Series II Band 4 · No. 5.

CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ

Dijon, 30. Mai 1701. [7.]

French

Dijon le 30 may 1701

Il Am Kopf des Briefes von Leibniz' Hand: resp. y a long tems monsieur que je n'ay eû l'honneur de vous écrire, et que je n'ay recû de vos cheres nouvelles; j'ay esté prés d'une année entiere à la campagne persecuté de toutes sortes de maux, qui m'ont derangé, et qui m'ont empeché de satisfaire à mon devoir à l'egard de mes amis, et surtout envers vous monsieur que je regarde comme le meilleur et le plus important de Tous; Je n'ay écrit uniquement cette année qu'à nostre St pere Clement XI, à qui j'estois obligé de le faire dans son exaltation, ayant recû auparavant de luy une excellente lettre qui m'engageoit à le feliciter. On nous prosne ce pape comme un grand protecteur des Muses et des scavants; tous les grands sont assés portés à souhaitter cette qualité dont ils tirent avantage; mais il fault outre cela aymer les lettres, et il ne suffit pas ancor de les aymer il fault les connoistre, c'est ce que monsr d'Avranches trouve tres difficile surtout à un Italien qui n'a travaillé toute sa vie qu'à se rendre capable d'arriver aux dignités et aux grands emploicts par la politique; Il fault neanmoins se contenter des bons desirs et de la bonne volonté. Je laisse à monsr Pinsson à vous dire toutes les nouvelles litteraires dont je suis fort ignorant. J'ay veû seullement ces jours passés le nouvau Journal qui s'imprime à Trevoux, dont je croy que monsr Pinsson vous aura faict part. Voicy ce que m'en ecrit un de mes amis qui est à Paris et qui a faict une fort bonne critique du Telemaque.

Puisque vous voyés le nouveau Journal de Trevoux Je n'ay plus de nouvelles à vous dire. *Je prevoys qu'ils nous vont divertir. Les Jesuites qui en sont les auteurs y attaquent les Journalistes hollandois qui ne manqueront pas de chamailler avec leurs feû ordinaire. Il y dans le second Journal de Trevoux une seconde Touche au dictionnaire de Furetiere r'imprimé par Basnage: Les journalistes de Trevoux ont bien senti, que cela leur alloit faire des affaires avec ce calviniste qui n'est pas endurant, et ont voulu adoucir la chose en chargeant une preface d'un mensonge officieux, qui ne sert de rien, et qui pourra leur estre reproché: quelle apparence que l'imprimeur se soit ingeré de fourrer dans le Journal la lettre pour laquelle ils demandent excuse, et ne voit on pas qu'elle est de la composition de quelqu'un d'entr'eux.*

Je me rejouis monsr de voir le Suidas qu'on dit qui s'imprime à Paris avec beaucoup d'augmentation et de correction; nous aurons bientost le Pollux de Hollande avec plusieurs commentaires de scavants et surtout de monsr Saumaise à ce que monsr Graevius m'a ecript, dites nous monsr ce que vous faictes qui vaudra mieux que tout ce que nous attendons des autres; nous aurons bientost les poesies de mons. d'Avranches avec son nouveau paradis terreste r'imprimé en Hollande et augmenté. Monsr Graevius me mande que quoyque le Hesychius de Foppaeus paroisse desesperé qu'il y a neanmoins un Hollandois qui pretend nous le donner; ce dictionnaire avec celluy de Pollux et de Suidas seront d'un grand secours aux scavants et rendent bien le Furetiere[,] le Richelet et celluy de mr Bayle; ne soyiés pas monsr si long à m'ecrire que je l'ay esté à vostre egard; soulagés mes maux par vos excellentes et agreables lettres et croyés moy toujours Tout à vous

Nicaise

A Monsieur Monsieur de Leibniz prés de Son Altesse Electorale monseigr le Duc d'Hanovre. Hanovre.