Series II Band 4 · No. 185.
LOUIS BOURGUET AN JOACHIM BOUVET FÜR LEIBNIZ
Neufchâtel, 6. März 1707. [229.]
Tres Reverend Pere
La vaste erudition, le profond savoir et les characteres d'un merite extraordinaire, qui
paroissent dans la lettre que vous écrivites à Mr. Leibnitz du quatrieme Novembre 1701. et dont
j'ai lu l'extrait dans le Journal des RR. PP. de Vôtre Societé imprimé à Trevoux en 1704. m'ont
engagé à me donner l'honeur de vous écrire; esperant que votre bonté vous obligera à ne trouver
pas mauvais qu'un inconnu ose, du fond de la Suisse s'adresser à Vôtre Reverence, pour vous
témoigner son tres humble respect et l'estime toute particuliere qu'il fait de vôtre personne.
En effet on ne peut considerer avec quelque attention vos heureuses découvertes dans les
sciences les plus sublimes, et le tour également agreable et solide, que vous leur donnés en les
expliquant: qu'on ne conçoive en même tems des sentimens de veneration pour vous et une
haute idée de vôtre penetration. C'est aussi ce qui vous a aquis avec justice l'admiration de tous
les savans de l' Europe, et une des premieres places dans la Rep. des lettres, qui conservera
avec soin votre mémoire jusqu'aux derniers siecles, sur tout apres que suivant vos promesses
vous lui aurez fait part des plus riches depouilles de l'Orient.
Il n'est rien de plus beau, ni de mieux pensé, que ce que vous dites du systême de Fohi et
des lignes qui le composent. L' Europe et la Chine vous auront une égale obligation, de leur
avoir découvert ce Mystere qui étoit demeuré caché et inconnu jusqu'à présent. C'est aussi avec
beaucoup de raison que vous le comparés à la Cabale et aux Hieroglyphes des anciens, étant
au reste tres certain qu'on ne pût l'expliquer autrement que vous. Cependant vous me permettrez
s'il vous plait de vous dire les doutes que j'ai formés sur ce sujet et j'ose me flater que
vous daignerez bien [me] communiquer vos éclaircissemens après la tres humble priere que je
vous en fais, vous en conjurant par l'amour que vous témoignez pour ces sciences et par
l'importance de la matiere.
J'avoüe que ce systême à l'explication du quel V. R. a travaillé avec tant de succez peut
être tres utile pour nous exprimer les differences des êtres purement corporels (suivant votre
remarque) et leur origine de l'unité: que meme on peut l'appliquer pris dans un bon sens, à la
demonstration de l'existence de Dieu Createur de toutes choses. Je ne saurois pourtant me
persuader que c'ait été là l'idée de l'inventeur de cette caracteristique. Et ce système ne seroit-il
pas le même que celui des anciens Philosophes? qui etant imbus de cette Maxime, que de rien
il ne se fait rien, et qui ne connoissant pas asses distinctement la difference qu'il y a entre
une substance materielle et immaterielle; ont parlé de l'eternité du Monde et de son emanation
du premier principe; ou de cette ame du Monde dont les nôtres et celles des animaux sont
partie; ou d'un enchainement necessaire dans toutes choses et d'un destin inevitable.
Peut-être ne differe-t-il point de l'extraction et de l'extention de l' Achar des Brahmens,
qui employent aussi pour expliquer leur Philosophie l'exemple des nombres qui ne sont
qu'une repetition de l'unité. C'est apparemment avec ce principe que convienent au fond les
trois sectes qui regnent à la Chine, celle de Lilaokun, celle de Foe et celle qu'on nomme Ju
Shiar au rapport du P. le Comte. On peut y rapporter la Cabale des Souphys de Perse et
partie de celle des Juifs, d'où je crois que Spinosa avoit tiré tout ce qu'il debite de cet Etre
infini, qui s'est necessairement modifié dans toutes les choses possibles. On ne manqueroit pas
meme des raisons pour croire que les Saducéens étoient dans ce sentiment, n'y ayant pas
beaucoup d'apparence, qu'il se fut formé une secte aussi impie qu'étoit la leur, sur la simple
sentence de Zadoc: qu'il faloit servir Dieu, sans en attendre de recompence. Enfin
les anciens Egyptiens pourroient bien avoir eu les memes idées, plusieurs de leurs Hieroglyphes
semblent l'insinuer et en particulier le globe aîlé avec le serpent qui le traverse ne
signifie pas mal cette ame du monde dont j'ai parlé. J'adjouterai seulement que le mal-heureux
Vanini, avoit fondé sur ces Maximes son Theatrum Providentiae, qui lui coûta la vie.
