non mysterieux a entrepris d'expliquer ce que c'est que la Raison disant que c'est la Faculté de l'ame qui decouvre la certitude de ce qui est douteux ou obscur, en le comparant avec ce qui est evidemment connu. Car on ne raisonne point quand on jouit d'une evidence entiere par une perception immediate, mais lors que l'esprit découvre l'agrément ou désagrément (s'il m'est permis de parler ainsi pour mieux exprimer l'Anglois) par l'intervention d'autres idées moyennes, on appelle cette connoissance, rai son ou demonstration. Là dessus Mons. de Worcester desire qu'on considere que cette doctrine suppose qu'on doit avoir des idées claires et distinctes, pour obtenir quelque certitude en les comparant et que par consequent toute l'asseurance de la foy ou de la raison cesse lors qu'on n'a point de telles idées. Or les idées ne pouvant entrer dans l'esprit selon l'auteur du Christianisme non mysterieux que par les sens, ou par la reflexion de l'ame sur ses propres operations, et l'idée de la Substance (dont on a besoin sur tout en matiere de Trinité, comme aussi de celle de la personne), n'entrant pas par les sens, et ne dependant point des operations de l'esprit, il s'ensuit au sentiment de M. de Worcester que la substance selon ces principes ne peut point estre l'object de la raison, et ainsi je ne m'étonne point, dit il (p. 234 de la Vindication) que ces Messieurs, qui suivent cette nouvelle maniere de raisonner ont banni la substance du monde raisonnable; citant là dessus quelques passages du livre que le celebre Mons. Locke a publié en Anglois sous le titre d'Essay de l'entendement de l'homme, qui dit livr. 1. ch. 4. sect. 18. que nous ne sçaurions avoir l'idée de la substance ny par les sens ny par la reflexion, et que substance ne signifie qu'une supposition incertaine d'un je ne sçay quoy. Et que pour cela elle est comparée plus d'une fois (livre 2. ch. 13. sect. 19. et ch. 23. sect. 2) avec la supposition d'un philosophe Indien, qui fut obligé enfin d'avoir recours à un je ne sçay quoy qui porte la tortue qui porte l'elefant qui porte la terre, puisque la substance a esté controuvée seulement pour estre un support des accidens. Et qu'ainsi nous parlons de la substance comme des enfans, les quels estant interrogés sur un sujet qu'ils ne connoissent point, donnent cette réponse fort satisfaisante, que c'est quelque chose. Il paroist que ces sortes de passages, et l'usage que l'auteur du Christianisme non mysterieux a fait des principes de Mons. Locke ont porté Mons. de Worcester à examiner cette doctrine, quoyqu'il reconnoisse sincerement (Vindicat. de la Trin. p. 239) qu'il faut rendre cette justice à l'ingenieux auteur de l'essay de l entendement, que les notions qu'on a empruntées de luy, ont esté appliquées à un autre usage que celuy qu'il s'estoit proposé. Mons. de Worcester dit donc (Vindic. p. 235) qu'il ne soutient point que nous pouvons avoir une idée de la substance par la sensation ou par la reflexion, mais qu'il infere seulement de ce que nous ne pouvons l'avoir ainsi, que cette enumeration des idées dont la raison a besoin est imparfaite; puisque outre cela il faut qu'il y ait des idées generales formées sur les particulieres, et qui ne viennent point d'une simple comparaison de cellescy; et que parmy ces idées generales celle de la substance est une des premieres, d'autant que nous trouvons que nous ne sçaurions avoir des veritables conceptions des modes ou accidens sans concevoir un substratum ou sujet qui les contienne, et qu'il repugne à nos premieres conceptions, que les modes ou accidens subsistent par eux mèmes. Au lieu que l'auteur de l'essay de l'entendement avoit dit l. 2. ch. 1. sect. 5. que nous n'avons des idées que par les sens ou par la reflexion, et qu'il ne forme point l'idée de la substance par l'abstraction ny par l'extension ou elargissement des idées simples mais par leur composition disant l. 2. ch. 23. s. 1. qu'en ne pouvant pas nous imaginer comment ces simples idées subsistent d'elles memes nous nous accoustumons à supposer un substratum. Ce qui n'est pas suffisant au sentiment de M. de Worcester (Vind. p. 238) ces complications servant à distinguer les substances particulieres, mais ne donnant pas une juste idée de la substance ou Essence en general. Et l'auteur de l'essay del,entendement ayant reconnu ch. 23. s. 5., qu'il seroit aussi raisonnable de nier les corps, par ce que nous n'en connoissons pas l'essence, et n'avons aucune idée de la substance de la matiere, que de nier les esprits, par ce que nous n'en connoissons point l'essence, et n'avons nulle idée de la substance spirituelle, il en est inferé icy (Vindic. p. 239, 240) qu'il ne faut donc point dire, que la raison depend des idées claires et distinctes, et qu'il est faux que les simples idées (venant des sens ou de la reflexion) sont la seule matiere et le fondement de nostre raisonnement. On conclut donc de cela (Vindic. p. 241) que ces Messieurs qui font tant de fonds sur les idées ne sçauroient estre asseurés qu'il y a des corps ny qu'il y a des esprits, et que Mons. Locke qui a voulu prouver l'existence de la substance spirituelle de ce que nous avons en nous des idées des operations de nostre esprit comme sont connoistre, vouloir etc. les quelles ne sçauroient venir de la substance corporelle, a affoibli luy meme sa preuve, en disant (Essay i de l'entend. l. 3. ch. 3. et particulierement sect. 6. 2 d. edit. p. 310) que nous avons les idées de la matiere et de la pensée, mais qu'apparemment nous ne serons jamais capables de connoistre, s'il n'y a pas quelque estre materiel qui pense; estant impossible à nous à son avis de découvrir sur la contemplation de nos propres idées et sans revelation, si le tout puissant n'a pas donné à quelque systeme de la matiere disposé comme il faut, la faculté d'avoir de la perception ou de penser. Mais si cela est, dit M. de Worcester, comment pourrons nous estre asseurés qu'il y a une substance spirituelle en nous? car il se peut que seulement Dieu ait donné à nostre matiere disposée comme il faut le pouvoir de penser? Il adjoute (Vindic. p. 242) qu'il est vray que M. Locke avoit dit (l. 4. ch. 10. sect. [5.] de son Essay) qu'il repugne à l'idée de la matiere privée de sentiment, d'arriver par elle mème à en avoir, mais que c'est une autre Question. Que Mons. Locke dit aussi (l. 2. ch. 23. s. 15. de son Essayde l'entendement) que sur les operations de nostre ame nous formons l'idée composée de l'esprit; mais ce n'est donc qu'une idée possible, item qu'il avoue (sect. 27. 