Series II Band 4 · No. 18.

LEIBNIZ AN BERNARD LE BOVIER DE FONTENELLE

Hannover, 5. Mai 1702. [4.19.]

French

Monsieur Hanover ce 5 May 1702

Ayant In L1 am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: A Monsieur des Fontenelles à Paris consideré combien vous devés estre occupé non seulement par vostre charge dans l'Academie des Sciences, par l'Histoire que vous en faites et par le Journal des savans reformé; sans rien dire des pieces jolies à qui ces travaux serieux ne font point de tort, et dont Madame a communiqué quelques unes de temps en temps à Mad. l'Electrice sa tante, j'ay crû que je ne devois point vous interrompre trop souvent sans fruit.

Maintenant ayant receu de Berlin des observations d'une nouvelle Comete, je les adresse à M. l'Abbé Bignon avec cette lettre pour vous, Monsieur, et je ne doute point qu'il ne vous les envoye pour l'Academie. Comme il y a de l'apparence qu'on aura observé la Comete chez vous, il sera bon de comparer les observations.

Je vous avois envoyé un jour, Monsieur, ou à M. l'Abbé Bignon, quelques questions d'un ami qui a des meditations sur le changement de la face de la terre. Il souhaiteroit des particularités sur la disposition du terrain le long du Canal. Je vous supplie, Monsieur, d'y faire penser si cela se peut commodement.

Quant à l'objection qu'il semble qu'on a faite, Monsieur que la multitude des chifres dans le Calcul Binaire est incommode, elle ne va point au but, que j'y propose. Je conseille ce Calcul non pas pour les usages vulgaires, mais pour trouver des regles et methodes; à quoy il est plus propre que quelque autre progression à cause de sa simplicité de ses ingrediens. Et ce qui paroist multitude est abregé, lors qu'on peut regler par là les series qui vont à l'infini. Aussi la regle estant trouvée on n'a point besoin d'écrire expressement toutes ces notes. Si j'avois vû que quelqu'un fut entré dans ma pensée, j'aurois pris plaisir à la pousser, et à en expliquer les usages.

Je ne doute point que M. Tidius n'ait communiqué à l'Academie Royale, ou du moins à M. Cassini son cycle de 592 ans, suivant la grandeur qu'il assigne à l'année; pretendant qu'apres cette periode les deux Luminaires reviennent sous le même meridien à leur commencemens au même degré et minute, même jour du mois, suivant le stile qu'il assigne, même jour de la semaine, heure et minute. Enfin que les mouvemens des deux luminaires deviennent ainsi commensurables. Je n'oserois dire que cela est exact, cependant on le trouve heureux, et assez approchant et je souhaitte d'en apprendre le sentiment de M. Cassini, de M. de la Hire, et d'autres habiles Astronomes de la Compagnie. M. Tidius pretend prouver par les anciennes et modernes observations, que la Grandeur Tychonique de l'année est moins juste que la sienne.

Il ne paroist point à M. Hofman, qui nous a donné par deçà il y a quelque temps l'experience de deux liqueurs qui s'enflamment, que cela reussisse generalement avec toute l'huyle essentielle aromatique des Indes. Cependant non seulement l'huyle de canelle et de sassafras, dont vous parlés, Monsieur, mais encor celle de girofle y reussit fort bien. Il me semble qu'il en est autrement de l'hyle de Macis.

Je n'ay garde, Monsieur, d'esperer avant le public des relations circomstanciées des belles choses, qui se passent dans l'Academie. Mais si lors que vous me faites l'honneur de m'ecrire, vous pouvés adjouter sans consequence quelque mot de nouveauté literaire qui la regarde, je vous en auray de l'obligation.

J'espere aussi que le proces sur le Calcul des differences sera terminé; je serois surpris si on se servoit des contestations metaphysiques sur l'infini, pour forger des scrupules sur un calcul, qui n'en a que faire, et qui se verifie tousjours visiblement par des grandeurs moindres qu'aucunes données.

Au reste je suis avec zele

Monsieur vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz