Series II Band 4 · No. 39.

LEIBNIZ FÜR ISAAC JAQUELOT

[Berlin, Ende November bis Anfang Dezember 1702]. [37.44.]

French

Raisons que M. Jaquelot m'a envoyées pour justifier l'Argument contesté de des Cartes qui doit prouver l'existence de Dieu; avec mes reponses Berlin 20 Novembr. 1702 Lettre de M. Jaquelot

La conversation que j'ay eu l'honneur d'avoir avec vous, m'a fait prendre la plume, Monsieur, pour mettre quelques argumens en forme que je vous envoye, afin de les reformer à la plus severe Logique s'ils en sont éloignés. Jettés y l'oeil à vostre loisir, je vous en supplie, Monsieur, et d'estre persuadé que je me feray tousjours un honneur et plaire de me dire etc. Reponse

Je n'ay pas eu l'avantage de me bien expliquer dernierement, car je voulois vous marquer, Monsieur, que l'argument de Des-Cartes dont il s'agit suppose que l'estre tout parfait, ou l'Estre necessaire, sont possibles; et je voy cependant que les propositions des argumens que vous m'avés fait l'honneur de m'envoyer, le supposent encor presque toutes. Ainsi ma demande subsiste tousjours.

(: L'argument Leibniz setzt den Abschnitt von (: L'argument ... existe. :) in eckige Klammern, um anzuzeigen, daß er noch nicht Teil seines ursprünglich als Antwort gedachten Briefkonzepts (N. 34) an Jaquelot war, sondern er ihn erst bei unserer nachträglichen Reinschrift ergänzte. de M. des Cartes revient à cecy:

L'estre tout parfait enferme dans son idée entre autres perfections celle d'exister necessairement, ou bien l'Estre tout parfait est un estre necessaire.

Or l'estre necessaire existe.

Donc l'Estre tout parfait existe. :)

C'est comme si quelcun raisonnoit ainsi:

Le corps necessaire est un estre necessaire

L'Estre necessaire existe

Donc le corps necessaire existe

A quoy on ne pourra repondre que comme je fais en disant que cet argument suppose que le corps necessaire est possible, comme l'autre suppose que l'estre qui enferme dans son essence toutes les perfections, et notamment l'existence, est possible. Il en seroit de meme si au lieu du corps necessaire on employoit le corps tout parfait.

Il est aisé de juger qu'une conclusion aussi importante que celle de l'Existence de Dieu ne pourra pas estre depechée si legerement, et qu'il faut adjouter quelque chose.

Cela justifie aussi ce que j'ay dit ailleurs de l'abus de la doctrine des idées.

(: Les Leibniz setzt den Abschnitt von (: Les ... eux. :) in eckige Klammern, um anzuzeigen, daß er noch nicht Teil seines ursprünglich als Antwort gedachten Briefkonzepts (N. 34) an Jaquelot war, sondern er ihn erst bei unserer nachträglichen Reinschrift ergänzte. definitions ne sont point arbitraires, comme Hobbes a crû, et on ne peut point former les idées comme l'on veut, quoyqu'il semble que les Cartesiens le prennent ainsi. Car il faut que ces idées qu'on pretend former soyent veritables, c'est à dire possibles, et que les ingrediens qu'on y met, soyent compatibles entre eux. :)

C'est ainsi qu'en abusant des idées on peut aussi conclure de la definition ou idée de la vistesse extreme, par exemple, que la partie y est aussi grande que le tout comme je le fis voir dernierement. Et on ne sauroit répondre à cette consequence, qu'en niant que la vistesse extreme est possible, ou qu'elle a une veritable idée. Ce qui marque que tous ces raisonnemens supposent tacitement la verité des idées, ou ce qui vaut autant, la possibilité de la chose. C'est ce que les Geometres ont bien compris, car ils l'ont tousjours prouvée, ou du moins postulée. Ainsi Euclide a postulé tout au commencement, que la Ligne droite est possible: a puncto ad punctum duci posse rectam.