28) que le corps consistant dans la cohesion des parties solides et dans la puissance de communiquer le mouvement par l'impulsion, et que l'esprit consistant dans le pouvoir de penser, de vouloir, et de mouvoir le corps; il est aussi difficile de concevoir la cohesion, que d'entendre ce que c'est que la pensée; et que la puissance de communiquer le mouvement est aussi obscure, que celle de l'exciter par la pensée; le fait estant asseuré, mais la maniere n'entrant pas dans nostre comprehension. Et (sect. 31) que la divisibilité du corps nous mene à des difficultés, qu'il est impossible de developper par quelque chose de consistent; et (sect. 32) que n'ayant que des idées superficielles, et manquant de facultés propres à atteindre leur nature, nous ne sçaurions rien découvrir au delà, que nostre ignorance. Et (sect. 33. 34. 35. 36.) que l'idée de Dieu n'estant formée, que par des idées complexes ou composées des idées des perfections que nous trouvons en nous, mais étendues d'avantage et élargies, pour estre rendues applicables à un estre infini; nous nous representons cet estre par ce moyen le mieux que nous pouvons. Ces aveus de l'imperfection de nos connoissances, donnent sujet à Mons. l'Eveque de Worcester de dire (Vindic. p. 246) qu'il ne sçait donc point s'il y a plus de stupidité ou plus d'arrogance dans ceux qui osent rejetter une doctrine qui se rapporte à la divine essence, en alleguant seulement qu'on ne sçauroit comprendre comment la chose se fait. M. l'Eveque de Worcester remarque encor, que M. Locke ayant dit (l. 4. ch. 1. s. 1) que l'evidence de l'existence de Dieu est egale à la certitude des mathematiques, et ayant apporté de fort bon[s] argumens pour cette existence, il a cependant omis celuy qu'on tire de l'existence renfermée dans l'idée claire et distincte de Dieu; ce qui ne s'accorde point avec la pretension de deduire toute nostre certitude de telles idées. Aussi l'accordet-on icy à M. Locke que cette preuve tirée d'idées n'est pas assez solide, pour qu'on puisse bastir tout l'ouvrage là dessus, et affoiblir les autres raisons. On adjoute (Vindicat. p. 247). que tout ce bruit qu'on fait aujourd'huy des idées vient des meditations d'un homme ingenieux et pensif (Descartes) qui a taché de jetter les fondemens de la certitude le mieux qu'il a pù: mais trouvant la certitude de son existence dans la perception interne, il n'en devoit point inferer, que ce qui est clair et distinct est vray, si non dans un pareil degré d'evidence, puisque ce n'est pas la clarté de la perception, mais la plenitude de l'evidenee d'une perception immediate qui en fait la seureté. Outre que cela ne va pas jusqu'aux choses hors de nous. Donc la certitude n'est pas dans les idées, mais dans la raison qui prouve evidemment la justesse et la verité de ces idées. Mons. Locke avoit dit (Essayd,entend. l. 2. ch. 30. 31) que toutes les idées simples sont vrayes et adequates, quoyqu'elles ne soyent pas les representations des objects, mais seulement les effects du pouvoir qu'ils ont sur nous; que toutes les idées des substances sont imparfaites et inadequates, puisqu'elles se rapportent aux essences reelles des choses, que nous ignorons, ne sçachant point ce que la substance est en elle même. Et qu'elles sont memes fausses quand on les considere comme les representations de ces essences (ch. 32. s. 18) item que les idées abstraites ne sont que des noms generaux (l. 3. ch. 3. s. 6.) formés en retranchant les circomstances du lieu et du temps etc., et qu'ainsi ce ne sont que des creatures de l'esprit. Et qu'enfin (sect. 15. 19. 20) il y [a] deux sortes d'essences, l'une reelle qui est interne, inconnue, particuliere; l'autre nominale, qui est abstraite et seule immuable, et aide les hommes à considerer les choses: que l'essence reelle est le fondement des proprietés, mais que nous connoissons cependant les facultés ou proprietés sans connoistre cette essence, dont nous sommes asseurés pourtant par ces proprietés, et n'en connoissans qu'autant que ces proprietés nous decouvrent. Cela estant nous n'avons aucune raison selon M. de Worcester de nous plaindre de l'incertitude à l'egard des essences reelles (Vindicat. p. 256), nous pouvons même dire, que ce qui nous est decouvert sur les essences est reel, et immuable, et passe ce qui n'est que nominal. Or les proprietés des choses font leur n ature, soit qu'on la considere comme estant en des individus differens, soit qu'on la prenne abstraitement en elle mème (Viudicat. p. 253). Mais la notion de la personne (p. 259) vient de la distinction des individus, qui auroit lieu, quand mèmes il n'y auroit point de differences externes, et c'est cette subsistence individuelle et incommunicable d'un estre intelligent qui constitue la personalité. Ainsi une personne est une substance intelligente complete avec une maniere de subsistance qui luy est particuliere. Cependant cette difference de la nature et de la personne ne nous vient point de nos idées simples, mais de la raison, par la quelle nous jugeons aussi que supposé qu'il y ait une distinction de personnes dans la nature divine, il faut necessairement, à cause de la perfection infinie de la divine nature, que cette distinction ne soit point contraire à l'unité de l'essence divine. Le reste de ce chapitre de Mons. l'Eveque de Worcester est employé à repondre à l'auteur du Christianisme non mysterieux, et à quelques Unitaires nouveaux. Cet adversaire des mysteres dit qu'on ne doit point appeller mystere tout ce dont on n'a point d'idée adequate, ny vûe distincte de toutes ses proprietés à la fois; autrement tout seroit mystere. Ainsi il semble reconnoistre que nous n'avons jamais des idées adequates. Mais M. de Worcester en infere (Vindicat. p. 267), que suivant ces principes, nous ne pouvons rien connoistre, et ne devons rien affirmer, puisque l'auteur veut qu'on ne doit donner son approbation qu'à ce qu'on comprend; cependant on ne sçauroit rien comprendre sans idées adequates. M. de Worcester adjoute qu'il n'y a point de gens plus hardis à attaquer les mysteres, que les proneurs des idées et d'autres nouveaux termes de philosophie, qu'ils employent sans les entendre, depuis qu'ils sont plus à la mode, que genre, espece, formes, qualités, comme si les nouveaux mots servoient au progrés de nostre entendement ou comme si un mauvais joueur reussissoit mieux avec des cartes neuves (Vindicat. p. 273). Le meme adversaire pretend qu'on comprend fort bien les attributs de Dieu, et particulierement l'eternité; mais depuis (v. Vindicat. p. 275) il veut que cette comprehension se reduit à entendre que la chose est incomprehensible, et que cela suffit pour dire que la chose n'est pas au dessus de la raison. Ce qui ne s'accorde point avec les sentimens du même auteur, qui veut qu'on ne doit croire que ce dont on a une idée claire et distincte; l'idée claire luy estant celle dont l'esprit a une pleine et evidente perception, et une idée distincte lors que par son moyen l'esprit comprend la difference qu'il y a entre cette chose et toutes les autres, suivant ce qu'on rapporte de luy icy (Vindicat. p. 276) et M. de Worcester juge qu'il est visible par toutes ces choses, ou que nous ne devons rien admettre, ou que nous devons admettre les mysteres de la foy aussi bien que ceux de la nature. A moins que l'adversaire ne fasse voir, comme il nous fait esperer, que l'eternité, et l'infini sont aussi peu mysterieux que cinq egal à deux et trois (v. Vindicat. p. 276). Enfin Mons. l'Eveque de Worcester accorde aux Unitaires (Vindicat. p. 289), que nous avons tousjours besoin de fondemens ou raisons de nostre foy, qu'il faut qu'on entende le sens des revelations, qu'il faut rejetter les contradictions, et ce qui est contraire aux principes des sens et de la raison; mais il les defie de monstrer ces contradictions et contrarietés dans nos mysteres. Monsieur Locke a trouvé à propos de repondre à M. l'Eveque de Worcester par un Livre en forme de Lettre, il témoigne beaucoup de consideration et d'estime pour ce sçavant prelat, mais il semble se plaindre de ce qu'on l'a mêlé dans cette dispute avec les Unitaires et de l'auteur du christianisme non mysterieux, quoyque tout son ouvrage de l'Essay de l'entendement ne contienne rien qui puisse avoir le moindre air d'une objection contre la Trinité. Je n'entre point dans cette discussion, et je ne doute point que le monde ne rende à cet auteur solide et judicieux toute la justice qui luy est duë, comme M. de Worcester a déja fait luy même dans sa replique. Je ne m'attacheray donc qu'à ce qui peut éclaircir la matiere; aussi n'est ce que pour cela que Mons. de Worcester paroist avoir entrepris de considerer quelques endroits de l'essay de l'entendement, à fin d'empecher les mal intentionnés d'en abuser. On peut dire que Mons. Locke le fait luy même abondamment dans sa reponse. Il declare d'abord qu'il n'a pas eu la moindre intention, de bannir la notion de la substance du monde raisonnable, ayant seulement voulu dire par sa comparaison avec la tortue du philosophe Indien, que nous n'entendons gueres mieux ce que c'est que le support des accidens, que ce je ne sçay quoy qui porte la tortuë; puisque nous n'en avons aucune idée claire ou distincte. Il apporte pour cet effect des passages où il avoit fait voir la necessité d'admettre ce substratum qui est la cause inconnue de l'union des idées simples, et qui fait que le tout subsiste par luy mème (Lettre p. 7. 8.). Mais il tient que l'idée que nous en avons est obscure, confuse, vague, et relative (p. 7, p. 11, p. 40) souhaittant (p. 11) que quelcun la puisse rendre plus claire et plus distincte que Burgersdicius, Sanderson, et tout le reste des Logiciens n'a fait jusqu'icy. Mons. de Worcester ayant inferé de cette obscurité qu'il faut donc admettre qu'il y a des idées dont la raison a besoin, qui ne viennent point des sens, ny de la reflexion, Mons. Locke en demeure d'accord, et dit qu'il ne connoist personne qui soit du sentiment, qu'on rejette: que pour luy, il s'est assez expliqué dans son ouvrage de l'entendement, qu'il croit seulement que les idées simples, qui sont le fondement de nos connoissances nous viennent par ces deux voyes; mais qu'outre cela il admet les idées des relations et modes simples et mixtes, et les idées composées des especes des substances, puisque nos idées complexes ou composées, relatives, et generales ont esté formées, en faisant des abstractions, et en elargissant, comparant et composant ces idées simples et leur combinaisons, et en les rapportant les unes aux autres (Lettre p. 17. 18). Et il continue de faire voir que ce que Mons. de Worcester dit sur ce sujet s'accorde assez avec ce qu'il avoit dit luy meme, sçavoir (Lettre p. 20, item p. 34) que l'esprit forme des idées generales non pas en comparant simplement celles que les sens et la reflexion a fournies, mais en les separant des circomstances du temps et lieu et autres determinations. Et quoyqu'il ne veut point disputer sur ce que M. de Worcester avance, que l'idée de la substance est une des premieres et des plus naturelles, il en avoit pourtant déja reconnu autres fois la necessité par la même raison, qu'il faut un substratum; et qu'ainsi ses sentimens ont esté plus tost confirmés que refutés par ce celebre prelat. Il avoit même remarqué que la faculté de faire des abstractions, et des idées generales, est une excellence de l'homme qui le distingue parfaitement des bestes dont les facultés n'y sçauroient atteindre (p. 26). Mons. de Worcester paroissant luy objecter (Vindicat. p. 236) qu'il a voulu former l'idée generale de la substance, non pas par l'abstraction et par l'elargissement des idées simples, mais par leur composition, M. Locke repond (p. 29) qu'il s'est assez expliqué sur tout dans les endroits où il traite la matiere à fonds, faisant voir, que toutes les idées generales sont formées par abstraction. Et quoyqu'il ait dit (essay de l'entend. l. 2. ch. 23. §. 2) que l'esprit remarquant certaines idées simples se trouver constamment ensemble, et presumant qu'elles appartiennent à une même chose, leur donne un nom pour abreger et pour accommoder les mots aux conceptions; ce qui fait qu'on parle par aprés par inadvertance, comme si ce n'estoit qu'une idée, quoyque ce soit une complication de plusieurs mais dont on s'accoustume de supposer un substratum dans le quel elles subsistent, et dont elles resultent, ce qu'on appelle Substance; quoyqu'il ait (dis-je) dit tout cela, ce n'a esté qu'en parlant de la formation des idées des substances particulieres; mais quant à la notion de la substance en general, il avoit dit immediatement aprés ( §. 