LEIBNIZ AN NICOLAS HARTSOEKER
Berlin, 9. April 1707. [187.193.]
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Monsieur
Ce
Les miroirs spheriques fort grands ramasseront moins les rayons à proportion que les petits, parce que les foyers qui au lieu d'estre des points, sont des surfaces notables, croissent comme les quarrés des diametres de la sphere. Je crois qu'il y a un peu de difficulté à bien étamer des miroirs de verre d'une figure differente du plan.
J'ay parlé non seulement du blanc qui vient de la multitude des couleurs de l'objet, mais aussi de celuy des petits miroirs qui paroist le plus ordinaire: l'écume et la neige semblent estre de cette nature. Si la Lune estoit un miroir elle nous paroistroit noire et ainsi quoyque les miroirs fassent la blancheur par leur multitude neantmoins chaque miroir donne moins de blancheur que s'il estoit un corps raboteux.
Ce que vous dites, Monsieur, touchant le changement de la couleur des rayons homogenes, quand ils tombent sur les corps dont les couleurs sont fixes merite une discussion exacte, et je souhaiterois que vous en conferassiés avec M. Newton luy meme, car sa maniere d'expliquer les couleurs fixes est fondée sur l'immutabilité des rayons homogenes.
Les figures des petites parties des Sels principaux ne different point apparemment des figures des parties notables de ces memes Sels, surtout dans le Sel commun dont la figure est si simple. Cependant comme je ne suis point pour les Atomes, je crois que les dernieres parties des sels sont formées par la nature et detruites dans les occasions; mais je doute que nous y puissions arriver par nos operations, je n'asseure pourtant point que la chose est impossible non plus que dans les metaux, et je ne m'y oppose que par provision, donec probetur contrarium.
Comme j'avois apprehendé que Ruggieri ne disparut un jour, j'ay insisté qu'on s'asseurât des lettres en question sans differer, et M. le Comte de Wartenberg a esté ravi de trouver une occasion de temoigner son zele à Monseigneur l'Electeur, qu'il souhaiteroit de pouvoir servir en quelque chose de plus important. Il les a envoyées par la poste de voiture, parce que le paquet estoit grand. De sorte que maintenant je ne doute point qu'elles n'ayent esté rendues. Je suis entierement
Monsieur Vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz
Berlin ce 9 Avril 1707