Series VI Band 3 · No. 21.
Zu Simon Fouchers Réponse
(p. 21-23.) Des Veritez de Mathematique. Excerpta ex notis meis marginalibus ad Fucherii responsionem pr^nimamö in Malebranchium critica. Article vii. . . . Il suffit de dire que les Veritez de Mathematique ne sont fondées que sur de pures suppositions qui ne nous instruisent pas de ce qu'il y a de réel hors de nous, jusques-là que ce qu'elles ont de demonstratif et d'immuable dépend des abstractions que nostre esprit prend la liberté de faire à sa discretion: il est l'auteur de ce qu'il y a de fixe dans ces veritez; et bien-loin qu'il s'estudie à se representer ce qui en est de la part des choses, il se plaist à les considerer d'une maniere dont il reconnoist assez la fausseté. Des longueurs sans largeur, des surfaces sans profondeur, des cercles, des quarrez parfaits, etc. ce ne sont que des idées abstraictes et suivant lesquelles on ne doit pas faire estat de considerer la Réalité, mais seulement l'Apparence de ce que l'on conçoit. Cependant si vous ostez l'abstraction et la précision aux Veritez de Mathematique, vous ne leur trouvez plus rien de necessaire, ce ne sont plus des veritez immuables: mais ce sont de simples apparences qui sont sujettes à toutes les incertitudes que nous avons toúchant les choses particulieres qui sont au tour de nous. Si on a de la peine à concevoir que l'on puisse douter de la Réalité des Veritez de Mathematique, on peut considerer quelles ne sont fondées que sur des figures, de l'estendüe, des mouvements, et des nombres; et que l'on doit douter lors que l'on cherche encore la verité, s'il y a des figures, de l'étenduë, des mouvements, et des nombres, hors de nous. Ainsi les Veritez de Mathematique ne sont pas des Veritez à proprement parler; ou pour le moins ce ne sont pas les Veritez que les Philosophes doivent chercher. Sçavoir ce qu'il y a de reel dans les objects, c'est sçavoir les causes des apparences. Et ce qui est la cause de leur diversité est hors de nous. M. Foucher a tort de dire p. 23 que les verités de mathematique ne sont pas des verités à proprement parler, ou pour le moins ne sont pas ces verités que les philosophes doivent chercher. Car quoyqu'elles ne disent pas s'il y a quelque chose hors de nous, ou si ce que nous sentons ne sont que des apparences, elles ne laissent pas de nous donner moyen de raisonner solidement sur ces apparences, et memes de les predire et de les procurer. Outre que ce sont des verités hypothetiques, qui ont lieu, quoyqu'on n'y pense point, et ne dependent ny de nostre pensée, ny de l'existence des choses. (p. 23-24.) Qu'il est necessaire de connoistre les choses qui sont hors de nous. Article viii. . . . Je souhaite qu'ils considerent s'il est possible qu'ils sçachent veritablement, ce qu'il y a de Réel dans tous ces sujets, à moins qu'il ne les connoissent tels qu'ils sont en eux-mesmes? p. 26. Ajoútons qu'il nous est plus important qu'il ne semble de connoistre la nature des corps qui sont hors de nous; parce que nous en avons un avec lequel nostre ame est jointe, et qui fait une partie de nous-mesmes. Nous ne connoissons pas mieux l'essence de ce corps, que celle de tous les autres qui nous environnent. Il n'est pas d'une autre genre que les corps qui ne nous touchent pas, et quelque jour les parties qui le composent serviront à former de la terre, des pierres, du bois, etc. (p. 27.) On ne sçauroit donc s'exempter de chercher la connoissance des objets qui sont hors de nous, lors qu'on táche de découvrir la verité. Pour ne pas dire que c'est proprement ce que l'on cherche, et que c'est ce qui nous doit principalement (p. 35-36.) Donc selon M. Descartes, les images corporelles du cerveau sont des idées, lors qu'elles sont receuës dans l'ame en qualité de formes. Mais puis qu'elles sont étenduës, comment peuvent-elles estre reçeuës dans nostre ame, qui n'a aucune extention? et si