2) que l'idée de la pure substance en general est seulement la supposition de je ne sçay quel support de qualités capables de produire en nous des idées simples. Il adjoute aussi, que ce n'est pas l'existence de la substance (comme il semble qu'on luy impute) mais l'idée que nous en avons qu'il a voulu faire passer pour obscure, ou rapporter à nostre coustume de supposer un substratum; ayant dit positivement que nous sommes des substances, et que les sens nous rendent seurs de l'existence des substances solides et étendues comme la reflexion nous asseure qu'il y a des substances qui pensent. Ayant dit aussi autres fois que les idées simples et originales ne viennent que des sens ou bien de la reflexion que nous faisons sur nos operations, et que les idées generales ne sont que les creatures de nostre esprit[,] il adjoute maintenant (Lettre p. 35) que Mons. de Worcester paroist avoir pris son sentiment tout d'une maniere, comme s'il avoit rejetté tout à fait les idées que les sens et la reflexion ne fournissent point, et comme s'il y avoit une opposition (p. 38) entre les idéesqui sont fondées sur ces deux especes de notions originales et entre celles que la raison forme. Au lieu que Mons. Locke juge qu'on peut accorder ces deux choses, puisque la raison ne forme ces idées que sur ces fondemens des sens et de la reflexion, et accorde ainsi à M. l'E. de W. que l'idée de la substance est une idée de la raison. Mais le même disant (Vindic. p. 238) que l'idée de la substance generale ou Nature de l'homme est une conception aussi claire que les idées simples fournies par les sens, Mons. Locke luy demande la permission (Lettre p. 48, p. 53) d'estre d'un autre sentiment, croyant que l'idée de la substance qui soùtient les proprietés de l'homme est fort obscure; au lieu qu'à son avis celle de la couleur ou de la figure de l'homme n'a point d'obscurité ny de confusion (Lettre p. 48. 49). Et Mons. l'Eveque de W. avoit reconnu luy meme (Vindic. p. 256) qu'il suffit qu'on sçache qu'il y a une substance ou essence, quoyqu'on n'en connoisse que les proprietés, et qu'on n'en comprenne point la structure interne. Sur quoy Mons. Locke demande (Lettre p. 51) comment on peut donc avancer dans la Vindication (Vindic. p. 238) qu'on a une idée juste et veritable de la substance ou essence, sans la quelle les complications des idées simples n'en sçauroient donner une bonne notion, puisque cette idée de la substance depouillée des proprietés, et de la complication des idées simples nous apprend seulement quelque chose de vague et d'inconnu (Lettre p. 54). La Vindication continue de dire (Vindic. p. 239) qu'il faut rendre cette justice à l'ingenieux auteur de l'essay de l'entendement, qu'il donne aux esprits une notion aussi claire que celle qu'il donne aux corps, et qu'il veut que nous sommes aussi asseurés des uns que des autres, quoyque nous n'ayons point d'idées claires et distinctes de ces substances; d'où l'auteur de la Vindication infere que la raison ne depend point des idées claires et distinctes. L'auteur de la Lettre repond (Lettr. p. 56) qu'il ne place point la certitude seulement dans les idées claires et distinctes, mais dans la connexion claire et visible de ces idées, ou dans leur agrément et desagrément; et queles sens luy apprennent avec la derniere evidence et certitude qu'il y a de la solidité et de l'etendue hors de nous; mais que ce n'est que par la liaison de ces idées avec un support, qu'il juge qu'il y a une substance etendue (p. 57. 58). Nous avons dit cy dessus que Mons. l'Eveque de Worcester avoit trouvé de la difficulté dans la preuve de la substance spirituelle que l'auteur de l'Essay del,entendement avoit prise de ce que nous experimentons en nous une substance qui pense, parce que le même auteur de l'Essay de l'entendement avoit dit ailleurs, que Dieu peut donner à la matiere duëment preparée la faculté de penser. Mons. Locke y repond (p. 66) qu'une telle substance materielle ne laisseroit pas d'estre spirituelle en mème temps; et il reconnoist qu'en cas qu'on entend par un esprit non pas precisement ce qui pense, mais quelque chose d'immateriel; la preuve qu'il a donnée autres fois de l'existence d'un estre spirituel ou immateriel en nous n'est pas demonstrative, mais seulement trés probable. Il adjoute (Lettre p. 67) qu'il seroit ravi, de pouvoir obtenir une demonstration pleine et entiere de cette immaterialité de nostre ame que les idées à son avis (Lettre p. 82) ne sçauroient donner; mais qu'en tout cas il suffit pour le grand but de la morale et de la religion, qu'on soit asseuré que l'ame est immortelle, ce qui ne depend pas de l'immaterialité, comme S. Paul le declare I. Cor. XV. 53. disant que ce qui est corruptible doit estre exemte de la corruption, et que le mortel doit parvenir à l'immortalité. Qu'au reste on ne doit point trouver estrange qu'une chose materielle soit appellée esprit, puisque Ciceron Virgile et autres anciens se sont servis de même de ce mot, que Salomon ou ses traducteurs Eccles. III. 2. donnent un esprit aux bestes, et que mème nostre Seigneur Luc.XXIV. 37. se contente de faire voir qu'il a de la chair et des os, pour marquer qu'il n'est pas un esprit, ou ce que les anciens appelloient une ombre, Imago, par levibus ventis volucrique simillima somno. Mais lors que la S. Ecriture dit que Dieu est un esprit, c'est alors qu'on peut asseurer qu'elle entend un estre immateriel. Mons. l'E. de Worcester ayant dit (Vindic. p. 252) que ce qu'il s'est proposé de prouver est, que la certitude ne consiste pas dans les idées claires et distinctes, mais dans la force de la raison qui en est differente[,] Mons. Locke repond (Lettre p. 87) qu'il n'y a rien en cela dont il ne convienne, la certitude à son avis (joignés Lettre p. lo7. p. 117 p. 122) se trouvant dans la perception de l'agrément ou desagrément des idées. Par exemple (Lettre p. 88) l'idée de la pensée qui est claire est jointe en meme temps à l'idée claire de l'existence, et à l'idée obscure de la substance; et on ne laisse pas d'estre asseuré de l'existence de cette substance. Mais il souhaiteroit (Lettre p. 85) que Mons. l'E. de W. ayant dit (Vind. p. 230) qu'il falloit considerer ce que c'est que la raison, en ait voulu donner l'explication. Mons. Locke proteste (Lettre p. 90 et p. 116) qu'il n'a jamais dit que les idées claires et distinctes sont la matiere et le fondement de nos raisonnemens, ny même qu'ils sont fondés sur les seules idées claires; mais qu'il a dit seulement que les idées simples sont le fondement de toutes nos connoissances, quoyque on ne puisse pas tousjours deduire ces connoissances (Lettre p. loo) de ces idées, sans y joindre les idées complexes qui ne sont pas tousjours claires. , Sur ce que M. l'Eveque avoit avancé que tout ce bruit des idées vient des meditations de Descartes, Mons. Locke repond (Lettre p. lo2) qu'à la verité il doit à cet excellent homme sa premiere delivrance du jargon non intelligible de l'école, mais qu'il ne voudroit pas que ses erreurs ou imperfections fussent imputées à cet auteur, puisque ce n'est pas de luy, mais seulement de ses propres pensées, qu'il a tiré ses essais de l'entendement. Il avoue aussi (Lettr. p. lo8) de ne connoistre personne, qui ait crû que par l'idée d'une chose on peut prouver son existence, excepté Descartes, et ceux qui l'ont suivi dans sa preuve de l'existence de Dieu qu'il a voulu tirer de l'idée de Dieu. Cependant Mons. Locke avoit declaré dans son essaydel,entendement (l. 4. ch. 10. §. 