Series II Band 4 · No. 125.

LEIBNIZ AN ISAAC JAQUELOT

[Hannover, nach dem 19. Februar 1706]. [89.129.]

French

Monsieur

J'esperois Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: A Monsieur Jaquelot predicateur ordinaire du Roy à Berlin l'honneur de vous voir cet hyver, mais la saison et des occupations ne me le permettront que vers paque, et je souhaite de vous trouver en parfaite santé.

Ayant envoyé il n'y a pas long temps à M. de Beauval Banage un petit memoire touchant la controverse qui est entre Messieurs Bayle et le Clerc (où j'avois esté touché); à fin qu'il fut inseré dans son Histoire des ouvrages, il me repondit de l'avoir fait, et me defie à cette occasion de repondre aux objections que M. Bayle avoit proposées et renforcées contre les verités de la religion, sur la liberté et la predestination. Il semble que cela vient de M. Bayle luy même; je repondis à M. de Beauval par avance que j'estois d'avis qu'on ne devoit point se hazarder facilement de vouloir donner la raison et l'explication des mysteres: mais que je croyois que ce n'estoit pas trop pretendre, que de s'engager à repondre aux objections; et que cela suffisoit pour maintenir la Conformité de la Foy avec la raison. Il me semble en effect que cet illustre Auteur confond dans son Dictionnaire et ailleurs ces deux points, qui dans le fonds reviennent à la distinction de ce qui est au dessus et de ce qui est contre la raison. Car si on pouvoit expliquer parfaitement les mysteres et en rendre pleinement raison, ils ne seroient point au dessus de la raison; mais si on ne pouvoit pas repondre aux objections, ils seroient contre la raison.

Il faut avouer cependant, que ce dernier point qui est de repondre aux objections n'est point sans difficulté quelques fois, ce qui a fait que dans toutes les Eglises certains auteurs ont laissé echapper des expressions qui pourroient estre tournées au desavantage de la religion, si on les prenoit à la rigueur. Cependant quand ils ont parlé exactement ils sont revenus à la distinction dont je viens de parler.

Pour moy j'ay examiné ces matieres de la liberté et de la predestination depuis l'age de 15 ans, ayant lû des lors Luther de servo arbitrio, et Valla contre Boëce, et quelques Scholastiques, sans parler des nos auteurs ordinaires. J'en conferay depuis avec Messieurs de Walenburch à Mayence, avec feu M. Fabritius à Heidelberg, et avec M. Arnaud à Paris, j'ay même echangé des lettres avec le dernier. Et il m'a paru, qu'on pouvoit traiter solidement ces points de la Theologie, qui servent à décharger Dieu de l'imputation du mal, et ceux de la religion revelée qui nous exemtent d'accorder une damnation absolue avant le rapport au peché. Ce qui monstre aussi comment on peut lever les difficultés sur l'ordre des decrets, et comment la certitude des futurs et leur prevision est compatible avec la liberté et avec la contingence. Ainsi j'ay trouvé qu'en donnant aux Termes des Notions distinctes et exactes, on peut satisfaire aux objections avec beaucoup de facilité, et on vient à des ouvertures et à des veues, qui pour n'estre pas tout à fait non vulgaires en part, ne laissent pas devoir cela de bon qu'elles menent à des conclusions les plus conformes aux notions les plus communes, et qu'elles fournissent les expressions les plus convenables. On s'eloigne des Supralapsaires aussi bien que des Pelagianisans, et on trouve que la difference entre les Augustiniens et les Theologiens de la confession d'Augsbourg n'est pas si grande qu'on pense.

Le Mal est, que d'autres distractions m'empechent de ranger mes pensées comme il faut. Si un jour on me donnoit le loisir de m'arrester un peu chez vous, j'y employerois ce loisir. Mais quand je suis icy, vous pouves bien juger Monsieur, que je songe à toute autre chose. Au reste