elles ne sont point reçeuës dans nostre ame, pourquoy les appelle-t-il des idées? Car on ne sçauroit concevoir que nos idées ne soient pas reçeuës dans nostre ame. (p. 37.) Je consens qu'on traduise le mot informant, autrement que je ne fais; pourvú qu'on fasse voir que M. Descartes peut appeller idées les traces du cerveau, lors mesme qu'il entend par ce mot la forme de la pensée, etc. (p. 39-40.) Ce qu'on peut dire des idées, quand on cherche encore la Verité. Article x. . . . Il est certain que nos idées sont des moyens par lesquels nous connoissons tout ce que nous connoissons. C'est ce qui nous est intimement present, lors que nous jugeons de quelque chose: Et l'on ne doit enfin distinguer l'idée de ce que nous appelons pensée, qu'en cela seulement que la pensée est la perception actuelle de l'idée. C'est à proprement parler une reflexion de nostre ame sur l'estat dans lequel elle se trouve lors qu'elle connoist; et cet estat est la façon-d'estre, que nous appellons idée. On ne sçauroit disconvenir de cecy, sans tomber dans une simple question de nom, et sans donner à ce mot idée une signification entierement nouvelle, et tout-à-- fait inconnuë. ad p. 14. L'idee peut estre prise de deux façons sçavoir pour la qualité ou forme de la pensée, comme la velocité et la direction le sont du mouvement ou bien pro objecto immediato sive proximo perceptionis. Et de cette maniere l'idée ne seroit pas une façon d'estre de nostre ame. Et cela est apparemment le sentiment de Platon ou de l'auteur de la recherche. Car quand l'ame pense à l'estre, à l'identité, à la pensée, à la duration, elle a un certain objet immediat ou cause prochaine de sa perception. Et de cette maniere il se peut que nous voyions tout en Dieu, et que les idées ou objets immediés soyent les attributs de Dieu méme. Ces formules ou façons de parler ont quelque chose de vray, mais pour parler juste, il faut donner des significations constantes aux termes. (p. 40-41.) Deplus, il est encore évident que tout ce qui est hors de nous, et qui ne fait aucun changement en nous, est à nostre égard comme s'il n'estoit point du tout. D'où il s'ensuit que si nos idées pouvoient estre quelque chose de different de nos propres façons d'estre, elles pourroient exister hors de nous, sans qu'elles nous fussent connuës. Cela estant, lors que nous commencerions de les connoistre, ce seroit ou parce qu'elles seroient de nouveau receuës dans nostre ame, et en ce cas elles deviendroient des façons d'estre de nostre ame. Ou lors que nous aurions quelque chose en nous qui nous les representeroient. Mais cela ne sçauroit estre soustenu; car ces idées seroient des idées, et ne seroient pas des idées. Ce seroit des idées, comme on le suppose, et ce ne seroit pas des idées, parce qu'elles ne seroient pas connuës immediatement, et par elles-mesmes; elles auroient besoin d'autres idées pour les representer: mais la mesme question retourneroit pour ces autres idées, et cela iroit à l'infiny. (p. 42-43.) L'Auteur de la Recherche est le seul que je sçache qui se soit avisé de dire que nos idées ne sont point des façons-d'estre de nostre ame: Mais on peut voir que si son systéme des idées n'est pas entierement incomprehensible, il est du moins des plus obscurs dont on ait jamais entendu parler. (p. 45-46.) De cet Axiome pretendu, que nous devons attribuer aux choses tout ce que nous concevons clairement qui est enfermé dans les idées que nous en avons. Article xii. Ce principe nous exclut entierement de la connoissance de la Verité; et tant s'en faut qu'il soit utile pour la recherche, c'est le plus dangereux de tous les préjugez qu'elle puisse combattre. (p. 51.) Cela nous oste cependant l'esperance de trouver la Verité; car ce que nous avons à faire pour la connoistre est de discerner dans ces idées, ce qui en est de nostre part, de ce qu'elles contiennent qui puisse estre rapporté aux