7) et il le repete icy (Lettr. p. 112) que des preuves differentes peuvent servir à l'egard des personnes differentes selon leur goust et temperament; ainsi il desapprouve que pour faire valoir une preuve, on pretende affoiblir d'autres. Mais il declare en meme temps icy (p. 115) que cet argument tiré de l'idée ne luy paroist point demonstratif, quoyqu'il puisse avoir la force de persuader quelques uns, et se trouver ainsi utile à leur égard. Il n'accorde pas aussi (Lettre p. 116. 117) ce que Mons. l'E. de W. paroissoit dire, que supposé que la raison soit fondée sur les idées claires, elles nous satisferoient aussi tost que nous y voudrions donner nostre attention. Puisque l'agrément des idées ne paroist pas tousjours d'abord, et qu'il faut souvent des idées moyennes pour le connoistre; et qu'ainsi les admirables demonstrations de l'incomparable M. Newton, bien que fondées sur les idées de la quantité, n'auront point apparemment luy pù venir du premier coup dans l'esprit d'une maniere demonstrative et propre à le satisfaire avec certitude. Ainsi Mons. l'E. de W. ayant dit que la certitude consiste non pas dans les idées mais dans l'usage de la bonne et saine raison, Mons. Locke repond (Lettr. p. 128, 130) qu'il faut tousjours l'un et l'autre, l'argumentation n'estant autre chose que l'agrément ou desagrément des idées extremes decouvert par les moyennes. Et il soutient ainsi (Lettre p. 132) que la preuve qu'il avoit donnée autres fois de l'existence de Dieu que M. l'Evèque dit n'estre prise que de la raison, est prise en meme temps des idées. Cette preuve est (Lettre p. 133), qu'il faut qu'il y ait un estre intelligent de toute eternité, parce qu'il est impossible que la connoissance soit produite par des estres qui n'en ont point; Et (Lettr. p. 140) que la matiere puisse produire la faculté de penser, puisque en ce cas ce seroit une proprieté inseparable de la matiere, ce qui est contre l'experience. Et si on vouloit accorder le privilege de la pensée à certaines portions de la matiere, il faudroit pouvoir expliquer comment la pensée y peut estre produite[,] ce qu'on ne sçauroit. Mons. Locke avoue (Lettre p. 146) qu'il croit que cet argument est d'une force egale à celle des demonstrations Mathematiques. Cependant en soùtenant qu'il est fondé sur les idées, il s'etonne que M. l'Eveque de Worcester n'en veut point convenir, et qu'il paroist avoir une certaine aversion pour ce mot de l'idée; qui cependant ne veut dire autre chose que l'objet immediat de la pensée. Ainsi rejetter la voye des idées est rejetter l'usage de la raison. Pour ce qui est de la verité et de l'etendue des idées qui les fait adequates l'auteur de l'essay de l'entendement avoit dit (l. 2. ch. 30, 31) que toutes les idées simples sont reelles, et adequates aux pouvoirs des choses, dont elles sont les effects, quoyqu'elles ne soyent pas tousjours des representations des choses. Et il avoit fait une distinction à cet egard sur ce fondement, que les idées simples des qualités primitives, comme étendue, figure, etc. sont des representations ou images; mais que les idées simples des qualités secondaires ne sont que des effects et des impressions sur nous causées par l'action des puissances des objets sur nos sens. Ainsi on ne doit point dire generalement que nous n'entendons rien par le moyen des idées simples, si non l'effect que les objets font sur nous (Lettr. p. 168. 169). On adjoute (Lettr. p. 170) que lors que nous ne connoissons que ces puissances et effects des objets, nous ne laissons pas de distinguer les objets par ce moyen avec certitude, par exemple l'or et l'argent par la couleur, l'eau et le vin par le goust, et que nous ne laissons pas aussi d'en recevoir du plaisir. Ainsi nous n'avons aucun sujet de nous plaindre. Cependant il est vray (Lettre p. 176) que lors qu'on rapporte nos idées des substances à leur essences reelles et non pas seulement à leur pouvoirs sur nous, elles sont inadequates à cet égard. Par exemple l'idée de l'essence reelle du soleil, si elle estoit claire nous devroit apprendre que le soleil est une étoile fixe, supposé que cela soit veritable (Lett. p. 193). Mais l'idée de son essence nominale, nous apprend tout autre chose, et fait que nous opposons le soleil aux fixes. Ce qui fait connoistre (Lettr. p. 191) que nostre maniere de distribuer les substances en especes par les noms que nous leur donnons n'est point fondée dans les essences reelles. On appelle Essence Reelle (Lettr. p. 201) cette constitution interne de la quelle naissent les proprietés. Et Nominale, celle qui est composée des proprietés que nous remarquons, et aux quelles nous attachons des noms specifiques. Enfin Mons. Locke proteste dans son postscriptum que la parole de Dieu sera tousjours le guide infallible de ses sentimens, qu'il souhaiteroit qu'il n'y eût point de mysteres, mais qu'il avoue cependant qu'il y en a, et qu'il craint qu'il y en aura tousjours, quelque explication qu'on donne. Qu'ainsi le defaut de l'evidence, ne l'empechera jamais d'avoir la foy qu'on doit aux revelations divines et qu'il sera tousjours prest de revoquer ses opinions, aussi tost qu'on luy monstrera qu'elles repugnent à la sainte écriture. Monsieur Lock dans sa Replique à feu Monsieur Stillingfleet Eveque de Worcester reconnoist trés bien p. 46. seqq. que la certitude ne demande pas toujours des idées elaires et distinctes. Je crois pourtant qu'il accordera que toute certitude demande quelque chose de clair dans les idées qui la font; et lorsque c'est une certitude de raisonnement et non pas seulement de sentiment je croy qu'il y faut encor quelque chose de distinct. Mais il n'est pas necessaire que l'idée soit entierement claire et distincte. Je fais difference icy entre clair et distinct, suivant l'usage des modernes et de Descartes mème, parce que cela me paroist commode pour me bien expliquer, quoyque les deux habiles Antagonistes ne paroissent point employer cette distinction. Monsieur Stillingfleet opposoit la voye d'obtenir la certitude par raison à la voye de l'obtenir par les idées. Mons. Lock replique fort bien p. 59. qu'il n'y a point d'opposition entre ces deux voyes. En effect le raisonnement n'est autre chose qu'une Analyse des idées ou des Notions, conceptions, Termes; comme les philosophes l'appelloient avant que le mot d'idées a recommencé à estre tant en usage. Cependant il faut avouer que M. Stillingfleet avoit raison de se plaindre de l'abus de la voye des idées, et c'estoit apparement cet abus qu'il consideroit comme opposé à la voye du raisonnement, en disant dans sa premiere Reponse p. 92. 