Series II Band 4 · No. 19.

LEIBNIZ AN BERNARD LE BOVIER DE FONTENELLE

Hannover, 8. Mai 1702. [18.21.]

French

Monsieur Hanover 8 May 1702.

Vous In L1 am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: A Monsieur de Fontenelle aurés receu ma derniere que j'ay adressée à M. l'Abbé Bignon, en luy envoyant les observations de Berlin sur une nouvelle Comete. Maintenant je luy en communique la continuation, et y joins encor ce mot pour Vous, Monsieur; avec une remarque sur l'Algèbre de M. Ozanam qui vient de paroistre. Je m'imagine que cette Remarque seroit propre à estre inserée dans le journal des savans, si on le trouve à propos, parcequ'on y donne le moyen d'aller plus loin sur un certain sujet, que M. Ozanam n'a crû qu'on pouvoit aller. Lors qu'un habile homme, tel que M. Ozanam, donne des bornes à la science, cela decourage et fait du tort à ceux qui s'y arrestent; c'est pourquoy il est utile de les franchir. Je me contente de le faire dans un exemple qui monstre le chemin à ceux qui ont plus le loisir, et plus de vigueur que moy pour le poursuivre.

J'ay oublié dans la ma derniere de vous demander des nouvelles de ce que M. Tschirnhaus a communiqué à l'Academie, autant qu'il est permis de le savoir. Je me contenteray en matiere de Geometrie ou de ce qui en depend d'apprendre les propositions ou theoremes sans en demander les demonstrations. Mais en ce qui est physique on a sujet de souhaiter plus d'éclaircissement. En voicy un exemple. On parle fort des coussins ou sacs faits de cuir, preparé en sorte qu'il puisse tenir l'air enfermé, et soutenir le poids d'un homme, au moins 24 heures durant; car on dit que des peuples du levant en font des lits, et qu'il y a eu des gens en Europe, qui l'ont imité. Cela estant, je souhaiterois d'apprendre s'il y a des gens connus en France qui en font ou qui savent le moyen d'en faire. S'il y en a, on le saura dans l'Academie, autrement il y a de l'apparence que c'est une chose qu'il faudra encor chercher.

Je vous demande pardon, Monsieur, de la liberté que je prends de faire de telles demandes. Si je croyois qu'elle vous pouvoient causer de la peine je ne les hazarderois pas. Au reste je suis avec zele

Monsieur vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz

P. S. Je demande pardon de n'avoir pas fait copier la remarque cyjointe, faute de temps. Je crois pourtant qu'elle sera assez lisible.