objets: bien-loin que nous devions attribuer aux objets tout ce qui est contenu dans ces idées. (p. 51-53.) Ce que l'on peut dire de nostre ame quand on cherche la Verité. Article xiii. On peut dire que c'est un estre capable d'avoir des pensées. Mais on ne peut pas encore assurer que ce soit un estre tout-à-fait different de la matiere; parce qu'on ne connoist pas encore les essences des choses qui sont hors de nous. Ces essences sont proprement ce que nous cherchons, lors que nous cherchons la Verité. Et l'on ne sçauroit douter qu'il ne soit necessaire de connoistre la matiere, pour juger de ce que ces estres sont en eux-mesmes. Ce ne sont peut-estre que cette matiere differemment disposée, selon le plus et le moins, et suivant l'arrangement ou la situation de ses parties. Parce qu'ils s'y reduisent tous les jours dans les corruptions qui arrivent naturellement, et que rien de ce qu'ils sont ne cesse d'estre absolument. Mais quand ces objets seroient quelque chose de plus que cette matiere, ils la contiendroient toújours; puisque la matiere n'est matiere, que parce qu'elle se trouve dans tous ces objets; c'est-à-dire, dans toutes les choses qui naissent et qui perissent dans le monde. Ainsi lors que nous cherchons la connoissance de ces objets, nous cherchons aussi celle de la matiere; parce que ces connoissances sont inseparables. Or nous ne sçaurions juger des rapports que l'ame peut avoir avec la matiere, si nous ne connoissons cette matiere; d'où il s'ensuit que comme nous ne la connoissons pas, lors que nous cherchons encore la Verité, nous ne devons pas pour lors prononcer sur ce que l'ame est, ou sur ce qu'elle n'est pas par rapport à la matiere, en determinant ce qui luy convient uniquement, et ce qu'elle peut avoir de commun avec cette sorte de substance. Cependant, il faut remarquer icy que nous avons coustume de rapporter à nostre ame tout ce qui concerne nótre connoissance: jusques-là que souvent par le mot de nous, nous entendons nostre ame seule privativement aux organes du corps. Ainsi lors que nous soustenons que la chaleur, les couleurs, et les autres qualitez sensibles sont seulement en nous, et non-pas dans les objets qui les causent, nous entendons qu'elles sont seulement dans la propre substance de nótre ame, et non-pas mesme dans les organes de nostre cerveau, ausquels nostre ame est jointe le plus intimement. ad p. 29. Quant à la connoissance de l'ame, il est asseuré que la perception de la pensée méme est differente de la perception des choses aux quelles on pense, et qu'on appelle materielles quand on s'y appercoit des plusieurs parties à la fois. Par consequent les objects immediés de nos perceptions, ou les causes prochaines de ces differentes pensées different aussi entre elles. Or cette cause immediate de la perception que nous avons de la pensée méme, est ce qui pense en nous, ou bien c'est nous, c'est à dire nostre ame; et la cause immediate hors de nous des pensées de l'etendue, des couleurs, etc. (s'il y en a une hors de nous) est appellée matiere: donc l'ame est differente de la matiere. Mais peutestre que la nature de nostre ame est la cause immediate de nos perceptions des choses materielles; et que Dieu auteur de tout, est cause de l'accord qu'il y a entre nos pensées et ce qui est hors de nous. ad p. 30. Les couleurs ne sont peutestre pas des façons d'estre de nostre ame, mais plustost leurs causes prochaines hors de nous et hors de Dieu. (p. 55-56.) Des traces qui servent à la Memoire. Article xiv. . . . La premiere chose que nous en pouvons reconnoistre suivant ce projet, est que ces traces sont absolument necessaires pour nous conserver la memoire de toutes les choses, dont nous pouvons nous souvenir. ad p. 32. L'auteur dit que les traces sont necessaires pour nous conserver la memoire des choses. Mais cela ne me paroist pas si asseuré. Ceux qui accordent le souvenir à l'ame