Vous voyez bien T. R. P. où je crois que tend ce systême ainsi expliqué; c'est de confondre
grossierement le Createur avec les Creatures et de produire une demonstration d'un
Atheisme rafiné, sur le rapport naturel qu'ont les nombres avec l'unité. Et si cela est certain, il
sera vrai de dire que les Philosophes de l' Antiquité ont eté dans de tres mauvais principes,
et que ceux des Indes, de la Chine et du Japon le sont encore aujourd'hui. Ils ne pouvoient
neanmoins rien penser, qui leur parut plus raisonnable, destituez de la Revelation, qui nous
represente Dieu comme un Etre infiniment élevé au dessus de toutes les creatures, souverainement
libre et independant et si puissant, qu'il peut par un seul acte de sa volonté donner l'être
à ce qui n'étoit pas, sans qu'il lui faille employer sa propre substance pour la modifier en ce qui
doit exister. Cela satisfait nôtre raison; quoique nous ne puissions point nous former de juste
idée de cette puissance productrice de l' Etre suprême. Et quoi qu'il semble qu'on devroit
excepter ceux qui ont eu quelque connoissance de la Parole de Dieu; il n'est pourtant que
trop vrai qu'il y a eu dans le Judaisme et dans le Christianisme des Esprits prophanes et
impies, qui se sont plus fiés à ce que leur dictoit leur vaine fantaisie, qu'à ce qu'enseignoit
l'Ecriture divinement inspirée.
Je crois aussi que les Caractères de Fohi, et les monogrammes des Chinois expriment la
même chose, mais avec cette difference; c'est que les premiers sont fondés sur la valeur des
nombres, et les derniers sur la diversité des lignes et de leurs combinaisons. Les raisons
qui me le persuadent sont: ce que dit le P. Semedo, que quoique les chinois ayent une infinité de
lettres; ils ne se servent neanmoins, pour les composer, que de neuf traits de plume; et
l'analogie qu'effectivement j'ai remarqué dans leurs caractères, et sur tout ce que vous dites
dans vôtre savante lettre à Mr. Leibnitz. J'avois même composé quelques combinaisons, pour
connoitre plus facilement ce grand nombre de monogrammes. Et j'avois remarqué que les neuf
premieres lignes servant de principe, elles produisoient une gradation de figures tirées du
meme nombre, et si analogiques, qu'il est facile de les retenir; de maniere que j'ai appris dans
peu de tems la composition des caracteres Chinois. Il me manque seulement de savoir, quelle
signification ils donnent aux figures simples, et s'ils gardent la même analogie dans les
composées. Ce que vous dites me fait douter qu'on puisse les reduire toutes à leur vraie origine,
et parce que les Chinois ignorent sur quel systeme est fondée leur caracteristique, et que
voulant exprimer les paroles des autres langues, ils se servent des sons de la leur qui en
approchent le plus et les decrivent avec leurs caracteres sans avoir égard à ce que cela signifie
dans la langue dont ils l'ont pris. Cependant je viens d'apprendre de Mr. Jablonski de Berlin
celebre par la belle edition de la Bible en Ebreu qu'il a donnée depuis quelque tems au public;
que feu le Docteur Mentzel avoit composé un livre intitulé: Clavis Sinica, ad Chinensium
*scripturam et pronunciationem Mandarinicam, centum et viginti quatuor Tabulis accurate
scriptis repraesentata, qua aperitur modus evolvendi eorum Lexica vasta mere characteristica,
praesertim çù goèi dicta, fabrefacta a Christ. Menzelio D. etc.* Cet ouvrage seroit bien digne de
voir le jour. J'avois envie d'aller plus avant et de connoitre l'analyse de ces caracteres et la
belle convenance qu'ils ont entr'eux fondée sur leur systême Philosophique et Cabalistique;
mais cela vous est reservé, ou à quelqu'un des R. P. P. qui sont avec vous.
Il y a environ deux ans, que je fis connoissance à Verone avec un Medecin Juif fort versé
dans l'etude de la Cabale; et qui pretendoit donner la demonstration de toutes les Sciences les
plus abstraites, par le moyen des nombres et des lignes. Il ne me voulait jamais montrer ses
essais; j'apperçûs seulement sur son rapport, qu'il fondoit tout son systême sur la progression
Geometrique et sur les nombres quarrez; je vis même entre les mains d'un jeune Juif quelques
Tables numeriques, qu'il faisoit décrire. Les autres Juifs le regardoient comme un fou, et de
son coté il les meprisoit beaucoup, les traittant d'ignorans qui ne s'occupoient qu'à des vaines
disputes de la Gemara, qu'il avoit aussi fort étudiée. Il blamoit le traducteur du Zohar ou la
Cabala denudata comme n'ayant rien compris dans ces mystères, et promettoit de mettre au
jour un ouvrage qui excelleroit en cette matiere, mais ne l'ayant pas fait, je crois que la misere
ne le lui a pas permis. J'ai eté aise de vous dire cette particularité, parce qu'elle confirme vos
sentimens sur les lignes de Fohi et sur la caracteristique de Mr. Leibnitz. Je remarque que la
Magie attribuë beaucoup de vertu aux nombres et aux lignes tirez de la Cabale, comme cela
seroit dans Agrippa; et même la Geomance qui en est une partie, n'a pas d'autre fondement.