93. que le monde a esté amusé estrangement par le bruit que les idées ont fait depuis peu, et par l'attente des choses extraordinaires qui devoient estre faites par leur moyen. J'ay parlé aussi de cet abus, mais plus distinctement, dans les Actes de Leipzig Novembre 1684. où j'ay expliqué, en quoy il consiste, ce que M. Stillingfleet ne me paroist pas avoir assés fait. C'est que j'ay remarqué moy meme dans les livres et dans les conversations, que plusieurs modernes pretendent établir certaines positions considerables sur un simple recours qu'ils prennent à ce qu'ils disent appercevoir dans leur idées. Par exemple plusieurs soùtiennent que l'essence du corps consiste dans l'etendue; et quand on les presse de prouver leur these, ils ne font que se rapporter à ce qu'ils disent trouver dans leur idées: ce qui seroit raisonnable, s'il s'agissoit de certaines idées qui consistent dans le goust, car on ne doit pas disputer des gousts c'est à dire de ces impressions particulieres qui dependent de la disposition où l'on se trouve, et dont les idées sont claires et non pas distinctes. Mais il s'agit icy des idées qui doivent estre distinctes et qu'ils pretendent qu'on doit avoir comme eux. Et vouloir appuyer les verités importantes sur ses experiences particulieres pretendues c'est faire à peu près comme ceux qui se fondent sur le temoignage interieur des inspirations, qu'ils disent estre certaines par elles mèmes, sans autre preuve ou marque. Ainsi M. Stillingfleet paroist avoir voulu blamer l'abus de ceux qui se contentent ainsi de recourir simplement encor en philosophie et particulierement en matiere d'idées, à leur propre temoignage intérieur et appuyent leur jugemens sur ce qu'ils disent experimenter en eux de l'agrément ou desagrément de ces idées, sans vouloir venir à une explication plus distincte de cet agrément, c'est à dire sans vouloir venir à la voye de raisonnement, par laquelle ils pourroient obliger d'autres d'entrer dans les memes conceptions. Il est encor à propos de considerer qu'il y a deux abus considerables dans les definitions, qu'on peut commettre en voulant formcr des idées: l'un est ce que l'excellent Jungius appelloit obreption l'autre est ce que j 'appelle chimerisme, par exemple si quelqu'un raisonnoit ainsi: il m'est permis de combiner les idées, et de donner un nom à ce qui en resulte; prenons donc l'idée d'une substance où il [n'] y ait rien que de l'etendue et appellons cela corps, donc les corps qui sont dans la nature n'ont rien que de l'etendue, il y auroit à la fois ces deux fautes dans ce raisonnement. L'obreption y seroit en ce qu'ayant donné au mot: corps, la definition qui bon me semble (ce qui est en quelque façon arbitraire), je veux par aprés l'appliquer à ce que d'autres hommes appellent corps. C'est comme si dans la Geometrie quelqu'un donnoit à ce mot: ovale, la definition que d'autres Geometres donnent à l'Ellipse, et vouloit prouver par aprés que les ovales de M. des Cartes sont des sections du cone. Le chimerisme est icy d'avoir fait une combinaison impossible, car on n'accorde point qu'il est possible qu'il y ait une substance qui n'ait que de l'etendue. Je sçais que cesMessieurs veulent se justifier de l'obreption, en disant qu'on ne sçauroit concevoir autre chose dans les corps qui sont dans la nature, que ce qu'ils ont mis dans leur definition; mais en cela ils commettent une fausse supposition, ou bien ils confondent concevoir et imaginer; car il est bien vray qu'on ne sçauroit imaginer que ce qui est étendu, mais ils reconnoissent eux mèmes ailleurs qu'on conçoit des choses qui ne sont pas imaginables. Ouy, diront ils, mais ce n'est que la pensée qu'on ne peut point imaginer. Je reponds, qu'en cela ils font encor une autre fausse supposition en pretendant que rien ne sçauroit estre conçu que pensée, et étendue, oublians qu'ils parlent souvent eux mêmes de la force qui n'est pourtant ny l'un ny l'autre, outre qu'ils n'ont point prouvé qu'il n'y a rien de possible que ce que nous concevons. Ainsi M. Stillingfleet a eu raison de dire p. 67 de sa seconde reponse que c'est une erreur capitale de Descartes d'avoir placé l'idée de la matiere dans l'etendue et d'avoir basti là dessus tout son systeme de physique: Erreur où M. Lock ne prend point de part. Monsieur Lock fondant la certitude sur la connoissance, accorde une asseurance de foy, mais non pas une certitude de foy, d'autant que la version Angloise de la Bible Heb. X, 22 ne parle que d'assurance of faith et lorsque M. de Worcester produit des auteurs latins qui opposentcertumdubio, il repond p. 126 que le mot certainty n'a pas la meme force en Anglois. Je ne veux point entrer dans cette question de la signification des mots de la langueAngloise; je diray seulement qu'il semble qu'encor l'asseurance que la foy demande doit dépendre d'une connoissance des circomstances qui nous asseurent du fait. Il reconnoist p. 137. d'avoir dit qu'on ne sçauroit prouver l'existence d'une chose par la seule idée qu'on en a: il s'accorde en cela avec feu Monsieur de Worcester, et c'est apparemment contre le raisonnement d'Anselme Archeveque de Cantorbery, renouvellé par des-Cartes, qu'ils se declarent tous deux. J'ay examiné autres fois cet argument dans l'endroit susdit des Actes de Leipzic, Novembre 1684. et je trouve qu'il est bon pourveu qu'on supplée ce qui y manque. Or pour faire qu'il soit d'une force demonstrative achevée, il faudroit prouver que l'idée de l'estre parfait est possible: estant un privilege de la divine substance, de n'avoir besoin que de sa possibilité ou essence, pour qu'on soit obligé de luy attribuer encor l'existence. D'où il suit qu'on peut prouver l'existence par les seules idées; mais ce n'est que dans ce seul cas dont il s'agit aussi entre M. Lock et son adversaire, qui en cela sont d'accord,, mais je ne le sçaurois estre avec eux par la raison que je viens de dire. Je remarque que Mons. de Worcester a parlé