Series II Band 4 · No. 189.

LEIBNIZ AN NICOLAS HARTSOEKER

Berlin, 9. April 1707. [187.193.]

French

Monsieur

Ce Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: A Monsieur Hartsoeker Conseiller et Medecin de S. A. E. à Dusseldorp que M. Glauber appelloit la generation du Salpetre ou du Sel commun et que M. le Chevalier Boyle a fait valoir d'avantage, est expliqué ordinairement comme s'il prouvoit l'analyse et la composition de ces deux sels. Mais j'avoue que je suis encor un peu Chymiste sceptique là dessus autant que M. Boyle l'estoit en bien d'autres choses dans son livre qui porte ce titre. Il se peut que l'Esprit acide bien loin d'estre quelque chose de plus simple que le sel dont il paroist estre tiré, soit une decomposition des parties du sel meme rendues tres petites par le feu, et des parties ignées, le tout joint à quelque aquosité. Et puis ces petites parties se rejoindront et en composeront de visibles, lorsque l'acide estranger qui les tient en suspens et en division, sera mortifié par l'alcali du Tartre. Suivant cette hypothese nous ne produisons point le sel et le salpetre, non plus que les metaux, nous ne les detruisons pas et nous n'y venons pas à une veritable analyse. Si un acide et un alcali seuls principes et principes communs du Sel commun et du Salpetre s'en pouvoient tirer, on pourroit changer l'un de ces Sels dans l'autre: mais cela ne reussissant pas, c'est une marque que ce que nous en tirons, n'est pas un principe commun, qui est specifie déja, et pourroit estre la chose même deguisée, ce qui est plus aisé à expliquer que la destruction et generation du sel, dont on n'a aucune preuve.

Les miroirs spheriques fort grands ramasseront moins les rayons à proportion que les petits, parce que les foyers qui au lieu d'estre des points, sont des surfaces notables, croissent comme les quarrés des diametres de la sphere. Je crois qu'il y a un peu de difficulté à bien étamer des miroirs de verre d'une figure differente du plan.

J'ay parlé non seulement du blanc qui vient de la multitude des couleurs de l'objet, mais aussi de celuy des petits miroirs qui paroist le plus ordinaire: l'écume et la neige semblent estre de cette nature. Si la Lune estoit un miroir elle nous paroistroit noire et ainsi quoyque les miroirs fassent la blancheur par leur multitude neantmoins chaque miroir donne moins de blancheur que s'il estoit un corps raboteux.

Ce que vous dites, Monsieur, touchant le changement de la couleur des rayons homogenes, quand ils tombent sur les corps dont les couleurs sont fixes merite une discussion exacte, et je souhaiterois que vous en conferassiés avec M. Newton luy meme, car sa maniere d'expliquer les couleurs fixes est fondée sur l'immutabilité des rayons homogenes.

Les figures des petites parties des Sels principaux ne different point apparemment des figures des parties notables de ces memes Sels, surtout dans le Sel commun dont la figure est si simple. Cependant comme je ne suis point pour les Atomes, je crois que les dernieres parties des sels sont formées par la nature et detruites dans les occasions; mais je doute que nous y puissions arriver par nos operations, je n'asseure pourtant point que la chose est impossible non plus que dans les metaux, et je ne m'y oppose que par provision, donec probetur contrarium.

Comme j'avois apprehendé que Ruggieri ne disparut un jour, j'ay insisté qu'on s'asseurât des lettres en question sans differer, et M. le Comte de Wartenberg a esté ravi de trouver une occasion de temoigner son zele à Monseigneur l'Electeur, qu'il souhaiteroit de pouvoir servir en quelque chose de plus important. Il les a envoyées par la poste de voiture, parce que le paquet estoit grand. De sorte que maintenant je ne doute point qu'elles n'ayent esté rendues. Je suis entierement

Monsieur Vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz

Berlin ce 9 Avril 1707