Comme vous témoignez le louable dessein que vous avez d'instruire l' Europe vôtre
patrie de ce qui lui est encore inconnu; et que vous voulez par ce moyen contribuer efficacement
aux progrez des Sciences et de la belle litterature; Je prens la liberté de vous envoyer le
plan d'une Histoire de l'origine des lettres et si vous le jugez utile, je vous prie
instemment T. R. P. de me faire la grace de repondre s'il vous plait, aux demandes suivantes,
qui regardent la litterature des Chinois, celle des Tatares, et quelques particularitez touchant
certains Juifs qu'on dit être à la Chine.
Je souhaiterois donc de savoir à l'egard des Chinois
1o. Si anciennement ils se servoient de Hieroglyphes[;] j'entens par là les figures
naturelles des choses, et non pas ces Seize differentes sortes de caracteres qui sont dans la
Chine Illustrée du P. Kircher.
2o. Si supposé qu'ils s'en soient servis, comme dit le P. le Comte, si (dis je) il en reste
quelques monumens sur les pierres et sur le marbre, ou dans les livres. Je croirois que celui dont
vous faites mention, et qui represente la figure des choses avec le monogramme qui sert à
l'exprimer; pourroit etre regardé ou comme une marque certaine de cet ancien usage; ou
comme une espece d' Elementaire qui leur enseigne ce que signifient leur caracteres.
3o. S'il y a des livres composez de lignes et de dragons et des autres caracteres du
P. Kircher, qu'on attribuë à Fohi[,] à Xin nùm, à Xan Hoam[,] à Yao et à d'autres.
4o. Si ces caractères ont été employez generalement pour toute sorte de sujets et de livres; ou si ç'a été seulement pour quelques matieres conformement au but de leurs inventeurs.
5o. Si les monogrammes d'aujourd'hui ont toujours servi pour l'usage du commun.
6o. S'il est vrai que les Chinois ayent reçû des Brahmens certains caracteres sacrés,
qu'on voit sur l' Idole Pusa dans la Chine illustrée, et s'ils sont composez d'un Alphabet.
7o. Combien loin s'étend la connoissance et l'usage des caracteres Chinois chez les Nations voisines.
8o. Si les Chinois se sont servis pour écrire, de[s] pierres, des Metaux, d'ecorce d'arbre
et de peaux de Bêtes, avant qu'ils eussent l'usage du papier, combien de tems a duré chacune de
ces manieres, et à qui ils en attribuent l'invention.
9o. Depuis quand ils ont du papier, de combien de sorte[s] ils en font, et qui ils en croyent l'inventeur.
10o. Si l'imprimerie est fort ancienne chez eux, quelles sont les diverses manieres dont ils impriment; et qui est l'Auteur de ce bel Art.
Il y auroit encore plusieurs choses à vous demander, comme de la forme et de la Reliure
des livres, des signes de separation et des jonctions, des virgules, ou des points, tant aux
Manuscrits, qu'aux imprimez; les marques de l'Antiquité des livres, celles des citations et
d'autres semblables. Mais je me renfermerai dans une seule qui les comprend toutes. C'est s'il
est vrai, ce que dit le P. le Comte; qu'il faille de tems en tems renouveller les bibliotheques,
~~parce que les vers rongent les livres, et qu'elles ne sont anciennes, que
parce que ce sont des copies fidelles des Anciens originaux~~. Cette remarque me
paroit fort extraordinaire, et si elle est veritable, il sera facile en visitant les bibliotheques de
l'Europe, de s'eclaircir sur les questions que j'aurois pû faire a Votre Reverence.
Quant aux Tartares, je voudrois savoir à peu près tout ce que je viens de vous demander
touchant les Chinois, et en particulier 1o. Si l'usage de l'écriture est fort ancien parmi eux, et
qui ils en croyent l'inventeur.
2o. Si leurs caractères sont des combinaisons de lettres (comme vous l'insinuez tacitement
en parlant du Dictionnaire que l'Empereur fait traduire) ou si au contraire ce sont des Monogrammes
à la Chinoise, comme le veut feu M. Hyde dans son livre de la Religion des
anciens Perses, où il en donne un essai avec cette description: Hi non habent Alphabetum,
*sed more Chinensium et Japanensium, pro singulis vocibus distinctos habent Characteres,
deorsum legendo: non autem (ut Chinenses) a dextra columna incipiunt, sed a sinistra suo
more Tartarico*.
3o. S'il y a d'autres nations qui se servent des mêmes caracteres. Duret dans son Histoire
de l'origine des Langues (qui n'est pas fort exact) et un Auteur Allemand plus moderne,
donnent un Alphabet de quarant sept lettres, qu'ils disent être du Japon et qui ressemblent fort
aux caracteres Tartares.
4o. S'ils ont beaucoup de livres en leur langues et particulierement des Histoires ou des Annales.
Pour ce qui regarde les Juifs je trouve dans le P. Semedo deux sortes de gens qui portent
ce nom: Les premiers sont (dit-il) venus à la Chine depuis environ six cens ans, et pour les
derniers il ne sait pas quand ils y sont entrez. Je prie donc tres-humblement vôtre Reverence, de
me dire s'il vous plait,
1o. Si ces premiers qui sont sans doute, les Juifs ordinaires, si dis je ils étudient la
Mischna, la Gemara et la Cabale.
