Series II Band 4 · No. 111.
LEIBNIZ AN DAMARIS LADY MASHAM
[Hannover, 13.-27. November 1705]. [109.]
Mylady
Je
Vous me rejouissés, Madame, en me faisant esperer que nous vous pourrions voir icy un
*die Teilreinschrift übernommen. Danach hat er ihn durch Streichung verworfen und durch den nachfolgenden Satz ersetzt*:
La langue Angloise est si familiere à Mad. l'Electrice, qu'elle aime à entretenir les personnes qui la parlent: mais rien ne luy pourroit estre plus agreable qu'une dame Angloise dont l'esprit fut aussi elevé que le vostre. Infinement les matieres dont vous me parles dans vos lettres, luy plaisent mieux que tout ce qui sent l'intrigue.
Il est vray qu'elle prefere le salut de l'estat, et sur tout la conservation de la religion protestante à ses propres commodités, et quoyqu'elle soit si bien comme elle est, qu'elle ne sauroit estre mieux icy bas, elle hazarderoit sa santé et son repos pour le bien de la Nation Angloise, si cette fleurissante Nation jugeoit d'en avoir besoin: mais elle croit que les voyes des intrigues et des cabales bien loin de produire du bien, causent des divisions pernicieuses, dont elle souhaiteroit de voir aneantir jusqu'aux noms. Cette disposition d'esprit a fait comme nous l'apprenons[,] que quelques uns ont fait courir le bruit, qu'elle negligeoit les interests de l'Angleterre, et l'ont fait servir de pretexte pour changer de conduite: mais elle feroit bien voir le contraire par les effects, quand il le seroit à propos. Car Elle souhaite qu'on en établisse la seureté de la Nation sur les fondemens les plus solides, et les moins sujets aux accidens, et qu'on y aille teste levée et d'une maniere qui ne pourra jamais déplaire aux bien-intentionnés, ny causer des inconveniens ou des desordres. Ces sentimens et ces manieres d'agir me paroissent dignes d'une grande princesse qui n'a point d'autre interest que celuy de l'honneur et de la La langue Angloise luy est si familiere qu'elle aime à entretenir les personnes qui la parlent, mais rien ne luy sauroit estre plus agreable qu'une Dame Angloise dont l'esprit fut aussi elevé que le vostre.
J'ay envoyé ma reponse à M. Bayle sur ce qu'il m'avoit objecté dans la derniere edition de son Dictionnaire. Comme luy aussi bien que M. le Clerc on[t] parlé de mon systeme dans leur écrits inserés dans les journaux de Hollande[,] cela m'a donné occasion de mettre là dessus un petit éclaircissement par écrit qui sera peutestre inseré aussi dans un de ces journaux. Et comme vous touchés le même sujet dans vostre lettre, je vous diray[,] Madame, qu'à mon avis la Matiere, quoyque destituée de connoissance peut agir d'une maniere propre à obtenir une fin, sans qu'il soit besoin pour cela de luy appliquer une direction particuliere de Dieu ou de quelque intelligence durant l'action, car on peut concevoir que Dieu luy a donné d'abord une structure propre à produire dans le temps des actions conformes à la raison. Et puisque nos ouvriers dont les talens sont si bornés, en peuvent donner des echantillons en certaines rencontres, par le moyen des machines qui imitent la raison, il est aise de juger que ce qu'il y a de plus beau dans l'artifice des hommes se doit trouver par plus forte raison dans les ouvrages de Dieu, et que Dieu dont l'art surpasse infiniment le nostre, pourra obtenir cet effect en toute sorte de rencontres, sans avoir besoin ny de certaines natures plastiques, ny de son propre concours particulier à ce qui se fait dans la formation des animaux. Et c'est justement en quoy mon hypothese est differente des autres. Car je ne voudrois pas employer dans les choses naturelles cette direction particuliere de Dieu qui ne peut estre que miraculeuse, ny recourir à des natures plastiques incorporelles, qui n'auront aucun avantage sur la machine. Je diray donc que les corps ont en eux des natures plastiques, mais que ces natures ne sont autre chose que leur machine meme, la quelle produit des ouvrages excellens sans avoir connoissance de ce qu'elle fait, parce que ces Machines ont esté inventées par un Maistre encor plus excellent. La force plastique est dans la Machine, mais l'idée de ce qu'elle fait est en Dieu. Ainsi je n'accorde point de pouvoir aux Creatures dont on ne conçoive clairement la possibilité. Et la formation des animaux est d'autant plus explicable, qu'elle vient tousjours d'une preformation, c'est à dire qu'il y a tousjours un animal de sa forme. Les actions habituelles aussi (: comme celles qu'on exerce en jouant au clavessin, sans penser à tout ce qu'on fait :) confirment ce que je viens de dire, c'est à dire que la Machine est capable d'agir raisonnablement sans le savoir, lors qu'elle y a esté predisposée par une substance raisonnable; car on ne jouiroit pas si bien sans y penser assés, si on ne s'estoit donné auparavant la disposition necessaire pour cela, lors qu'on y avoit pensé en apprenant à jouer.
Quand je dis que la direction particuliere de Dieu est miraculeuse, je la distingue de cette direction universelle en vertu de la quelle Dieu conserve les choses suivant les loix de la nature. Mais cette direction est particuliere ou miraculeuse, lors que ce qui se fait n'est point conforme à ces loix, ny par consequent explicable par les notions distinctes des choses créées. Par exemple, un corps dans le vuide ne pourroit aller librement en ligne circulaire sans une direction particuliere, et si les planetes alloient dans le vuide, il faudroit qu'ils fussent menés par une intelligence assistante, car naturellement et suivant les loix mathematiques le corps laissé à soy meme, iroit par la ligne droite qui touche le cercle, et s'écarteroit du centre aussitost qu'il auroit la liberté de le faire. Je crois donc que toutes les difficultés qu'on s'est fait sur les natures plastiques cessent de la maniere que je viens de les expliquer. Je sousmets cette explication à vostre jugement, et cependant je reconnois que dans le systeme de M. Cudworth, où les natures plastiques sont dirigées par les idées de Dieu, les Athées ne trouvent point de sujet de retorsion pour eluder l'argument tiré des merveilles de la nature, non plus que dans le systeme des causes occasionnelles qui demande cette direction particuliere par tout. Il est vray que je trouve plus philosophique d'expliquer la formation des animaux comme le reste par la machine de la nature, mais predisposée par la sagesse divine: comme il est d'un plus habile ouvrier de faire une horloge qui va bien avec moins d'aide d'une direction particuliere.