Cependant cet argument de des Cartes et avant luy de S. Anselme Archeveque de Cantorbery n'est point un Sophisme comme plusieurs pretendent; et à mon avis c'est seulement un argument imparfait, où il faut encor suppléer quelque chose.

Mais quand on n'y suppleeroit rien, il y a déja une utilité tres considerable; tout imparfait qu'il est, en ce qu'il monstre que la Nature divine a le privilege, qu'Elle n'a besoin que de sa possibilité ou essence, pour son Existence. Et des plus, cet argument donne au moins presomtivement l'Existence de Dieu.

Car tout estre doit estre jugé possible donec probetur contrarium jusqu'à ce qu'on fasse voir qu'il ne l'est point.

C'est ce qu'on appelle presomtion, qui est bien plus incomparablement qu'une simple supposition; puisque la pluspart des suppositions ne doivent estre admises qu'on ne les prouve; mais tout ce qui a la presomtion pour soy doit passer pour vray, jusqu'à ce qu'on le refute.

Donc l'existence de Dieu a la presomtion pour elle en vertu de cet argument, puis qu'elle n'a besoin que de sa possibilité. Or la possibilité est tousjours presumée, et doit estre tenue pour veritable jusqu'à ce qu'on prouve l'impossibilité.

Ainsi cet Argument a la force de transferer onus probandi in adversarium, ou de charger l'adversaire de la preuve. Et comme on ne prouvera jamais cette impossibilité, l'existence de Dieu doit estre tenue pour veritable.

Cependant il est à souhaiter pour achever la demonstration d'une maniere absolue et Geometrique, qu'on donne la preuve de la possibilité, dont il s'agit.

J'ay taché d'y contribuer ailleurs, en faisant voir que si l'Estre necessaire estoit impossible, tous les Estres contingens le seroient aussi, et qu'ainsi il n'y auroit rien de possible. Car les estres contingens n'ayant point en eux la raison suffisante de leur Existence, il faut recourir à l'estre necessaire qui est ultima ratio rerum, la derniere raison des choses.

Je ne doute point, Monsieur, que vous n'adjoutiés encor quelque pensée utile, à laquelle j'applaudiray de tout mon coeur, estant etc. Argumens avec les remarques enclavées dans (: ... :) Maxime

Le principe General de tous nos raisonnemens, c'est attribuer à un sujet, ce qui est clairement renfermé dans l'idée que nous en avons.

(: Cette Maxime suppose qu'il y a un tel sujet dans la nature des choses, ou qu'il est possible, c'est à dire qu'il a une veritable idée. Autrement il seroit permis de former des idées à plaisir, et de les attribuer à des Estres, pour en conclure par apres des propositions insoûtenables. :) Premier Argument

Toute figure composée de trois Angles doit avoir necessairement ses trois angles égaux à deux droits.

(: Cette proposition n'est point necessaire que lors que la figure est plane, c'est à dire quand cette figure à trois angles est justement ce qu'on appelle le Triangle par excellence. :)

Un triangle est une figure composée de trois Angles.

Donc un Triangle doit avoir necessairement ses trois angles egaux à deux droits. Argument pareil

Tout Estre tout-parfait doit avoir necessairement l'Existence.

(1) (: Cela suppose que l'Estre tout-parfait est possible, c'est à dire que toutes les perfections sont compatibles ensemble. :)

Dieu est un estre tout-parfait.

(2.[1]) (: Cela suppose encor que l'Estre tout-parfait est possible, autrement on niera qu'une notion impossible peut donner la definition de Dieu. :)

Donc Dieu doit avoir necessairement l'Existence.

On repond que la consequence est certaine mais on nie que la mineure n'est veritable qu'en supposant qu'il y a un Dieu. Je prouve la supposition:

(2.2) (: On trouve encor de la difficulté dans la majeure par la même raison, en disant qu'elle n'est veritable qu'en supposant qu'il y a un estre tout-parfait dans la nature des choses, c'est à dire qu'il est possible. :) 2. Argument

Quand deux idées sont necessairement conjointes on conclut legitiment de l'Existence de l'une, l'Existence de l'autre.

(3) (: Supposé que ce soyent veritablement des idées, car il n'y a que les notions possibles qui en fournissent. :)

Or l'idée d'exister necessairement est conjointe necessairement avec l'idée de l'Estre tout-parfait.

[(4)] (: Supposé que l'estre tout-parfait, et l'Estre necessaire soyent possibles ou ayent des idées veritables. :)

D'où on conclud legitiment de l'existence de l'une, l'existence de l'autre.

(5) (: Il y a quelque ambiguité dans cette conclusion, pour le dire en passant. Car on peut dire que de l'existence de l'estre tout-parfait suit l'existence de l'Estre necessaire (supposé que tous les deux soyent possibles) sed non vice versa, non à rebours, car on n'a point prouvé que de l'Existence de l'Estre necessaire suit l'existence de l'Estre tout-parfait. Cependant j'avoue qu'on peut encor prouver cette consequence. :) Or

Ce qui existe necessairement doit estre necessairement dans la nature des choses.

(6) (: Supposé qu'il soit possible, ou bien c'est supposer qu'il l'est. Car c'est autant que si on disoit ce qui existe necessairement est possible, ou bien l'estre necessaire est possible. C'est justement cette proposition encor qui a besoin de preuve. :)

L'Estre tres parfait existe necessairement

(7) (: s'il est possible. :)

Donc l'Estre tres parfait doit estre necessairement dans la nature des choses. Autrement

Ce qui doit avoir une Existence necessaire exclut tout si, toute supposition, toute presomtion.

(8) (: Je nie cela, car il faut supposer qu'il y a quelque chose dans la nature des choses qui aye une existence necessaire, ou que l'Existence necessaire est possible. :)

L'Estre tres parfait doit avoir une Existence necessaire.

(9) (: C'est ce qu'il y a deja no. 1. et on s'y rapporte, en repetant que cela suppose qu'il est possible. :)

Donc l'Estre tres parfait exclud tout si, toute supposition, toute presomtion. Autrement

Tout Estre qui renferme dans sa definition ou dans son Essence une existence necessaire doit necessairement Exister

(10) (: pourveu que cette definition ou Essence soit possible :). Nota

C'est selon la premiere Maxime, le principe de tous nos raisonnemens, savoir d'attribuer à un Estre ce qui est contenu dans sa definition, (: s'il en a une veritablement :). Cette verité est une des premieres notions de l'Esprit, c'est à dire il a ce qu'il a. Ce qui est plus clair et plus certain que 2 et 2 font 4. Or

L'estre tres parfait renferme dans sa definition ou dans son Essence une Existence necessaire.

(11) (: On suppose que l'Estre tres parfait a une definition ou Essence, c'est à dire qu'il est possible. :)

Donc l'Estre tres parfait doit necessairement Exister. 3. Argument

Ce qui doit necessairement exister Existe en effect

(: s'il est possible :).

L'Estre tres parfait doit necessairement exister

(12) (: supposé qu'il soit possible :).

Donc etc. (: Nota:

Cette proposition: ce qui doit estre necessairement, existe en effect peut estre prise de deux façons. Elle est vraye, sans aucune restriction, et sans aucun si, si c'est autant que si on avoit dit: tout estre possible, dont la definition, idée ou essence porte qu'il doit exister, existe en effect. Mais si on le prend ainsi: l'Estre dont la definition ~~même est qu'il doit exister necessairement, ou ce qui est formellement l'Estre necessaire existe~~ en effect, alors le si a lieu, et il faut supposer ou prouver que cette Notion de l'estre necessaire est une notion possible. :) FIN Autres argumens de M. Jaquelot

On demeure d'accord que si l'Estre tout-parfait est possible, qu'il doit necessairement exister.

Or j'ay supposé dans mes argumens que la clarté d'une idée Leibniz bemerkt am Rand:  (: Une idee est claire et distincte lors qu'on entend toutes ses parties :) emporte necessairement avec soy la possibilité.