2o. S'ils ont de[s] Bibles entieres en Ebreu. outre le Rouleau de la loy dans leurs
Synagogues.
3o. Si leurs livres de l'Ecriture sont conformes pour les lettres et pour les points voyelles, à ceux des autres Juifs de l'Europe; ou bien s'ils sont generalement sans points et sans les autres marques de la Masore.
4o. S'ils se servent de divers caracteres, comme du quarré, du rabbinique, ou de quelqu'autre.
5o. S'ils ont des commentaires sur la Bible et une Liturgie semblable au Machasor des
autres Juifs.
6o. S'ils ont quelque traduction du Pentateuque, ou de quelqu'autre livre en Chinois, écrit
en lettres Ebraiques; comme c'est leur coûtume presque par tout où ils sont dispersez; faisant
cela pour l'instruction des femmes et des enfants, parce qu'ils parlent ordinairement la langue
du pais ou ils habitent.
7o. Si leurs Livres et en particulier leurs Rouleaux sont de parchemin, ou de quelqu'autre matiere.
8o. Et enfin s'ils sont Karraites, Rabbanistes, ou de quelque differente secte et s'il y en a
en Tartarie.
Quant aux autres qui habitent principalement dans la Province de Honan, et que je crois
être des restes des dix Tribus; Il seroit bon de savoir plusieurs des choses dont je viens de faire
mention à l'egard des premiers. La connoissance en particulier de leurs livres de la Bible, de
leur Pentateuque, de leurs sentimens sur la loy de Moyse, sur la venuë du Messie; de leur
entrée dans la Chine et de leur Histoire; de même que ce qui touche les autres Juifs dont j'ai
parlé; seroit d'une si grande utilité, que je prie Dieu, d'inspirer à quelqu'un de vos R. R. P. P.
homme savant et sincere, de s'instruire de toutes ces choses et de plusieurs autres, que pour
n'etre pas si long je passe sous silence; et d'en faire part à l' Europe, qui en tireroit un grand
profit. Mais il faudroit que cela se fit sans avoir égard aux differens sentimens que suivent les
Européens en matiere de Science ou de Religion, et dire les choses comme elles sont.
Je vois en V. R. tout ce qu'il faudroit pour executer heureusement ce dessein. Il ne vous
manque ni la candeur, ni la science, ni les autres secours necessaires: mais tant d'autres
occupations, plus importantes sans doute, vous en empécheront. Vous mériteriés pourtant
beaucoup du public, si vous engagiez quelqu'un de ces excellens Ouvriers qui sont avec vous,
de s'occuper à cela. Il vous est à present si facile, puisque l'Empereur permet aux Chretiens
de vivre en paix et même d'annoncer l'Evangile à ses propres sujets tant Tartares que Chinois.
Cependant vous me ferés un sensible plaisir, de m'apprendre ce qui concerne et ces Juifs et les
autres; sur tout par rapport à leur litterature, et je tacherai d'être aussi reconnoissant qu'il me
sera possible à tous vos bien fai[t]s.
Quoique j'aye craint que ma lettre ne vous ennuyât à cause de sa longueur et du peu qui y est contenu, je n'ay pas neanmoins pû me dispenser de vous dire quelque chose de mes sentimens sur les matieres du plan que je me suis fait depuis environ deux ans. Et ce qui m'y a entierement determiné, c'est que j'espere que si je me trompe, comme cela peût fort bien arriver; vous aurez la bonté et la generosité de me redresser puisque je serai ravi de profiter des bons avis, dont il est impossible qu'un aussi savant homme que vous ne puisse faire part. Souffrez donc s'il vous plait T. R. P. que je vous dise ce que je pense de ces faits qui sont controversez entre les Savans.
Je crois qu'apres le deluge (car je doute s'il avoit été auparavant necessaire) les hommes
pour soulager leur mêmoire se servirent dabord, de pierres, de cloux et de neuds de cordes. Cela
ne suffisant pas pour le but qu'ils se proposoient, ils commencerent à peindre les choses mêmes
qu'ils vouloient exprimer, et comme ce moyen avoit aussi ses difficultez, les Caldeens et en
particulier les Egyptiens reduisirent peu à peu cette invention à un tel degré de perfection,
qu'il en resulta la science des Hieroglyphes, qui n'est autre chose, qu'une Caracteristique prise
de la convenance des affections des êtres.
Les Chinois de leur côté ne se contentant pas de ces manieres trop grossieres, dont leurs
annales font aussi mention; ils inventerent une caracteristique simplement numerique, qui
s'exprimoit par des lignes entieres et rompues. Celle cy n'etant pas assés generale; ils en
composerent une seconde fondée sur neuf diverses lignes qui produisent une infinité de
combinaisons et qui renferment aussi la valeur des nombres, quoique d'une maniere un peu
differente de la premiere.
C'est ainsi que s'expliquoient les peuples; les uns comme j'ai dit cultivoient leurs belles
connoissances; les autres ne s'occupant que du metier de la Guerre se contentoient de ces
premieres inventions les plus simples, en y ajoutant l'usage des Cantiques pour celebrer la
mêmoire des actions de leurs Heros. Leur indifference pour les Sciences avec la jalousie des
Chinois et des Egyptiens, qui ne communiquoient pas facilement ce qu'ils savoient aux
étrangers; peut avoir contribué à l'ignorance où ils ont été jusqu'au tems qu'on se servit de
l'écriture proprement dite. Les Americains en sont une preuve certaine; car quoique les
Hurons et les Iroquois avec les autres nations septentrionales de ce continent ayent une
espece de Hieroglyphes naturels, à peine pêlent ils les arbres pour y peindre avec du charbon
broyé les victoires qu'il[s] remportent sur leurs ennemis; sans se soussier de chercher d'autres
moyens pour conserver la memoire de ces faits, plus long tems et plus seurement que cela ne se
peut sur ces arbres, où pourtant le curieux Baron de la Hontan dit, que ces marques durent
quelque fois jusques à douze ans, sans qu' elles soient effacées par les injures du tems. Et les
Mexicains n'ont composé des Annales et des Livres de figures que lors qu'ils ont été soumis à
des Rois. Les Peruviens quoique civilisés ne se servoient le plus ordinairement que des neuds
de corde dont j'ai parlé.
Je crois que les caracteres de la Chimie, de l' Astrologie et de la Magie, viennent
originairement de ces premieres caracteristiques et je voudrois bien savoir, si les Chinois qui
étudient ces Sciences secretes, ont des caracteres particuliers pour en cacher les mysteres
comme font ceux des autres païs de l' Europe et de l' Asie[;] les nottes de l'Arithmetique
ressemblent fort à ces monogrammes des choses, je souhaiterois aussi de savoir si les Tartares
en ont d'autres que celles des Chinois.
Voilà les caracteres également obscurs et équivoces dont on se servit jusqu'à Moyse
auquel Dieu par des raisons de sa sagesse et de sa bonté (car je crois qu'il avoit pour but
l'instruction de son Eglise) enseigna le moyen le plus facile et le plus parfait de s'exprimer, en
lui donnant la loy écrite de son propre doigt, comme parle l'Ecriture. Et ce moyen consistoit à
se servir des signes des articulations de la voix, qui étant combinez produisent tous les mots
imaginables de toutes les langues avec les idées que les hommes y attachent. C'est de là que
sont venus tant d'Alphabets dont on s'est servi et dont on se sert encore à présent. Ces lettres
ont souffert des changemens bien considerables, soit par la bizarriere des hommes, soit par la
necessité où ils se sont trouvez d'ajoûter d'autres lettres pour mieux exprimer les mots de leur
langue; ou bien par vaine gloire, à fin qu'on ne connut point de qui ils avoient receu l'usage des
lettres.
Cela même a produit deux differentes combinaisons des lettres. La premiére qui est
litteraire se fait de deux maniéres; l'une en mettant chaque lettre l'une apres l'autre, comme
font les Europeens et partie des peuples d'Asie; l'autre est quand chaque lettre fait une sillabe
qu'on arrange aussi de même et c'est ainsi qu'en usent les Ethiopiens, les Malabares et les
Siamois. La seconde est monogrammatique et se fait aussi de deux manieres; l'une en
combinant et entrelassant toutes les lettres d'un mot, soit qu'elles soient simples ou syllabiques
en sorte qu'elles ne composent qu'un monogramme. Les Arabes s'en servent quelque fois et
surtout pour leur Bismillah; Les caracteres des Tartares de la Chine, ceux des Japonois et
ceux de l' idole Pusa sont apparemment ainsi composez. L'autre est lors qu'on prend les
premiéres lettres d'un mot, ou d'une syllabe et qu'on en fait un monogramme qui exprime une
ou plusieurs paroles à la fois; et c'est de cette façon que sont composées les nottes des anciens
Romains dont on attribuë l'invention à un Affranchi de Ciceron. Les Princes et les
Empereurs ont formé de cette maniere leurs noms, qui se voyent dans les diplomatiques et sur
des Medailles comme ceux des Rois Gots, dont Mr. Ducange a recueilli un grand nombre dans
ses Glossaires. Ils servent aussi dans la Magie, outre les neuf caracteres pris des quatre
lignes paralleles divisées en Angles droits qui ont aussi lieu dans la Steganographie. Ce sont
là des Monogrammes des mots, au lieu que ceux de la Chine le sont seulement des choses.
Je crois que les lettres Ebraiques et les Samaritaines étoient au commencement les
mêmes, et que les Pheniciens y ont fait les changemens que nous y remarquons[;] il est vrai
que les Juifs se sont servis de ces deux sortes de caracteres: mais on remarque que toutes les
Medailles Samaritaines sont du tems des Maccabées, excepté certains Sicles que quelques
uns croient plus anciens. J'ai vû sur cela une belle dissertation manuscrite, dont l'Auteur est Mr.
Ott Professeur de la Langue Sainte à Zurich, et fils de celui qui avoit écrit contre Baronius.
A l'egard des points voyelles je crois qu'après la captivité, on commença à se servir du
seul point rond, qui fixoit la prononciation de certaines lettres, et qui changeoit de valeur selon
qu'il étoit placé au commencement, au milieu ou à la fin des mots, et selon qu'on le marquoit
au dessus, ou au dessous des lettres. On le joignoit à l' Aleph et au Vau, qui faisoient la
fonction des quatre voyelles A, E, O et U. Le Iod faisoit l'I et en son abscence le point servoit
aussi pour la même lettre. Au reste l'orthographe des Ebreux, étoit avant la captivité à peu
près la même que celle qu'on trouve dans les Livres des Gaures et des Mandaites, l'usage
leur apprenoit quand les voyelles changeoient; on voit encore dans la Bible des restes de cette
ortographe, et cela me meneroit trop loin, si je voulois vous en produire des exemples. Je
reviens aux points, qui étoient si je ne me trompe, ceux qu'on nomme aujourd'hui le Chirrek
ou peut être Zere. Car il ne seroit pas hors de vrai-semblence qu'on les eût changez de nom, et
il seroit trop long de vous en dire la raison; le Cholem est le second et le Schurek le
troisieme. C'est ainsi qu'un même point avoit divers noms suivant la situation qu'il prenoit. Le
nombre s'en augmenta long tems après, et lors que les Juifs demeurant dans les païs éloignez
de la Judée furent obligez de marquer les voyelles longues et breves afin de mieux conserver la
prononciaton de la langue Ebraique. Ce ne fut neanmoins qu'apres la venue de Nôtre Seigneur,
que ces points voyelles furent reduits au nombre où nous les voyons.
On voit une preuve de ce que je dis dans les Manuscrits Cuphiques de l' Alcoran, où le
Phatah, le Dsamma et le Kesra, ne sont marquez que par un simple point rouge differemment
disposé. La même chose se voit dans l'Alphabet des habitans des Philippines s'il en faut
croire la Relation inserée dans les Recueils de Mr. Thevenot, qui ne leur donne que douze
consones, trois voyelles et les points, et dit qu'ils écrivoient de haut en bas; mais qu'ils ont
appris des Espagnols à ecrire de gauche à droit. Le Docteur Gemelli Napolitain, que vous
avez peut être vû à Pekin parle aussi de ces peuples dans son Giro del Mondo, et voici ce
qu'il en dit: Presero la favella, e caratteri gli abitatori antichi di queste Isole, dà Malay della
*terra ferma di Malaca ... In iscrittura si servono di tre vocali, benche ne proferiscano cinque
differenti, et hanno tredici consonanti. Nello scrivere cominciano dalla parte inferiore, e vanno
verso la superiore; ponendo la prima linea a sinistra e continuando verso la destra ... Nell
Isole Filippine pero gl'indiani si sono affato dimenticati del loro scrivere, servendosi dello
Spagnuolo.* Ces deux Auteurs se contredisent. Il seroit à souhaiter qu'on nous instruisit plus
amplement sur ce qui concerne les Sciences de ces peuples.
Pour l'imprimerie je suis encore incertain sur le tems auquel elle a été inventée en Europe
et qui en est le veritable Auteur. Et quoiqu'il y ait apparence que les Chinois l'eussent avant
nous, je ne crois pas qu'il faille sans de fortes raisons priver les Europeens de la gloire de
l'avoir inventée au moins parmi eux. Les hommes se rencontrent quelque fois dans certaines
dispositions, où ils pensent et agissent tous à peu près de même, sans se l'être communiqué.
C'est ma propre experience qui m'a appris à ne juger qu'avec circonspection de ces sortes de
choses, et que je ne me porte pas facilement à taxer de plagiaires ceux qui ont dit, ou pensé des
choses que d'autres avoient dites, et pensées avant eux. Ainsi et les Chinois chez eux et les
Europeens en Europe, peuvent avoir inventé ce bel Art, chacun pour l'utilité de leur patrie.
Il seroit trop long et ce seroit grandement abuser de vôtre patience; que de vous dire sur
quelles raisons j'appuye mes sentimens: Mais comme il est absolument necessaire d'avoir des
pieces justificatives de tout ce que renferme le plan en question; je prie bien humblement Vôtre
Reverence de me faire s'il vous plait la faveur de m'envoyer ce qui est marqué dans la petite
liste cy enclose. Et si vous mandez quelque chose en France, vous pourriez avoir la bonté de
l'y joindre, ou bien par la voye de Batavia et de Hollande, le tout selon vostre commodité.
Et je payerai la valeur et les fraix avec remerciement, à celle de vos maisons Religieuses de
Paris ou de Venize que vous trouverés à propos. Je demande cependant tres humblement
pardon à V. R. de tant de peine; que si vous me jugiez capable de quelque chose pour vôtre
service en ce païs icy ou en Italie où je vai[s] souvent à cause du negoce; je me ferois le plus
grand plaisir du Monde, d'effectuer les ordres qu'il vous plairoit de me donner, puisque je les
regarderois comme une marque certaine, de la bienveillance dont vous ne dedaigneriez pas de
m'honorer. Et après avoir prié Dieu pour vôtre conservation, je vous assurerai Tres Reverend
Pere que je suis tres sincerement et avec un profond respect
De Votre Reverence Le tres humble et tres-obeissant serviteur.