separée ne demeureront pas d'accord de cecy, et par quelle trace l'ame se souvient elle d'avoir esté et d'avoir pensé. (p. 61-62.) Que tous les mots que nous employons pour signifier les choses les plus abstraites et les plus spirituelles, ne signifient ces objets, que parce qu'ils sont joints à des Images qui en representent les idées. Article xvi. Comme il est évident que les signes sont indifferens pour l'employ que les hommes en font, il est certain aussi qu'ils ne sçauroient leur donner aucune signification sans les joindre à des Images ou à des traces qu'on peut appeller veritablement des Images. Et cela n'est pas seulement vray pour les objets qui peuvent tomber sous l'imagination; mais encore pour les choses les plus spirituelles du monde, telles que sont celles que l'on regarde comme incapables d'estre imagineées. Par exemple le mot d'esprit auquel on fait signifier un estre pançant, n'auroit jamais esté adapté à cet objet, si les hommes qui l'ont determiné à cette signification, n'avoient eu en leur cerveau des traces qui sont jointes naturellement avec l'idée d'un estre pançant et qui sont differentes de celles de ce mot. On ne doit pas dire qu'ils auroient pú joindre immediatement ce mot ou plútost les traces de ce mot à cette idée. Car ce mot esprit n'a pas plus de rapport de soy avec l'idee d'un estre pançant, qu'avec celle d'une montagne ou d'un perroquet; d'où il s'ensuivroit que lors qu'on prononce ce mot, nous ne devrions pas plútost avoir cette idée que toutes les autres dont nous sommes capables. Aussi lors que les traces de ce mot sont effacées, il ne signifie plus pour nous ce qu'il signifioit auparavant; et c'est de cette maniere que nous nous oublions de la signification des mots; lors que nous avons perdu les traces par le moyen desquelles nous les avions joints aux idées qu'ils nous representoient. C'est ce que nous reconnoistrons plus particulierement en faisant reflexion. (p. 63-64.) Que toutes les traces qui servent pour la memoire sont jointes naturellement avec de certaines idées que nous n'en sçaurions separer. Article xvii. Soit que Dieu ait établi cette correspondance comme un pur effet de sa volonté; ou que la nature de ces traces tiennent de celle des idées avec lesquelles elles sont jointes; il est toújours vray que toutes les traces qui sont dans nostre cerveau ont leurs idées avec lesquelles elles sont unies inseparablement. Les traces qui sont jointes avec l'idée de la douleur, ne réveilleront jamais celles du plaisir; celles qui appartiennent au plaisir, n'excitent point la douleur; celles de la chaleur ne réveillent point l'idée du froid; celles des sons ne réveillent point l'idée de la lumiere ou des couleurs, autrement il seroit facile de donner la veüe aux Aveugles nez: Enfin ces traces et toutes les autres quelles qu'elles soient, sont associées avec de certaines idées qui ne relevent point de l'empire de nostre volonté. Nous pouvons cependant les obliger de se representer quand il nous plaist, par le moyen des traces qui leur sont jointes naturellement, par lesquelles nous les pouvons assujettir à d'autres traces qui sont dans nostre cerveau, comme celles de certains sons et de certains caracteres. Mais si ces idées n'estoient jointes à quelques traces naturellement, il nous seroit impossible d'en disposer; nous ne pourrions les exciter quand nous le souhaiterions. ad p. 35. L'auteur semble raisonner ainsi: Quand nous disons: estre, penser, etc. les traces de ces paroles ne sont pas naturellement jointes à ces idées, donc il faut qu'il y en ait, qui y soyent jointes naturellement, parce qu'il faut qu'il y en ait qui y soyent jointes immediatement. Mais peutestre qu'elles y peuvent estre jointes immediatement, sans estre jointes naturellement. Il faut examiner par quel moyen je pourrois faire comprendre à un homme, qui n'entend pas nos langues, la signification de