favorable[ment] dans sasecondereponse du sentiment d'Aristote sur la nature, sçavoir qu'il est bien vray que la matiere a originalement receu son mouvement du premier moteur, mais que la substance corporelle ne laisse pas d'avoir en elle un principe interne de changement, mouvement, action, et vie qui luy est venu de la premiere cause. Car il dit p. 93. que cette opinion d'Aristote pourroit bien estre veritable, et le silence de M. Lock dans sa Replique, qui a coustume de relever ce qui ne luy plaist pas dans l'opinion de son adversaire, pourroit bien estre une marque qu'il n'en est pas fort eloigné; comme j'avoue de mon costé, de ne la point trouver deraisonnable. Ce qui me confirme dans cette opinion, est le passage, où Mons. Lock soûtient p. 396. seqq. de sa Replique, que la matiere, qu'il dit estre étendue et solide, peut recevoir de Dieu differens degrés de perfection comme force, et mouvement; vie, et vegetation; sentiment et mouvement spontané; et peutestre même, raison, et pensée. En effect en reconnoissant que l'homme est une substance douée d'une ame qui raisonne, et d'un Corps organique convenable, nous reconnoissons que Dieu peut donner, joindre, unir à la matière certaines perfections substantielles, differentes les unes des autres. Ainsi je tomberois d'accord en tout, si cet auteur celebre ne sembloit adjouter que c'est proprement la matiere qui peut penser, ou que la pensée pourroit estre une modification de la matiere, en disant dans sa Premiere lettre à M. de Worcester p. 66. que la matiere qui a la modification de la solidité pourroit encor avoir celle de la pensée; et inferant de cela que l'ame pourroit estre materielle et mortelle par sa nature, mais immortelle par la grace, ce qui suffiroit (p. 68.) pour le grand but de la religion et de la morale, sentiment que j'aimerois mieux de pouvoir eviter. Il semble qu'il ne l'avoit pas encor, lorsqu'il ecrivoit ses Essais de l'Entendement comme il paroist par le passage que feu M. de Worcester en avoit produit dans sa premiere reponse tiré du livre 2. ch. 23. sect. 15. où il est dit: que joignant ensemble les idées de la pensée, perception, liberté, et puissance de se mouvoir on aura une notion de la substance immaterielle aussi claire que celle qu'on a de la matiere, où il paroist qu'il fait une opposition essentielle entre ces deux substances. Reconnoistre qu'on a changé de sentiment, merite des louanges plustost que du blame quand mèmes on n'auroit pas changé en mieux: car c'est tousjours une marque de sincerité. J'avoue cependant que j'ay des grandes raisons pour ne pas aller si loin, tirées non pas tant de ce qui convient le mieux à la morale que de la nature interieure des choses. Mon opinion est donc que la matiere n'estant qu'une chose essentiellement passive, la pensée et mème l'action n'en sçauroient estre les modifications, mais de la substance corporelle complete qui reçoit son accomplissement de deux constitutifs, sçavoir du principe actif, et du principe passif: dont le premier s'appelle forme, ame, entelechie, force primitive; et le second s'appelle matiere premiere, solidité, resistence. Ainsi il faudra dire que l'action, vie, sentiment, pensée sont les affections ou differences du premier, et non pas les modifications du second. Et quant à la durabilité, il faut encor dire que toute Entelechie indivisible telle qu'est nostre esprit subsiste tousjours et ne sçauroit perir naturellement. Au reste je suis bien aise de voir, qu'on revient de la philosophie trop materielle, qui vouloit tout expliquer dans les corps par les simples modifications de la matiere, et qu'on ne va plus à l'extremité avec ceux qui refusoient tout sentiment aux bestes, et qui s'imaginoient que l'action des corps n'appartient qu'à Dieu. Monsieur Lock va meme jusqu'à retracter ce qu'il avoit dit dans son Essay Livre 2. chap. 8. §. 11. que les corps n'agissent que par impulsion et nous promet de le vouloir changer dans la premiere reimpression de son ouvrage; persuadé par la lecture de celuy de l'excellent Monsieur Newton, qu'il y a une attraction dans la matiere meme à une distance quelconque. Ce que le trés sçavant M. Bentley employe aussi dans ses beaux sermons contre l'Atheisme, qu'il a faits suivant le testament de feu M. Boyle. Je me souviens qu'estant fort jeune je fis un petit discours contre cette erreur que feu M. Spizelius joignit à une lettre qu'il fit imprimer; où j'employois une autre espece d'attraction ou plustost de retention que je croyois qu'il falloit reconnoistre dans la matiere et qui n'y pouvoit estre que par une cause superieure; c'est l'union des parties qui fait qu'on a de la peine à separer les corps et qu'une partie meue tire l'autre avec elle; ce qu'on ne sçauroit expliquer ny par le repos qui n'y fait rien, ny par les hameçons ou glutinosités, ny meme par des corps fermes pressés par des fluides, parce que tout cela presuppose déja une fermeté ou attachement. Il est vray qu'à present je croy que tous les phenomenes de la matiere sont explicables par des loix mechaniques, mais je crois en meme temps que les principes mèmes de ces loix viennent de plus haut, et qu'il y a dans les corps quelque chose de plus que ce qui est materiel. Ce qui me fait reconnoistre aussi trés volontiers que la puissance de Dieu peut elever les corps à des actions qui passent les loix mecaniques; lesquelles ne sont que l'effect du principe d'ordre qu'il a etabli, sans renoncer à la liberté de s'eloigner de cet ordre par des raisons d'un ordre superieur. J'ay fait ces Reflexions sur la Replique de Monsieur Lock à la priere d'un ami, pour nous instruire, sententiis rationibusque collatis, et nullement pour contredire une personne d'un trés grand merite, que j'honnore beaucoup. Je souhaitte qu'ony joigne mon Schediasma de Cognitione, veritate et ideis, que j'ay cité cydessus, ex Actis Eruditorum Lipsiensibus, Novemb. 