Series VI Band 4 · No. 452₃.
Aus und zu J. de Reux, Le Janséniste Dénontiateur
Le janseniste denontiateur de nouvelles Heresies convaincu de calomnie et de falsification 1689. 4o.
[p. 160] Il dit que les Amis de M. Arnaud firent adresser aux Evêques du pays-bas et aux Ministres du Roy a Bruxelles un libelle françois intitulé nouvelle Heresie dans la morale.
[p. 161] Il est ridicule de faire tant de bruit d'une petite these soutenue aux extremités de la france, avec laquelle la guerre a rompu tout commerce. on en pouvoit laisser le soin aux directeurs d'un Seminaire de Grenoble qui est plus voisin de Dijon, et dont la morale outrée ne s'accorde gueres avec celles des Jesuites.
Un Janseniste mit dans ses theses à Liège il y a 5 ou 6 ans, que qui écrivoit a son ami, je suis vostre serviteur de tout mon coeur estoit idolatre.
La pluspart des Jesuites enseignent que le peché philosophique, s'il est grief est mortel, qu'il rompt l'amitié de Dieu vers l'homme, et qu'il merite des peines plus grandes que le peché veniel et originel.
Quelques facheux accidens arrivés au parti Janseniste dans le paysbas Espagnol par la disposition de Dieu ou par ordre exprés de Rome et de Madrit les fait crier.
[p. 162] On ne pretend pas de justifier la these de Dijon en tous ses points sentimens qu'on defend.
1) L'existence de Dieu peut estre ignorée pour quelques temps sans peché inculpate par des personnes qui ont l'usage de la raison.
2) Si une de ces personnes faisoit un assassinat par exemple. Elle feroit un grand et detestable peché qu'on peut nommer philosophique qui n'auroit pas toute la malice, et n'auroit pas toutes les peines de ces mêmes pechés s'ils estoient faits avec une connoissance au moins obscure et habituelle de Dieu et de la sainte loy.
3) que pour faire un peché mortel theologique qui pour estre fait contre la Majesté divine a une malice quasi infinie cette Majesté divine ne luy peut pas estre inconnue entierement et sans la faute.
[p. 163] Lovaniensis quidam doctor has propositiones defenderat: fieri potest, ut *peccet peccato vero formali, et theologico, qui Deum ita ignorat, ut simpliciter nesciat Deum esse, quin etiam qui Deum ita ignorat, ut firmiter ac sine haesitatione judicet nullum esse Deum.* Contra secunda est sententia Cardinalis de Lugo disp. 5. de incarn. n. 73. qui ostendit esse S. Thomae, S. Bonav., Alexandri de Hales, Alberti Magni, Richardi, Bellarmini et aliorum. Et S. Thomas 2. 2. q. 20 a. 3. ait si conversio ad bonum creatum posset esse sine aversione a Deo (+ Ergo non potest esse etiamsi «hic» Deum ignoret. +) in disordinata fiet, sed non peccatum mortale. Idem 1. 2. q. 71. a. 6. ad 5. Theologi considerunt peccatum principaliter ut offensionem Dei, philosophus moralis ut contrarium rationi (+ Haec omnia nil probant pro thesi Jesuitarum. [+)].
[p. 164 f.] Cependant le Card. de Lugo dit fort bien qu'il n'est pas besoin d'une
connoissance de Dieu distincte et refléchie qui existe actuellement quand le peché se
commet. Idem n. 106. notat nullum infidelem mori antequam cognoscat Deum, aut
minimum de eo dubitet, et per negligentiam culpabilem instrui nolit. Le denontiateur dit
que les Jesuites donnent à tous les hommes des graces suffisantes et tousjours presentes,
on proteste hautement que c'est une noire calomnie, mais on dit seulement, que
lors qu'un commandement de Dieu qu'on ne peut accomplir sans des graces actuelles et
qu'on ne peut violer sans un peché nouveau nous presse, urgente praecepto Dieu donne a
tous un secours suffisant pour l'accomplir, autrement les commandemens feroient impossibles
...
[p. 165] Le denontiateur trompe aussi quand il impute aux Jesuites que le pecheur doit avoir autant de force pour le bien, qu'il en a pour faire le mal. Mais qui est le Jesuite qui ait enseigné qui faille avoir une liberté d'équilibre c'est assez qu'on ait des forces suffisantes ... Vous comprends mal le mot d'indifference, si vous croyés qu'elle requiert cette egalité de pouvoirs.
[p. 167] Le pere de Reux soutient fort bien: Atheum inter Christianos degentem invincibilem dari, inter barbaros diu talem esse posse non putamus.
Si vous posés le cas qui est à peu prês Metaphysique qu'il y en a qui sont morts aux premiers momens de l'usage de la raison, avec un peché de larcin, par exemple avant qu'ils eussent connu cet estre souverain au moins sous une idée obscure et generale, on vous avoue que ce larcin n'est qu'un peché philosophique, mais qu'ils ne laisseront pas d'aller au supplice eternel, quoyque vraisemblablement ils ne souffrirent pas le feu des flammes infernales pour tousjours, puisque l'eternité qui fait l'infinité de ce supplice sensible doit estre proportionné à la Majesté divine meprisée par le peché theologique, c'est à dire par le peché commis avec quelque connoissance actuelle ou habituelle de Dieu.
[p. 168] La connoissance de Dieu n'est point commandée du moins aux enfans des barbares pour les premiers momens de l'usage de la raison donc Dieu ne donne pas a tous momens des graces suffisantes pour connoistre Dieu.