Donc etc.

Il faut prouver cette mineure.

On la prouve de plusieurs Manieres

1mo par la clarté meme de l'idée, Leibniz bemerkt am Rand:  (: mais c'est la clarté même de l'idee qui doit estre ­prouvée :) de meme que deux et deux font quatre; Leibniz bemerkt am Rand:  (: que deux et deux sont quatre, cela se prouve par une demonstration comme on va voir :) qu'il est impossible, que ce qui est fait ne soit pas fait. Leibniz bemerkt am Rand:  (: que ce qui est fait est fait. C'est une proposition identique ou primitive, qu'on ne prouve point :) Cela est indubitable, neantmoins ce n'est que la clarté de l'idée qui le prouve.

(: Pour monstrer dans cet exemple, 2 et 2 est 4 qu'on n'a point besoin de se fonder sur la pretendue clarté des idées, je le reduiray à une demonstration par le moyen des definitions des Nombres. Voicy comment:

definition 1. 2 est 1 et 1

def 2. 3 est 2 et 1

def 3. 4 est 3 et 1 Demonstration

2 et 2 est 2 et 1 et 1 par def. 1

2 et 1 et 1 est 3 et 1 par def. 2

3 et 1 est 4 par def. 3

Donc 2 et 2 est 4

Quod erat demonstrandum :)

Or il est aussi clair que l'idée d'un estre tres parfait contient l'idée d'une existence necessaire, Leibniz bemerkt am Rand: (: La question à present n'est pas si une idee contient l'autre mais si l'idee à part est possible; il ne s'agit pas de la clarté de la consequence, s'il est clair, qu'une idée contient l'autre, mais de la clarté de l'idée meme :) qu'il est clair, que 2 et 2 sont 4 etc. Donc on conclud legitimement de la clarté de l'idée la possibilité de l'Estre.

(: Au contraire: de la possibilité se doit conclure la clarté, car la possibilité de la chose, est la veritable marque qu'on en peut avoir une idée claire et distincte. C'est pourquoy je ne me fie pas à la pretendue clarté des idées, et ce n'est pas là le vray principe, à moins qu'on donne les marques de cette clarté. Autrement ce qui paroist clair à l'un, ne le paroist pas à l'autre. La possibilité d'une chose ou ce qui est la meme chose, la verité de son idée, se prouve ou a priori par la raison, et cela la rend claire et distincte; ou a posteriori par l'experience et cela la rend au moins certaine. La verité d'une proposition se prouve aussi ou par l'experience, ou par la raison, suivant la quelle une proposition qui n'est point identique doit estre prouvée par les definitions ou par les axiomes primitifs qui sont en effect identiques. :)

2do L'idee de l'Estre tres parfait n'implique point contradiction: donc cette idée est l'idée d'un estre possible. S'il y avoit de la contradiction, elle se trouveroit dans le sujet ou dans l'attribut. Elle n'est point dans le sujet, c'est l'Estre, il y en a. Elle n'est point dans l'attribut: avoir toutes les perfections. Leibniz bemerkt am Rand: (: Le doute est dans l'attribut, savoir si toutes les perfections sont compatibles, car si elles ne l'estoient, l'Estre tout-parfait seroit impossible :) Au contraire plus je conçois de perfection dans un sujet, plus j'y trouve d'estre et de realité, de sorte que si plus j'augmente les perfections plus aussi je donne d'estre et de realité à un sujet. Il s'ensuit qu'en les luy donnant toutes je fais ou je me forme l'idée d'un estre necessaire, bien loin de me former l'idée d'un estre impossible.

3o L'Estre necessaire doit exister puisqu'il y a des Estres contingens. Car qui dit estre contingent dit un estre qui pourroit ne pas estre ou exister, et qui requiert necessairement une cause qui l'ait determiné à estre. Ainsi je diray: toutes les causes ou tous les estres sont contingens, ou ils ne le sont pas. Ils ne sauroient estre tous contingens, parce qu'il s'ensuivroit que le rien, le neant seroit ce qui les auroit determiné à estre ce qu'ils sont. S'ils ne sont pas tous contingens il y a un Estre necessaire.

(: Cet argument me paroist solide et je l'ay employé dans mon écrit inseré dans les memoires de Trevoux et dans les remarques d'hier. Je trouve donc que l'Estre necessaire existe veritablement et est possible, autrement rien n'existeroit: mais il faut quelque autre chose pour prouver que l'Estre necessaire doit avoir toutes les perfections. Cependant je demeure d'accord que cela se peut fort bien prouver. :)

4o L'idée d'un corps necessaire, ou de la plus grande vistesse qui se puisse donner sont des idées qui impliquent contradiction, par ce que toute idée de corps emporte necessairement avec soy la divisibilité. Donc il n'y a point de corps qui soit necessairement un tel corps. On connoist clairement qu'on peut adjouter quelque impulsion à toute vistesse possible.

(: Fort bien: aussi n'ay j'allegué ces exemples que pour faire voir qu'on a besoin d'estre asseuré de la possibilité d'une idée pour en tirer des consequences. :)

5o Supposé qu'il n'y ait presentement ni etendue ny corps, et que la science des Mathematiques demeurât dans l'entendement des intelligences purement spirituelles n'est il pas vray que toutes consequences qu'on tire de l'idée d'un triangle ou d'un cercle seroi[en]t claires et veritables.

(: Fort bien :)

Neantmoins Leibniz bemerkt am Rand: (: Pour faire une conclusion icy on a besoin de deux clartés, de celle de l'idée, et de celle de la consequence, qui n'est autre chose que la liaison des idées. La clarté de l'idee distinctement connüe n'est autre chose que la connoissance de la possibilité. On admet icy la clarté de la consequence ou la liaison, mais non pas la clarté de l'idée :) on n'auroit autre preuve de leur certitude que la clarté et la liaison des idées. Appliqués cela à l'idée de l'Estre tres parfait; on trouvera qu'il doit necessairement exister par ce qu'une idée d'une existence necessaire est aussi necessairement à l'idée de l'Estre tres parfait; que l'idée d'avoir toutes les lignes droites egales tirées du centre à la circomference egales, l'est à celle du cercle. Et comme on conclud cette verité du cercle absolument, par ce qu'elle est demonstrée par l'idée qu'on a de la nature de même aussi on doit conclure absolument et sans si, que l'estre tres parfait existe necessairement, comme une verité prouvée demonstrativement.

(: C'est qu'on est seur d'ailleurs de la possibilité du Cercle, mais qu'il faut justifier celle de l'estre tres parfait. Dans le cercle les deux clartés sont connues; dans l'Estre tres parfait manque la clarté de l'idee, quoyqu'on ait celle de la consequence. :)

6o Posons encore qu'on donnât à un Mathematicien telle figure qu'on voudra à examiner, prenons par exemple le Cercle, et qu'il pût trouver dans la nature du Cercle l'Existence aussi bien prouvée que l'egalité des lignes droites tirées du centre à la circomference, ne seroit il pas en droit de conclure l'Existence du Cercle aussi legitimement qu'il conclud l'egalité des lignes?

(: Ouy sans doute par ce qu'on sait que le Cercle est possible. :)

Appliqués cela à l'Estre tres parfait qu'on donne à examiner ...

Donc ...

Adjoutés que si on luy donnoit à examiner un Triangle quarré ou dont les lignes tirées du centre fussent égales il en decouvriroit d'abord la fausseté, ce qui ne se rencontre pas dans l'Estre tres parfait.

Donc ...

(: On peut repondre que si la fausseté ou impossibilité ne se decouvre pas d'abord, elle se pourroit decouvrir par une plus exacte recherche. Outre q«ue» bien des choses sont vrayes sans qu'on les e[Papierverlust] :)

Encor quelques reflexions Monsieur s'il vous plaist puis manum de Tabula, on saura precisement la difficulté.