ces mots: estre, penser. Cela se feroit ce me semble en monstrant des exemples et en donnant à entendre negativement, que le mot dont je me sers, signifie ce qu'ils sentent, ou ce dont il(s) s'apperçoivent en eux mémes ou dans les choses. Outre ce qu'ils y voyent, écoutent, touchent. Ainsi ces mots se peuvent donner à entendre non pas par des traces, mais par la negation des traces. Les mots estant une fois entendus, servent de traces quoyque arbitraires, à l'avenir. Il faudroit prendre garde un peu plus exactement qu'on ne fait comment les enfans ou autres apprennent les langues sans truchement. Il y a aussi certaines traces ^nquiö sont jointes aux pensées sans estre arbitraires, à cause d'une certaine connexion d'accoustumance; par exemple pour donner à entendre à un Americain ce que c'est que penser, je luy montrerois la posture ^nd'uön homme qui est pensif. Et celuy qui a donné à Nurenberg un petit Nomen^nclöateur avec des figures s'est souvent servi de cette adresse. (p. 69-71.) De la difference des traces qui sont formées dans les organes de nostre cerveau. Article xix. Toute la difference qu'il y peut avoir entre les traces de nostre cerveau, ne consiste qu'en ce que les unes sont plus confuses que les autres. Elles sont plus confuses, ou parce qu'elles sont imprimées plus foiblement, ou parce que leurs parties sont plus mal ordonnées. Ce qui pourroit encore mettre de la difference entre ces traces, est que les unes representent des objets permanents et d'une figure constante, et les autres ne representent que des mouvemens, des efforts et des changemens continuels. Mais ce sont ces dernieres qui sont les plus confuses et les plus incapables de terminer des considerations fixes. Ce sont aussi ces dernieres que l'on rapporte à la pure intellection. Cependant je voudrois bien sçavoir si l'intellection en est plus pure, de n'estre accompagnée que de traces confuses, au lieu que l'imagination n'a que des traces plus distinctes? Les unes et les autres sont materielles. Les unes et les autres sont étenduës. Les unes et les autres n'ont rien de semblable à nos idées. Ou si on veut qu'elles leur ressemblent, elles ont également droit de leur ressembler. Elles ont toutes leurs idées particulieres avec lesquelles elles sont jointes naturellement. Elles en peuvent toutes representer d'autres en qualité de signes. Elles sont également necessaires pour la memoire, et par consequent, on n'a pas raison, comme nous l'avons remarqué, de dire que les unes sans les autres suffisent au souvenir des pures intellections. D'où il s'ensuit, ou qu'il faut soustenir que les pures intellections ne sont accompagnées d'aucunes traces; et si cela est, il n'est possible de se souvenir de les avoir jamais exercées, suivant ce qu'on remarque dans la Critique. Ou si elles sont accompagnées de traces, il n'est pas moyen de discerner ces pures intellections des imaginations, . . . (p. 73.) . . . D'ailleurs il est necessaire que l'on prenne la peine de mediter. Ce n'est point icy un sujet à traitter comme quelques-uns se l'imaginent par des raisonnements continus, et par un ordre de consequences toújours égal, sans interruption, et sans retour: comme si on n'avoit qu'à continüer incessament dans le mesme chemin. Tantost il faut jetter les yeux sur les erreurs et les défauts que l'on a évitez. Tantost on en doit prévoir d'autres dans lesquels on est prés de tomber. Il faut que l'esprit essaye en mille façons d'entrer dans des pensées qui le rebutent d'abord et dont il doit surmonter toutes les difficultez. . . . (p. 103-109.) Touchant la cinquie'me supposition. Des Idées qui representent ce qui est hors de nous. Article xxv. . . . Que l'Auteur de la Recherche soútient que nos Idées ne sont pas des façons-d'estre de nostre ame. Section premiere. . . . Cependant l'Auteur veut que l'on sçache qu'il croit que nos idées ne sont pas des façons-d'estre