Louis Bourguet, marchand.
Envoyée de Neufchatel en Suisse de 6. de Mars 1707.
P. S. Avant que d'avoir pû envoyer cette lettre, un ami m'ayant prêté le second volume des
Recueils de Mr. Thevenot[,] j'y ai trouvé dans la description geographique de la Chine du
P. Martini, la confirmation de ma conjecture sur les Caracteres des Tartares Orientaux. Ce
pere dit positivement: que leurs lettres (quoique differentes pour la figure) ont le même son et
*prononciation que les nôtres scavoir A. B. C. qu'ils se vantent d'avoir plus de soixante lettres
au lieu de vingt quatre; à cause qu'ils font une lettre d'une voyelle et d'une consonne jointes
ensemble, et les proferent ba, be etc. qu'ils ecrivent aussi de haut en bas et de la droite, à la
gauche, comme les Chinois les Ebreux et les Arabes.* Eclaircissez moi s'il vous plait Tres
Reverend Pere sur la difference de cette description d'avec celle de Mr. Hyde.
J'ai aussi examiné avec plus d'attention les caracteres sacrés de l' Idole Pusa, et confronté
avec ceux de l'Alphabet Sanskret du P. Roth. Je les crois les mêmes et qu'ils
contienent, non une simple combinaison d'une voyelle avec une consone comme cet Alphabet:
mais de plusieurs lettres jointes ensemble, en sorte que ce sont des vrais monogrammes. Toutes
fois je souhaiterois d'avoir quelque chose de plus precis là dessus et j'espere que de vôtre part
je pourrai recevoir tous les eclaircissemens qui me sont necessaires. Et l'étude que vous faites
des caracteres de Fohi me persuadent que vous ne negligez pas entierement les autres, et
particulierement ceux en question, qu'on estime fort mysterieux et sur tout parmi les Chinois
qui s'en servent preferablement aux leurs dans les choses qui regardent leurs Dieux, comme le
témoigne le P. Kircher. Il seroit bon de savoir, si ces caractéres expriment des Mots Chinois
ou du Sanscret; et s'ils sont disposez de droit à gauche et de haut en bas à la Chinoise, car je
remarque que ces caracteres sont formés de maniére, qu'ils peuvent être disposez de droit à
gauche [ou] de gauche à droit, de haut en bas ou de bas en haut; sans qu'ils soi[e]nt contraints
dans leur figure et qu'ils perdent rien de leur beauté.
Que si V. R. n'avoit pas le tems de repondre à toutes mes demandes; à cause des choses de
plus grande importance, qui vous occupent continuellement; je prens la liberté avec votre
permission, de prier bien-humblement le R. P. Visdelou, que j'assure de mon tres humble
respect, ou quelqu'autre de vos Illustres Collegues de vouloir bien avoir la bonté d'y repondre
s'il lui plait. Et je vous prie d'étre persuadé, que je ne manquerai pas de vous en marquer de
même qu'à ces T. R. P. ma juste reconnoissance du mieux qu'il me sera possible, s'il plait au
Seigneur. Cependant je prie Dieu qu'il vous donne aux uns et aux autres une longue vie et une
parfaite santé pour la propagation de L'Evangile et pour l'avantage de la Rep. des Lettres.
Plan abregé de l'Histoire Critique de l'origine des lettres
Premiere Partie
Livre Premier
1. Comme on est persuadé que les Hieroglyphes sont assurement plus anciens que les lettres Alphabetiques, on en recherchera l'origine, les diverses sortes, et leur usage tant ancien que moderne. Livre Second
2. La seconde partie de ce traitté sera de l'origine et de l'usage de divers caracteres qui tiennent du Hieroglyphe, comme ceux de la Magie, de'Astrologie, de la Chimie, les Emblemes et le Blason. Livre Troisième
3. De l'invention des lettres; qui en est l'Auteur et quelle Nation s'en est servie la première.
4. Des Caracteres Ebreux, Samaritains, Syriaques, Arabes et des autres Orientaux.
5. Des points Voyelles des Juifs, Syriens, Arabes et d'autres, leur invention, et leur usage. Livre Quatrième
6. Des caracteres Grecs, Hetrusques, Latins, Cophtes, Gothiques, Russiens, et de tant d'autres qui tirent leur origine de ceux là.
7. De divers Caracteres faits à plaisir, de la Steganographie, des nottes et des monogrammes. Seconde Partie Livre Premier
1. De la maniere d'écrire sur la pierre, les metaux, l'écorce d'arbre, le parchemin et le papier; de l'origine de ces manieres et de leur usage jusqu'à nous.