1684; et mes Essais Dynamiques contenus en plusieurs endroits de ces Actes; où plusieurs choses que je ne fais que toucher icy, sont expliquées. [p. 5]... When the Mind makes use of intermediate Ideas to discover the Agreement or Disagreement of the Ideas received into them, this Method of Knowledge, he saith, is properly called Reason or Demonstration. [p. 8]... Yes, you say, we can not conceive how these sensible Qualities should subsist alone, and therefore we suppose a Substance to support them. [p. 11-12]... What can be ridiculing the notion of Substance, and the European Philosophers for asserting it, if this be not? [p. 12]... but they say, it first implies a Subsistence by it self; and then that it supports Accidents. [p. 15]... but I cannot understand, how a Complex Idea of Accidents should make an Idea of Substance. [p. 16]... yet you add, That all the Ideas we have of particular distinct Substances are nothing but several Combinations of simple Ideas. [p. 30]... And substare is used by Terence, not for standing under, but for being stedfast. [p. 33]... But all Knowledge and Certainty was placed in the acts of the Mind (. i. e. in examining and comparing, not the bare Ideas, but the Definitions of things. ... And so this Agreement and Disagreement of Ideas will have the Fate of the Stoicks Criterion of Truth. [p. 38]... For if the ground or Certainty be resolved into the Agreement and Disagreement of the Ideas as expressed in any Proposition. [p. 44]... there being no conceivable Connexion between any Impulse of any sort of Body, and any Perception of any Colour or Smell which we find in our Minds... And the Coherence and Continuity of Parts of Matter; and the original Rules and Communication of Motion, are such as we can discover no natural Connexion with any Ideas we have. [p. 52]... we have as clear a Perception and Notion of Immaterial Substances, as well as material. So that here we have two things clear. 1. That a Spirit and Immaterial Substance are the same. [p. 72]... But if after all this Matter may Think, what becomes of these clear and distinct Ideas? And yet you have these Words, Thus by putting together the Ideas of Thinking, Perceiving. [p. 73]... that the Primary Qualities of Bodies which are inseparable from it, are Extension, Solidity, Figure and Mobility from any Body. [p. 74]... and can consider itself, as it self, the same thinking thing in different times and places. [p. 75]... Those you call the Secondary Qualities of Bodies, are only you say, the effect of the Powers in some Bodies upon others endued with Sense and 109 Perception... It is impossible, for anyone to perceive, without perceiving that he doth perceive. [p. 90]... to be a standard for the Sense of Mankind, being a People so strangely bereft of common Sense, that they can hardly be reckoned among Mankind, as appears by the best accounts both of the Cafres of Soldania, and the Caiguae of Paraquaria. and you may plead for your self that your design was only to prove, That there is no Innate Idea of a God. [p. 93]... But the World hath been strangely amuzed with Ideas of late. [p. lo5]... In your Chapter of Complex Ideas of Substances; you affirm the Ideas of particular Substances to be made by a Combination of simple Ideas: and again, that it is by such Combination of simple Ideas as co-exist in some unknown cause of their Union. [p. lo6]... and the whole Mystery of Genera and Species, whi ch make such a noise in the Schools, is nothing else but Abstract Ideas with Names annexed to them. p. 108]... in respect of all which it is called an Universal, there being nothing in the World Universal but Names; for the things nam'd, are every one of them individual and singular. p. 113]... which are those you call Secondary Qualities. And in that Sense I take your words. And of these I said, that we can understand nothing really by them but the Effects they have upon us; i. e. the Powers and not the Ideas. [p. 114-115]... But suppose one should ask how we can understand, the Nature of these Operations of the Primary Qualities in producing the Secondary.. [p. 130]... the Idea of the Tast of Wormwood or Smell of a Rose I can prove the actual Being of such things without me, since you grant, that there is no conceivable Connexion in Reason, between the Powers in the Objects and the Ideas in us.. M. Locke's Reply to the Right Reverend the Lord Bishop of Worcester's Answer to his secondletter. London 1699. 8o. pag. 401. You cannot conceive how Matter can attract Matter at any distance, muchless at the distance of 1 000 000 miles. Ergo God cannot give it such a power. You cannot conceive how Matter should feel or affect an immaterial being, or be moved by it. Ergo God cannot give it such powers. Which is in effect to deny gravity and the revolution of the planets about the sun, to make Brutes meer Machins without sense or spontaneous motion, and to allow Man neither sense nor volontary motion. pag. 408. T'is true, I say (Essay. B. 2. c. 8. §. rl) that Bodies operate by impulse and nothing else. And so I thought when I writ it, and yet can conceive no other way of their operation. But I am since convincedby the judicious Mr Newton's incomparable Book, that 'tis too bold a presomtion to limit conceptions. The gravitation of Matter towards Matter bay ways inconceivable to me is not only a demonstration that God can if he pleases, put into bodies, powers, and ways of operation above what can be derived from our idea of body, or can be explained by what we know of matter, but also an unquestionable and every where visible instance that he has done so. And there fore in the next Edition of my book, I shal take care to have that passage rectified. [Some Considerations, p. 17] For the Currents of Trade, like those of Waters, make themselves Channels, out of which they are afterwards as hard to be diverted, as Rivers that have worn themselves deep within their Banks. [p. 43] Lazy and Unworking Shopkeepers in this being worse than Gamesters, that they do not only keep so much of the Money of a Country constantly in their Hands, but also make the publick pay them for their keeping of it. [p. 113] For it is evident that he whose Land was wont to produce loo Bushels of Wheat communibus annis, if by long Tillage, and Husbandry it will now produce but 50 Bushels, the Rent will be abated half. [p. 122]... Mens paying Taxes of Mortgaged Lands, is a punishment. [p. 135] ...Indeed most of the Silver of the World, both in Money andVessels being alloy'd, (i. e. mixed with some baser Metals) fine Silver (i. e. Silver separated from all Alloy) is usually dearer than so much Silver alloy'd. [p. 136]... But no Money being Coin'd of pure fine Silver, this concerns not the Value of Money at all; [p. 151]... To this perhaps will be said, That if this be the effect of mill'd Money, that it is so apt to be melted down, it were better to return to the old way of Coining by the Hammer... and the work carried on with fewer Hands, and less noise than a Mill. [Further Considerations, p. 14] Nothing can make Clipping unprofitable, but making all light Money go only for its weight. This stops Clipping in a moment..