Series II Band 4 · No. 186.
LEIBNIZ AN NICOLAS HARTSOEKER
Berlin, 20. März 1707. [179.187.]
Monsieur Berlin ce 20 Mars 1707
(1) Je
Monsieur le Conseiller Cuneau m'a communiqué des choses curieuses que vous luy avés envoyées pour nos Miscellanea. Il seroit à souhaiter que cela fut en Latin. Je trouve que l'eau s'attache plustost à l'eau qu'à l'huyle, et passe par les tuyaux étroits où est la premiere, et non pas où est la seconde. Ainsi les petits tuyaux tireront du sang l'humeur qui convient à celle qu'ils contiennent deja mais d'où vient ils qu'ils la contiennent.
Je ne say si vous avés vû, Monsieur les lettres echangées entre M. Mariotte, M. Pequet et M. Perraut sur la retine et le nerf optique et la choroide. L'usage que vous faites du verre addouci pour vous mieux servir des grandes lunettes sans tuyaux me paroist bien pensé.
Autant que je me souviens Mons. Mariotte propose l'experience d'un rayon que M. Newton appelle homogene, et qui avoit pourtant esté changé par la refraction.
(2) Vous dites, Monsieur, que les rayons homogenes changent de couleur quand ils s'enfoncent dans des corps autrement colorés. Cependant vous apportes vous meme dans vostre livre une experience qui favorise le sentiment de M. Newton contraire au vostre, car vous y remarqués après luy que les corps autrement bleus, paroissent rouges, quand on les expose à une lumiere homogene rouge: et ainsi des autres. Au reste il se peut qu'un corps blanc absorbe ou du moins renvoye ailleurs autant de rayons qu'un corps coloré; si l'on suppose (par exemple) que ce blanc est composé de parties rouges et bleues, ou pour parler plus juste de parties propres à reflechir les unes des rayons rouges, et d'autres des rayons bleus; et de cette maniere les parties bleues feront perdre beaucoup de rayons rouges et vice versa. Et si l'on conçoit le blanc à l'ordinaire comme composé de petits miroirs, il est manifeste qu'une bonne partie du miroir est noire et renvoye les rayons ailleurs. Ainsi de ce qu'une couleur jaune paroist quelque fois aussi vive qu'une couleur blanche, il ne s'ensuit point que d'autres rayons que les jaunes, nous sont renvoyés pour faire paroistre le corps jaune; ce qui seroit changer les rayons homogenes non jaunes en jaunes. M. Newton a mis à la fin de son ouvrage quelques points qu'il laisse à la recherche des autres. Ils meriteroient vostre attention, puisque vous vous estes appliqué à cette matiere.
(3) J'ay vû que M. Hugens et M. Hook ont fait cas des observations de M. Leewenhoeck, la prolixité n'est peutestre pas trop à blamer dans les observations; mais la fausseté ne pourroit estre trop blamée, et vous obligeriés le public en le desabusant. Il seroit cependant à souhaiter que beaucoup de personnes voulussent s'attacher aux observations Microscopiques, ce seroit le moyen d'aller souvent audelà des conjectures.
(4) Monsieur le Conseiller Cuneau m'a communiqué des choses curieuses que vous luy avés envoyées pour nos Miscellanea. Il seroit à souhaiter que cela fut en Latin.
(5) Je ne say si vous avés vû, Monsieur les lettres changées entre M. Mariotte, M. Pequet et M. Perraut sur la retine, et le nerf optique et la choroide. L'usage que vous faites du verre addouci pour vous mieux servir des grandes lunettes sans tuyaux me paroist bien pensé.
(6) Pour ce qui est du fameux Rugieri, il s'est plaint de l'air de Custrin, qu'on l'a fait venir icy. Il ne paroist pas encor qu'on croye estre en termes de luy faire son procés. Cependant il est tousjours gardé. J'ay parlé à Monsieur le Grand Chambellan Comte de Wartenberg, premier Ministre en cette Cour, de ce que vous m'avés écrit touchant les lettres de Mgr l'Electeur Palatin et il asseure que le Roy en aura soin à fin qu'elles soyent renvoyées à S. A. E. suivant la promesse de Sa Mté.
Il y a 15 jours ou environ que nous avons vû icy beaucoup de petites taches dans le soleil; elles sont passées maintenant de l'autre costé de l'hemisphere solaire. Il y a quelques jours que nostre observateur icy a vu une lumiere notable vers le septentrion, elle passoit de beaucoup la clarté du chemin de lait, mais elle ne dura gueres.