Series II Band 3 · No. 9.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Dijon, 8. März 1695. [23.]
Dijon le 8 mars 1695
Il y a longtems monsieur que je n'ay recû de vos cheres nouvelles, ni que je n'ay eu le bien de vous ecrire à cause de mes indispositions continuelles. J'avois chargé monsr Toinard de le faire et de vous faire scavoir ce qui avoit esté dict dans une assemblée de Paris de vostre Conjecture sur l'origine du mot de Germains; Je croy aussi que nostre amy monsieur de Larroque dont vous scavés la disgrace, et qui doibt bientost estre purgé de ce dont on l'a accusé injustement, Je croy dis je qu'il vous aura faict part d'une lettre de deffunct nostre cher amy l'abbé Boisot, qui à la veille de vous envoyer ce qu'il vous promettoit par la voye de Basle que vous nous indiquiés tomba malade de la maladie dont il est mort. Peutestre n'aurés vous pas recû ce que j'avois mandé sur ce chapitre à mr de Larroque; il fault vous en faire mention en cette lettre.
Le codex Gentium Diplomaticus devra estre le plus recherché de tout. Monsr de
*Leibniz qui a tant d'esprit n'i mettoit rien que d'excellent. Outre ce que Je vous ay dit Je puis
luy fournir plusieurs traictés de paix qu'on ne trouve point; mais il fault scavoir auparavant
s'il ne les a pas desia. Je pourray quelque jour vous en envoyer un petit memoire; Lorsque
Leonard imprima les derniers traictés de paix Je luy fis offrir ceux que J'ay dans la simple veüe
de luy faire plaisir; mais son impression estoit trop avancée, ou il ne comprit pas que ce que Je
luy offrois estoit ce qu'il y auroit de plus curieux dans son receüil, et il se contenta de me
remercier; je seray ravi que monsr de Leibniz profite de ce refûs et qu'il soit le 1er à faire
imprimer ces anciens traictés* etc.
On a faict en cette ville un petit eloge de ce cher deffunct et qui y a esté imprimé. Il y est parlé de vous monsr[;] j'en ay envoyé deux exemplaires à monsr de Brosseau l'un pour vous et l'autre pour monsr Morel qui estoit son bon amy; et auquel je vous prie de faire tenir l'incluse, aussi bien que celle de monsr de Spanheim; qui sera bien affligé de la mort de monsr Lantin que je luy mande; il a suyvi de prés son bon amy et le nostre monsr de Court; voilà l'histoire des plaisirs perdûe; Je souhaitte que celle de la musique n'aye pas le mesme sort, quoy[que] nostre bon amy monsr Ouvrard qui y avoit travaillé pendant plus de trante années ayt subi celluy de la mort aussi bien que monsr Lantin; on m'a dict qu'il avoit laissé au chapitre de Tours dont il estoit chanoine tous ses ecripts; ils ne sont pas en trop bonnes mains; on croit que les cent volumes de receüils mss. tant du Cardinal de Granvelle que d'autres qui estoient dans la Bibliotheque de monsr l'abbé Boisot et qu'il avoit donné aux moines de son abbaye tomberont dans la Bibliotheque du Roy. Monsr le president Boisot son frere qui me vint voir Il y a cinq ou six jours allant à Paris, me dict qu'il en parleroit à monsr de Pontchartrin pour cela, et me promit qu'il feroit en sorte de me donner les 3 premieres pièces qu'il vous avoit promis; Je voudrois monsr pouvoir contribuer en cela et en toutes autres choses à vostre satisfaction et à celle du public, pour lequel vous travaillés si utilement. Aymés moy toujours monsr et croyés moy tout à vous
Nicaise