Series II Band 4 · No. 61.
LEIBNIZ AN ISAAC JAQUELOT
[Nach dem 10. März 1704]. [60.64.]
[L1 ]
Je vous l'ay déja dit, Monsieur, je seray ravi, qu'on pû trouver que les auteurs des causes occasionnelles sont du même avis que moy. Nous convenons que le corps et l'ame se repondent quoyqu'ils ne le croyent peutestre pas si generalement que moy. Mais la difference est que les choses chez eux se font par miracle en tant que Dieu accommode tousjours l'ame au corps, et le corps à l'ame. Au lieu que chez moy tout ce qui se fait ordinairement dans l'univers est naturel, et arrive comme une suite de la nature des choses de sorte que l'une de ces deux substances s'accommode à l'autre par sa propre nature. Dieu selon les occasionnelles en voulant que le corps suive la volonté de l'ame, est obligé de violer le[s] loix de la nature corporelle à tous momens et changer la direction du cours des esprits animaux: et moy je crois que le monde corporel est fait si artistement qu'en vertu de ses propres loix, le corps repond à ce que l'ame demande; et qu'il en est de même à l'egard de l'ame, qui est naturellement representative du corps. Le monde corporel est semblable à une machine qui joue des airs de musique, tout comme si un habile homme la touchoit.
Vous ne dites point Monsieur, en quoy mon systeme detruit le franc arbitre, car tout se faisant dans l'ame suivant sa nature, les actions volontaires s'y font librement, quoyque celuy qui sait tout sache comment elles se feront et y accommode les corps par avance. Ainsi ces actions libres repondent aux loix des corps, parce que les corps y sont preparés. Et quoyque les actions presentes de l'ame soyent une suite naturelle et certaine de son estat precedent elles n'en sont pas une suite necessaire. C'est comme la connoissance du plus grand bien le fait choisir, en inclinant l'ame, et non pas en la necessitant.
Pour ce qui est de ceux qui sous le pretexte des preliminaires de la paix Ecclesiastique renouvellent les anciennes querelles, je ne vous marqueray pas les auteurs des Traités Anonymes, Monsieur, mais il suffit que les Traités soyent connus. Un certain auteur qu'on croit estre du pays de Saxe a fait un petit livre sous la titre d'Unterthänigste Adresse, c'est à dire de Requeste des Lutheriens au Roy du Prusse. Je n'approuve notament cette adresse, mais comme la reponse ne doit pas estre approuvée non plus à mon avis [bricht ab]
[L2 ]
Extrait de ma lettre à M. Jaquelot
Puisque vous avés dit un mot au Roy de ce que j'avois écrit sur ceux qui sous pretexte des preliminaires de la paix renouvellent les anciennes querelles; et que vous desirés Monsieur que je vous en marque quelque particularité, sa Mté estant porté à leur imposer silence, je vous diray que c'est maintenant une faute regnante dans quantité de petits écrits, dont quelques uns sont anonymes, et dont j'aime mieux de parler que des Auteurs parce que je ne voudrois point faire du tort aux personnes. Par exemple un auteur qui paroist estre du pays de Saxe a fait imprimer un discours Allemand sous le titre de Requeste au Roy de Prusse (allerunterthanigste adresse) comme au nom des gens de sa religion. Un Reformé qui paroist estre sujet du Roy y repond. L'un et autre écrit ne convient point au bon dessein de sa Mté; mais je ne vous parleray que du dernier comme qui doit estre sousmis aux ordres du Roy. Cet auteur insulte aux adversaires avec beaucoup de hauteur, il pretend de faire voir les violences et les calomnies des Lutheriens du temps passé et semble vouloir donner à entendre que les Reformés sont en état de les maltraiter à leur tour. Qui ne doute que cela ne doive aigrir les esprits, et ne puisse attirer des violentes repliques. Car comme il y a de l'homme et de la foiblesse par tout, les autres trouveront aussi facilement de quoy faire les recriminations. C'est comme si dans une conference d'accommodement on s'amusoit à se faire des reproches et à renouveller toutes les injures que l'on s'est dites sous pretexte qu'il faut examiner, le quel est autor Rixae, et a le plus de tort. Pour venir à l'accommodement le meilleur est de ne point parler du passé, ny l'un ny l'autre parti n'y trouvera point son compte. Et il seroit bon de defendre tous ces libelles outrageans: et qu'on confisquât les livres anonymes imprimés sans censure sur cette matiere. Le meilleur seroit que les particuliers sans troubler le public laissassent travailler douçement l'autorité souveraine à preparer les choses pour un dessein que Dieu benira, et qui ne peut manquer si l'on s'y prend comme il faut.