de nostre ame: il dit qu'il a fait un Chapitre exprés pour prouver ce sentiment. Mais avec tout cela on pourroit encore luy imputer ce que je luy attribuë; et de peur qu'on ne s'y trompe, je suis obligé d'avertir icy, qu'il dit que Nos idées sont spirituelles. Que ce ne sont pas des substances. Qu'elles sont receuës en nostre ame. Et qu'on ne doit pas conclure pourtant que ce soient des façons-d'estre de nostre ame. . . . Que l'Auteur ne croit pas que les idées que nous recevons par les sens ne nous representent que les effets que les objets exterieurs produisent en nous. Section II. Il faut remarquer que les idées dont on parle icy ne sont autre chose que nos sensations: Il reconnoist dans le Chapitre que nous venons de citer, et ailleurs, que nos sensations sont entierement à nous, et quelles ne sont que des façons-d'estre de nostre ame: Ce qui m'a donné occasion de dire qu'il pensoit aussi que nous ne connoissions que ces sensations que par les sens. J'appelle ces sensations des idées, prenant ce mot generalement comme il le prend aussi luy-mesme dans son premier Chapitre. Je les appelle encore les effets que les objets exterieurs produisent en nous par nos sens; et je dis que ces idées ne nous representent pas ces objets tels qu'ils sont en eux-mesmes; mais seulement ce qu'ils produisent en nous. C'est la pensée des Pyrrhoniens, c'est celle des Academiciens, c'est celle de M. Descartes, c'est celle de M. Rohault; mais ce n'est point celle de l'Auteur de la Recherche; et je vois bien presentement pourquoy il ne la veut pas recevoir. C'est, si je ne me trompe, parce qu'il soútient que nous connoissons par les sens qu'il y a de l'estenduë hors de nous. Mais cela détruit ce qu'il a voulu establir touchant l'erreur de nos sens. Car si les sens nous font connoistre ce que les objets sont en eux-mesmes; pourquoy ne dirons-nous pas qu'il y a de la chaleur dans le feu, de la lumiere dans le soleil, et des couleurs sur un tableau? Quand nous regardons un quarré rouge, par exemple, pourquoy ne jugeons-nous pas que cet objet a une couleur en luy, que nous appellons du rouge, aussi bien que certaine figure déterminée? (p. 111-112.) Pour la sixie'me supposition. Des Idées qui representent sans estre semblables. Article XXVI. . . . Cependant l'Auteur se contente de dire icy seulement que je n'ay pas compris le sentiment de M. Descartes ny le sien. Pour ce qui est de M. Descartes, on peut voir ce que je luy ay attribüé, dans le premier Discours de sa Dioptrique, où il parle des especes. C'est ce qu'on peut reconnoistre encore dans sa Metaphysique, dans la Réponse qu'il fait à M. Gassendi sur la maniere dont nostre ame se represente l'estenduë, et en plusieurs autres endroits de ses ouvrages. Il veut que l'idée qui represente l'estenduë n'ait aucune extension: D'où je crois qu'on peut conclure qu'il veut que nos idées nous representent des choses ausquelles elles ne sont point semblables: Outre qu'il le dit luy-mesme positivement dans sa Dioptrique, et que ce sentiment est une consequence necessaire de ses principes. (p. 114-117.) Sur la premiere Assertion. Des jugemens de la volonté. Article XXVIII. Toute nostre dispute sur le fait des jugemens, consiste en deux ou trois points qui l'auroient terminée, si l'Auteur avoit pris la peine d'examiner tout ce que la Critique contient sur ce sujet. 