1o. Pour l'idée, je crois qu'une idée claire et distincte e[s]t le principe de nos connoissances et de nostre persuasion. Leibniz bemerkt am Rand:  (a) Si l'idée est bien distincte, c'est à dire, si sa clarté est distinctement connue. Cela est si vray que les definitions et les Axiomes que les Mathematiciens posent ne sont receus qu'en vertu de l'idée claire qu'on en a. Leibniz bemerkt am Rand:  (b) Les definitions sont receues quand on est seur de la possibilité. Et les axiomes quand ils sont ou identiques que j'appelle Axiomes primitifs, ou reductibles aisement aux identiques comme leur corollaires, et ces axiomes se peuvent demonstrer au besoin. Ainsi il ne sert de rien de se fonder sur la pretendue clarté des idées, quand il y a quelque doute, ce n'est qu'un faux fuyant et un nouveau principe d'erreurs que les Cartesiens ont substitué aux anciens. Il faut tousjours revenir à l'ancienne logique, c'est à dire à une explication distincte ou demonstration. Il n'est pas plus clair par exemple que 3 soit 2 et 1, 4 soit 3 et 1; qu'il l'est que 2 et 2 soit 4. Leibniz bemerkt am Rand:  (c) Il faut qu'il y ait un moyen de prouver que 3 et 1, itemque 2 et 2 sont une meme chose qu'on appelle 4 et cela ne se peut demonstrer «qu'en resolvant» 2 et 3 par leur definitions, il est vray qu'on ne le juge point necessaire par ce «qu'il est aisé mais c'est en plus le fondement de l'autre». Il faut donc recourir necessairement à la clarté des idées, et si vous exceptés la methode Leibniz bemerkt am Rand:  (d) Mais la methode est tout icy, elle donne l'explication distincte. vous ne dites rien davantage.

Vous dites que la possibilité de la chose prouvée fait la clarté de l'idée, et je crois que la clarté de l'idee qui me represente une chose possible, est la preuve de la possibilité. Leibniz bemerkt am Rand:  (e) Comme la chose est anterieure à mon idée ainsi la possibilité de la chose est anterieure à la clarté de l'idée.

Je le prouve par la supposition d'une intelligence qui subsisteroit seule, et qui «auroit» l'idée de l'etendue. Elle apperçoit qu'un Cercle est possible Leibniz bemerkt am Rand:  (f) La possibilité du cercle se prouve par sa cause, savoir par le mouvement in plano d'une droite dont un point demeure en repos. et elle en decouvre les proprietés comme de l'autre costé elle voit que la penetration des dimensions Leibniz bemerkt am Rand:  (g) L'impenetrabilité n'est pas une suite de l'etendue, elle suppose quelque chose de plus. Le lieu est etendu mais il n'est pas impenetrable. est impossible[,] quelle preuve y at-il de tout cela que la seule clarté de l'idée? Ce n'est pas l'experience il n'y a pas eu encor de cercle, Leibniz ergänzt am rechten Rand folgende Bemerkung, streicht sie aber wieder: Il n'y a que les idées primitives qui soyent claires et distinctes par elles memes, en sorte qu'on ne puisse point en douter. et à l'egard de l'impossibilité de la penetration il n'y en peut avoir si vous dites que 2 pieds d'etendue ne sont pas un pied d'etendue. Cela ne se peut prouver que par l'idée claire que 2 ne sont pas 1. Leibniz bemerkt am Rand:  (h) Que deux ne sont pas un, cela depend de l'idée distinctement connue, c'est à dire de la definition de 2 qui est 1 et 1.

