Series II Band 4 · No. 69.
LEIBNIZ AN ISAAC JAQUELOT
[Nach dem 6. Mai 1704]. [68.83.]
Extrait de ma reponse
J'ay lû et relû vostre abregé du systeme que vous vous estes fait de l'Ame humaine et je
puis vous dire, Monsieur, que je n'y trouve pas un mot que je ne puisse avouer et expliquer
conformement à mon sens: Car je crois que lors que vous dites que les Ecluses des Esprits
animaux s'ouvrent et se ferment selon la volonté de l'Ame, vous ne determinés pas si cela se
fait par une influence de l'ame sur ces Esprits et Ecluses, ou par une entremise nouvelle et
extraordinaire de Dieu qui troublât les loix des corps pour les faire obéir à l'ame, ou si c'est
suivant mon sentiment par une harmonie préestablie, car il sera tousjours vray que ces écluses
s'ouvriront ou se fermeront suivant la volonté de l'ame. Quand vous dites, Monsieur, que dans
l'ame les raisons ne l'emportent pas necessairement comme un poids, parce qu'autrement la
volonté se haberet mere passive, et qu'il faut dire qu'elle se determine elle même par les
raisons, vous parlés parfaitement suivant mon sens.
Je me suis estonné plusieurs fois comment un aussi habile homme que Mons. Bayle a pû se plaire à debiter les raisonnemens des Manicheens, qui me paroissent de peu de poids, comme il le juge sans doute luy même. Mais la grande fertilité de son esprit actif fait qu'il se donne carriere sur la matiere qu'il a justement devant luy, quand il ecrit. Je ne vois pas la moindre apparence pour les deux principes, et le mal n'est rien au prix du bien.
Je suis avec vous Monsieur contre M. Locke, à l'egard des idées que je crois estre dans l'ame essentiellement, car l'ame est innée à elle meme, pour ainsi dire, et par consequent existence, substance, unité, meme, divers, etc. et les verités enveloppées dans ces idées le sont aussi, quoyque les sens fournissent à l'ame l'occasion de s'appercevoir et des idées et des verités.