1. J'accorde que l'action de la volonté suit de bien prés la fonction de l'entendement: Jusques-là qu'on pourroit douter si toutes les actions de nostre ame ne portent point les caracteres de ces deux facultez; et si cet axiome nihil volitum nisi cognitum, ne pourroit pas avoir son retour de la part de l'entendement; c'est-à-dire, si la connoissance n'est point une application de l'ame dont l'action quoy-que simple reçoit deux noms differents, de connoissance, ou d'inclination, selon qu'elle agit par les organes de nostre corps qui servent aux passions, ou par d'autres organes qui tiennent nos esprits en équilibre. C'est pour cela que je me suis excusé dans la Critique de ce que j'ay touché cette question, sçachant bien qu'elle ne sçauroit estre parfaitement decidée lors qu'on cherche encore la verité. J'ay esté obligé d'en parler, parce que l'Auteur a un peu trop particularisé sur ce point. Il veut qu'il y ait de l'erreur à croire que l'entendement juge, et ce qu'il dit de la volonté sur ce sujet ne tend qu'à donner lieu à la Regle generale qu'il apporte pour les sciences; mais c'est ce qui diminuë la bonté de cette Regle comme on l'a fait voir dans la Critique. En second lieu, je prie l'Auteur de considerer que j'ay remarqué dans la Critique que c'est nostre volonté qui nous détermine à juger sur les simples vray-semblances: D'où l'on peut dire que c'est aussi nostre volonté qui est la cause de nos erreurs, parce que nous ne nous trompons jamais qu'en suivant des vray-semblances. En troisiéme lieu, comme on accorde dans la Recherche, que le jugement que nous formons touchant cette verité, deux et deux font quatre, est une simple perception qu'on doit rapporter à l'entendement: On declare aussi dans la Critique que cette seule sorte de perception suffit pour les Veritez évidentes; et que c'est sur de semblables jugemens que toutes les sciences sont fondées, et non pas sur un certain acquiescement de la volonté qui est une suite de cette premiere conception ou de cette simple veuë. (p. 120-121.) Sur la troisie'me assertion. Des Vray-semblances. Article XXX. . . . Le rapport que plusieurs personnes ont fait de Rome est un motif assez bon pour croire qu'il y a une Ville de ce nom, mais non-pas pour connoistre évidemment ce que cette ville est en elle-mesme. Neanmoins je suis content de ce Chapitre: l'Auteur s'est expliqué en un endroit sur les vray-semblances d'une maniere tres-juste, et je ne souhaiterois pas de m'exprimer autrement si j'en devois parler: C'est dans le premier Chapitre de son sixiéme Livre, en suite de la Regle generale dont il a déja parlé dans sa premiere Partie. Cependant je m'estonne de ce qu'il n'a point changé ce qu'il a mis dans l'endroit dont il s'agit dans la Critique. Je ne sçais pas d'où vient qu'il s'exprime si differemment dans ces deux passages; mais je me declare pour ce qu'il dit dans sa seconde Partie: Peut-estre qu'il ne fait pas encore estat de chercher la Verité dans son premier Volume; mais du moins il y fait profession d'éviter les erreurs: et il me semble que c'en est une de dire que plusieurs vray-semblances jointes ensemble ont autant de force que des demonstrations tres-évidentes. (p. 125-126.) Sur la sixie'me assertion. De l'Essence de l'ame et de celle de la matiere. Article XXXIII. Il declare qu'il n'a rien à dire sur ce Chapitre, si ce n'est qu'on lise avec attention ce qu'il a dit de la maniere dont nous connoissons nostre ame Chapitre VII. seconde Partie du troisiéme Livre, et ce qu'il soútient de l'Essence de la matiere dans le Chapitre suivant. Puis qu'il ne dit rien sur ce sujet, je ne sçaurois faire autre chose que de renvoyer à la Critique, et que de prier qu'on examine s'il est possible qu'il y ait quelque chose dans l'ame qui precede la pensée, et que cependant la pensée en soit l'essence, et s'il n'est pas contradictoire de dire que l'estenduë seroit l'essence de la matiere, quand il y auroit quelque autre chose dans la matiere qui ne supposeroit pas l'estenduë| (ad p. 1)26. L'auteur a raison de dire, que la pensée n'est pas l'essence de l'ame. Car la pensée est une action, et puisqu'une pensée succede à une autre, il faut bien que ce qui reste pendant ce changement soit plustost de l'essence de l'ame, puisqu'elle demeure tousjours la méme. L'essence des substances consiste dans la force primitive d'agir, ou dans la loy de la suite des changemens, comme la nature de la series dans les nombres.