2. Des premiers livres, leur matiere, leur forme et leur reliure depuis leur invention jusqu'à présent. Livre Second
3. Des Manuscrits ecrits, de l'Art de les connoitre, des diverses manieres d'ecrire de tous les siècles en toute sorte de langues, depuis le[s] plus anciens jusuqu'à la fin du quinzieme siecle. Livre Troisième
4. De l'invention de l'imprimerie et de ses progrez jusqu'à nous, qui contiendra une exacte recherche de l'origine et de l'usage des Titres, Signatures, Guillemets, Reclames, Vignettes, lettres grises et de beaucoup d'autres choses semblables qui ont contribué à la perfection [de] cet Art.
5. Des premiers livres qui ont été imprimez en diverses langues et qui sont ceux qui nous les ont procurez. Livre Quatrième
6. Des plus fameux Imprimeurs, des fourberies qui se comettent dans la librairie, et de la
difference des impressions d'Allemagne, d'Hollande[,] d'Angleterre et des autres du Nord,
d'avec celles d'Italie, de France et d'Espagne.
Fin.
Memoire de quelques pieces curieuses, que le Tres Reverend Pere Bouvet est
bien-humblement prié d'envoyer s'il lui plait, par la voye de France ou de
Hollande, à son tres-humble Serviteur Louis Bourguet.
1. Un exemplaire du livre qui contient la figure des choses, avec les caracteres qui les expriment.
2. Un exemplaire du livre qui contient la figure des vases et des instrumens antiques, avec les caracteres anciens expliquez par les nouveaux et qu'on regarde à la Chine, com[m]e les livres de Medailles parmi nous et un livre des lignes de Fohi, ou de ces autres caracteres du P. Kircher.
3. Ta-çu-Hoci ou le dictionaire de caracteres ordinaires de la Chine.
4. Siao-ul-lun Parvulorum filiorum sermones qui est une Chronologie abregée.
5. Le Catechisme du Cardinal Bellarmin en Chinois.
6. L'Historie de Notre Seigneur de même avec les figures.
7. Quelque livre Chinois de la Chiromance, Geomance et des autre[s] parties de la Magie et des Talismans avec leur caracteres particulier[s] s'il y en a.
9.
10. Un livre Chinois de l'Art d'ecrire et de former leur caracteres.
11. Quelque livre d'Histoire Manuscrit qui fut ancien s'il se pouvoit.
12. Quelque Catechisme ou autre Traité de la Rel. Chret. Traduit en Tartare par quel qu'un de Vos RR. PP. et une Grammaire et un Dictionaire s'ils en ont composé.
13. Un livre d'Histoire en Tartare, et de gros caracteres s'il est possible.
14. L'Alphabet de toutes les sortes de lettres Tartares, avec le nom et leur valeur expliquez en Latin ou en françois, et suivant la prononciation des langues d'Europe en particulier des Francois, et s'il ne se peût selon celle de l'Ebreu ou de l'Arabe.
15. Des coppies figurées de la premiere et derniere page des livres de toutes les sortes de
caracteres qui sont en usage à la Chine, soit de MSS. ou d'imprimez, et une explication en Latin
ou en François de ce qui y est contenu et de quels livres on les a tirées, à peu près comme a fait
Dom Mabillon dans son livre de Re diplomatica.
16. Je souhaiterois aussi d'avoir, s'il se pouvoit, quelque livre Ebreu des Juifs de Pekin et
principalement de leur Chamischa Chumsche Thorah, ou petit Pentateuque dont ils se
servent dans leur maisons pour les femmes et pour les enfans et une copie figurée de chaque
sorte de leurs caracteres prise aussi du commencement et de la fin de leur livres.
17. Quelqu'un de leur livres en Chinois sur tout du Pentateuque écrit en lettres Ebraiques s'ils en ont, et tout au moins quelque[s] feuillet[s], ou originaux ou copies.
18. Et plus que tout le reste s'il étoit possible, quelque livre Ebreu, de ces autres Juifs, qui sont des restes des dix Tribus, ou du moins des coppies de leur divers caracteres s'il fut impossible d'avoir un livre de cette Nation.
19. Comme je ne doute pas que vos RR. PP. n'ayent une belle Bibliotheque à Pekin, où
peut être il y a quelque livre écrit en caracteres des Tartares de Boutam et du Royaume de Tibet;
où les zelés Missionaire[s] vont annoncer l'Evangile; je serois bien aise d'en avoir un Alphabet.
Leur lettres ressemblent fort à celles des Gaures ou anciens Perses, et celles des Armeniens,
quoyqu'ils écrivent de droit à gauche comme les premiers.
20. Je suis confus de tant de peine que je donne à Vôtre Reverence; Cependant s'il est
aussi facile d'avoir un exemplaire de l' Hai-pien ou Grand dictionaire de tous les caracteres
Chinois; comme il l'est d'avoir le Calepin parmi nous, je vous prie tres-humblement d'avoir
la bonté s'il vous plait d'y en joindre un ou à sa place celui du R. P. Visdelou supposé qu'il ait
vû le jour.
Un de ces livres où sont les figures des Dieux de la Chine[,] leur Histoire et la maniere de les servir et particulierement, si les caracteres sacrés des Brahmens y estoient joints comme sur l'idole Pusa. Je souhaiterois aussi un plus grand nombre de ces caracteres, et de savoir ce qu'en croyent les Chinois, et comment ils les expliquent.