Series II Band 4 · No. 165.
NICOLAS HARTSOEKER AN LEIBNIZ
Düsseldorf, 25. November 1706. [152.167.]
Monsieur
Je vous remercie tres humblement de la bonté que vous avez euë de me faire tenir par Monsieur le Baron de Krosik quelques reflexions sur mes conjectures physiques; et comme rien ne contribuë plus à decouvrir les secrets de la nature, ce qui doit être l'unique but d'un physicien, je vous prie inflamment de vouloir y continuer. Il m'est deja arrivé Monsieur qu'en meditant sur les difficultez que vous m'avez faites, j'ai trouvé à ce faire à moi même, du sorte que s'il fit falloit venir à une seconde impression de mon ouvrage, je serois obligé d'y faire assez de changements. Je vous prie Monsieur d'examiner principalement les discours de l'aiman[t], des principes du corps naturel, du mouvement, du feu, et de l'arc en Ciel, et de me faire sçavoir quel est vôtre sentiment là dessus, après quoi je me donnerai l'honneur de vous envoyer mes réponses et reflexions sur vos objections. Je ne doute pas que vous ne trouviez de tres grandes difficultez à me faire sur ces matieres qui sont d'une difficulté infinie, sur tout à cause que je me suis le plus souvent écarté du grand chemin pour en frayer un autre tout nouveau, et aller par des routes inconnuës. Vôtre profond sçavoir est si connu de tous les sçavans de l'Europe que je dois toujours tenir à grand honneur d'être attaqué par un ennemi tel que vous; et j'aurai moins de honte d'un être terrassé que par un ennemi moins redoutable que vous.
Je ne sçai si vous avez quelque relation à la cour de Berlin, mais si cela étoit j'aurois bien une priere à vous faire Monsieur touchant le pretendu Comte Rogieri que j'ai appris avec la plus grande joye du monde avoir été arreté par les ordres de la Majesté le Roy de Prusse. Je ne demande pas qu'on lui fasse aucun bien ou mal, mais puisque la Majesté temoigne tant de zele pour l'avancement des arts et des sciences, par l'avancement de plusieurs Academies, et par sa liberalité envers les sçavans; je souhaiterois pour l'amour de la verité, qu'on obligeast ce pretendu Comte d'avoir que tout son sçavoir faire n'a consisté qu'en quelques tours de passe passe, et qu'on rendit cela public, afin de detromper par là une infinité de gens qui se laissent duper encore tous les jours par des fripons comme lui. Vous avez pû voir ce que j'en ai écrit dans mes Conjectures Physiques. Je suis avec tout le zele et toute la veneration imaginable pour vôtre merite extraordinaire et distingué plus que personne du monde
Monsieur Vôtre tres humble et tres obeïssant serviteur Nicolas Hartsoeker
Dusseldorp ce 25 de Nov: 1706