Series II Band 3 · No. 98.

LEIBNIZ AN HENRI BASNAGE DE BAUVAL

Hannover, 3./13. Februar 1697. [91.133.]

French

Monsieur Hanover 3/13 fevrier 1697.

Vos Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: A Mons. Banage Bauval à la Haye lettres m'apprennent tousjours quelque chose de beau et de nouveau. Ainsi vous ne vous etonnerés point, que je souhaite d'en recevoir. Nous avons receu dernierement la pretendue Histoire des aventures galantes de la Reine Christine. Il y a des choses qui font voir que l'auteur de livre bien loin de sçavoir des particularités secretes, ne sçavoit pas les circomstances les plus notoires. Par exemple il veut que la Reine alloit au devant des Cardinaux et des Ambassadeurs jusqu'aux degrés, et cependant il est seur qu'elle ne sortoit jamais de la Chambre de l'audience. Il y a icy un gentilhomme italien au service de l'Electeur, qui a servi la Reine huit ans, et qui remarque dans ce petit livre quantité de fautes de pareille force.

J'ay lu un[e] partie du livre de Mons. Jaquelot, où je voy qu'il y a plusieurs bonnes choses, quand il y auroit aussi quelques endroits foibles je n'ay point coustume d'y donner attention. Ma maxime est de profiter des Livres, et non pas de les critiquer. J'ay lû principalement ce qui regarde l'Histoire, car je remarque que l'auteur s'y attache plustost qu'à la Philosophie. Et quand je ne serois point content de la sienne, je n'aurois point de droit de m'en prendre à luy plustost qu'à ceux qu'il a suivis. Je diray seulement un mot sur la definition qu'il donne de la liberté, parceque Mad. l'Electrice tomba sur cette matiere. Il dit que la liberté signifie un *pouvoir de faire ce que l'on veut, et parcequ'on le veut, de sorte que si on ne le vouloit pas on ne le feroit pas. On feroit meme toute autre chose que ce qu'on fait, si on le vouloit.* Je crois que les plus obstinés adversaires de la liberté humaine sont obligés d'avouer que nous sommes libres en ce sens là. Et je ne sçay, si Spinosa meme l'a jamais nié. Mais il semble que la contradiction consiste en quelque autre chose. L'usage qu'il donne à l'Histoire profane pour justifier celle de Moise est le principal sujet de son livre, et me paroist de consequence. Je vous donneray une marque de l'approbation de Mad. l'Electrice encor plus authentique que la medaille d'or, c'est que nostre predicateur de la Cour ayant pris à tache pour cette année de precher la verité de la Religion Chretienne Elle luy a donné le livre de M. Jaquelot pour s'en servir, ainsi au lieu d'une lecture de quelques heures elle l'entendra toute l'année.

Je vous envoye Monsieur, les petites reflexions que j'ay faites sur le livre de Mons. Lock. Mais je crois qu'on ne doit pas les adjouter à son livre à son insçeu; car quoyque je croye qu'il n'y a rien que d'obligeant pour luy, neantmoins comme elles ont esté faites principalement pour luy donner occasion d'éclaircir la matiere, ce seroit luy oster cette occasion.

Quant aux disputes de l'Eglise Anglicane sur la Trinité, j'en ay vû quelque chose. Je ne crois pas qu'il soit possible de s'abstenir de toute explication, à moins que de donner cause gagnée aux adversaires, pourveu qu'on s'explique avec prudence et avec exactitude. On peut dire hardiment, qu'il y a trois realités relatives dans une seule substance absolue. J'attends avec impatience le Dictionnaire de M. Bayle. Il ne sçauroit estre trop grand, puisqu'il est de luy. Mons. Smith m'a fait l'honneur de m'envoyer un exemplaire de la Bibliotheca Cottoniana. Les importans Ms. et les particularités de la vie du fondateur m'ont également charmé. Je compare le chevalier Robert Cotton avec le fameux Peirescius. Vous sçavés sans doute, Monsieur, que nous aurons bientost un volume de lettres que plusieurs Sçavans luy ont écrites. C'est M. l'Abbé Capellari, excellent poëte Latin, qui a fait un poëme Heroique à l'honneur de la Reine Christine, que nous aurons bientost comme j'espere. La Reine luy a laissé mille coppie. Monsieur le Marquis de l'Hospital m'a envoyé luy même un exemplaire de son Analyse des infiniment petits. Il me fait l'honneur de dire dans la preface et dans l'ouvrage même que le but de son livre est d'expliquer et de pousser la nouvelle methode que j'ay proposée, et il reconnoist qu'elle va bien au delà de celle de M. Descartes. Il y a beaucoup des belles choses dans ce livre. Monsieur de Sparwenfeldt Suedois, qui a fait des grands voyages depuis la Moscovie jusque dans l'Afrique pour faire des recherches des antiquités Gothiques et dont le P. Benier fait un eloge avec justice dans sa preface mise devant la derniere edition des origines de M. Ménage; me mande qu'il nous donnera bientost quelque chose sur le sujet de ces antiquités.

J'espere aussi que nous aurons bientost une nouvelle version de l'Alcoran de Mons. Acoluthus homme tres versé dans les langues orientales. Il y adjoutera des notes tirées en partie de[s] commentaires orientaux. On s'en promet beaucoup. Il pretend aussi d'éclaircir l'ancienne langue d'Egypte. Un sçavant Ministre français dans le pays de S.A.E. de Brandebourg, nous donnera bientost un livre curieux des poids et des mesures des anciens. Il pretend dans un fragment de son ouvrage que j'ay vû, de retablir la coudée d'Egypte par le moyen des mesures des pyramides. Et sa conjecture paroist ingenieuse. Il semble que l'auteur du livre fait contre la Cour de Savoye est informé. Cependant je crois qu'il ne l'est pas en tout ce qu'il dit. Il fait trop d'honneur à ces Messieurs de les faire si fins, je ne crois pas qu'ils le soyent plus que les autres hommes. Mais l'occasion a fait le larron etc.