Vous dites que vous ne vous fiés pas à la «verité» des idees; si cela est il n'y aura aucune connoissance certaine de quoyque ce soit. Leibniz bemerkt am Rand:  (i) Je ne me fie pas à la pretendue clarté des idées ou des verités, si elle n'est pas distinctement connue; et cela à l'exemple des Geometres car Euclide a prouvé des verites qui paroissent claires, mais c'est une clarté confuse qui est rendue distincte par la demonstration. Et Euclide «a raison» car ceux qui suivent les pretendues clartés confuses se trompent bien souvent, par exemple on croira aisement que deux lignes qui s'approchent continuellement se doivent rencontrer enfin, et cependant cela n'est point et il y en a qui ne se recontrent jamais qu'on appelle Asym[p]totes. Mais ce qui est clair aux uns n'est pas clair aux autres. Je le veux en suivrat-il que 1 ne peut estre 6, parce que certains esprits contesteront cette verité. Leibniz bemerkt am Rand:  (k) Ce ne seront pas des verités comme celle que 1 n'est pas 2 qu'on contestera. Et il est à souhaiter que les verités contestées se puissent tousjours prouver par les definitions possibles comme celles des nombres.

Ainsi la possibilité d'une chose estant prouvée par la clarté de l'idée, l'argument pour l'existence de l'estre tres parfait demeure dans sa force. Leibniz notiert hier am Rand zunächst folgende Bemerkung, streicht sie dann wieder, fügt sie aber schließlich doch an dieser Stelle hinzu: (l) Il s'agit de monstrer distinctement cette clarté supposée de l'idée de l'estre «tres» parfait. «Voyons si cela» se fait dans le raisonnement.

L'idee de l'Estre est claire, l'idee de toutes perfections ne l'est pas moins. Leibniz bemerkt am Rand:  (m) Voila le point suivant. Cela se pourroit prouver par une induction Leibniz bemerkt am Rand:  (n) Peut on faire une induction ou denombrement de toutes les perfections? leur assemblage dans un sujet n'implique aucune contradiction Leibniz bemerkt am Rand:  (o) Quand la contradiction n'est pas connue, cela ne donne que presomtion que la chose est possible. connüe.

Donc etc.

Vous aves fait un argument pour Leibniz fügt hier zunächst Bemerkung (p) ein, streicht sie an dieser Stelle aber wieder. conclure des Estres contingens l'estre necessaire. Vous le trouvés bon, Leibniz bemerkt am Rand:  (p) Non seulement je le trouve bon, mais je l'ay meme proposé. excepté ce qui j'adjoute qu'en raisonnant sur chaque perfection comme sur l'estre on trouve que l'estre necessaire soit avant toutes ses perfections. Je ne voy pas comment on le peut nier; puisque chaque perfection estant quelque realité, elle ne peut avoir le neant pour sa cause. Parceque de la meme maniere que l'on conclut il y a des estres contingens donc il y a un estre necessaire de même aussi on doit conclure, il y a des estres intelligens contingens donc il y a un Estre intelligent necessaire. Leibniz fügt an dieser Stelle zunächst den nun unter Anmerkung (r) stehenden Text ein, ergänzt hier aber später am linken Rand des Blattes folgende Bemerkung: (q) « - - » a besoin de «prouve contra» Spinosa qui veut que le principe n'est point «intelligent» quoyqu'il soit cause de l'intelligence dans les autre[s] « - - - » qu'on pourroit « - » inferer que l'Estre necessaire est étendu. Et si quelcun dit que l'etendue n'est point une perfection, il faudra donc expliquer «ce» que [Papierverlust] perfection «car l'etendue - - realité». De plus comme on ne conclut qu'un seul estre necessaire par raisonnement, un second estre necessaire seroit Leibniz fügt an dieser Stelle zunächst Anmerkung (r) ein, streicht sie hier aber wieder. supposé gratis. Leibniz bemerkt am Rand: (r) Mais il ne s'ensuit point que tous ces Estres necessaires sont un meme sujet de rejetter le second estre necessaire comme supposé gratis et sans preuve. Ce n'est pas demonstration, c'est presomtion, c'est à dire c'est prendre une chose pour vraye jusqu'à ce qu'on prouve le contraire. En procedant de la meme maniere par toutes les perfections on conclura qu'elles se doivent trouver toutes dans l'estre necessaire.