Series II Band 4 · No. 59.

LEIBNIZ AN ISAAC JAQUELOT

Wolfenbüttel, 9. Februar 1704. [58.60.]

French

Wolfenbutel 9 Fevrier 1704

Je Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: reponse à M. Jaquelot predicateur du Roy à Berlin suis bien faché d'apprendre Monsieur, que vostre santé n'est pas des meilleures. Il faut en avoir soin: le Roy, la Reine et le public vous le demandent.

Puisque vous avés bien voulu vous divertir à penser à mon systeme, je vous diray à la premiere question que je tiens que l'ame a receu de Dieu la vertu de produire ses pensées. Les Cartesiens l'accordent (je crois) eux mêmes à l'egard de quelques unes, et moy je le dis de toutes les pensées. Et même chez moy la nature de chaque substance consiste dans la force active, c'est à dire dans ce qui la fait produire des changemens suivant ses loix. Il est cependant vray que Dieu concourt à tout par la conservation continuelle des Estres. (: Et (: Et ... idée. :): Diesen Abschnitt hat Leibniz in eckige Klammern gesetzt, wohl um ihn von der Abfertigung auszuschließen. c'est par luy comme cause commune que toutes les substances s'accordent. Mon systeme est une nouvelle preuve de l'existence de Dieu, qui en prouve en même temps la sagesse au delà de tout ce qu'on en avoit conçû. Monsieur Bayle a reconnu dans son Dictionnaire qu'on n'en sauroit donner facilement icy bas une plus haute idée. :)

Ad 2dum L'Ame se produit ses pensées à la presence des idées corporelles et non pas par leur secours ou influence. Et je serois bien aise qu'on expliquât le systeme des causes occasionnelles d'une maniere qui le fist revenir au mien.

3. L'ame est excitée aux pensées suivantes par son objet interne c'est à dire par les pensées precedentes. Car il y a une suite ou liaison comme dans les mouvemens. Le miracle ou plustost le merveilleux consiste en ce que chaque substance est une representation de l'univers suivant son point de veue. C'est la plus grande richesse ou perfection que l'on puisse attribuer aux Creatures et à l'operation du Createur, et comme un redoublement de mondes dans ces miroirs innomerables de substance, par les quels l'univers est varié à l'infini. Ces substances simples sont toutes comme des petites divinités respectives, depuis leur commencement, car pour de la fin, elles n'en ont point. Or le point de la representation de l'univers dans chaque Monade estant establi le reste n'est que consequences et vos questions, Monsieur, se resolvent ce semble d'elles mêmes.

4. La raison qui fait que les Enfans ne forment point les pensées des hommes faits, est que leur pensées sont paralleles aux phenomenes externes par rapport à leur corps. C'est la consequence de l'harmonie. Cependant les ames ne sont jamais dans l'inaction, et jamais sans pensées, les quelles sont confuses et obscures lors que les phenomenes ne contiennent point quelque chose de bien distinguant et de relevé.

5. Cette Harmonie naturelle des pensées avec ce qui se passe dans les organes est aussi la cause du dérangement apparent des pensées: quoyque dans le fonds, et à prendre toute la suite des choses rien ne soit absolument dérangé. Les plus grands desordres sont corrigés et recompensés avec usure dans cette suite des choses.

6. L'indocilité de certaines personnes vient aussi de ce rapport. Car rien n'est dans l'ame, qui ne s'exprime aussi dans les organes. Il n'y [a] jamais deux ames parfaitement semblables, et même, elles different toutes originairement. Car chaque ame est faite pour representer l'univers à sa maniere. Un Hotentot n'est pas Monsieur des Cartes, ny Alexandre le Grand.

7. Lors que les sons ne sont pas fort distingués, il faut bien que d'autre[s] objets, bien distingués qui occupent nostre attention, l'emportent. Il faut chercher dans les organes, l'explication de tout ce qui est mortifiant en nous et qui marque quelque imperfection, comme par exemple la lenteur du progrés de nos connoissances: car en tant que nous sommes passifs et imparfaits Dieu en reglant l'harmonie universelle, nous a accommodés à autres choses; et en tant que nous sommes actifs et avons quelque chose de parfait, Dieu a accommodé les autres choses à nous. Cependant il ne faut point croire que ces petits sons qui nous frappent, sans que nous y donnions de l'attention, soyent des corps perdus. Il n'y a rien de perdu, et tout ce qui nous arrive entre dans ce qui nous arrivera.

8. Il y a tousjours quelque chose dans nostre imagination qui réponde aux idées, même des choses immaterielles; savoir les caracteres comme sont ceux de l'arithmetique et de l'Algebre, et les noms.

J'ay lû avec soin l'Essay de M. Lock sur l'entendement humain. Comme il ne se rencontre pas fort souvent avec moy, j'y ay fait currente calamo des remarques que j'acheveray au premier loisir.

On a mis sous mon pourtrait un Distique insupportable. J'espere qu'il sera changé. Mon nom aussi a esté estropié. etc.