Series II Band 3 · No. 88.

LEIBNIZ AN CLAUDE NICAISE

Hannover, 7. (17.) Dezember 1696. [86.100.]

French

[L1 ]

Hanover 7 [decembr.] 1696.

Je ne sçay Monsieur, par quel accident ma lettre pour Mons. Morel avec la vostre a esté rendue si tard[,] car je l'avois adressée à l'ordinaire à un ami de la cour de Wolfenbutel. Neantmoins cela a fait un bon effect. Car il s'est d'autant plus hasté de vous repondre comme vous voyés, Monsieur, par la cyjointe, que je me presse de vous envoyer.

Vous aurés receu cependant ma precedente, où entre autres je vous avois prié de me conserver les bontés de Monsieur le President Boisot, pour mon Code diplomatique preferablement à des libraires, qui ne travaillent que pour le gain.

Mons. Begerus qui garde le cabinet de medailles et antiques de l'Electeur de Brandebourg, a publié son Thesaurus Brandeburgicus. Comme quelques unes des plus belles gemmes antiques gravées sont passées dans le Cabinet de l'Electeur de celuy de M. Rabener son Conseiller en Pomeranie, Mons. Beger je ne sçay par quelle jalousie, a dit dans la preface qu'il en faisoit mention à la priere de Mons. Rabener. Comme si cela ne luy estoit dû. Ce qui estant desobligeant, j'ay eu soin de faire rendre justice au merite de Mons. Rabener dans les Actes des Sçavans de Leipzig. Mons. Rabener a eu ces gemmes par leg du Duc de Croy ou Arschot qui estoit gouveneur de Pomeranie. Je ne comprends pas pourquoy les sçavans sont si portés à se faire de ces petites malices; ils ne deuvroient avoir que des pensées grandes et genereuses et dignes de l'honneur des lettres.

Je ne sçay, Monsieur, si Paris n'aura pas bientost l'honneur de vous revoir. Ce seroit pour le bien de la Republique des lettres, où sans parler de vos propres productions, vous faites si bien la charge de grand instigateur à l'egard des autres. Vous sçavés que c'est une charge dans quelques pays.

Je crois encor de vous avoir prié dans ma precedente de faire mes recommandations à Monsieur l'Evêque d'Avranches, et de le prier de se faire informer si on ne trouve pas dans l'Archiv[e] de l'Eglise de Coûtance quelque chose qui serve à connoistre le detail de la negotiation d'un Evêque de Coutance qui fut un des Ambassadeurs du Concile de Bâle aux Bohemiens. J'y avois adjouté, que lors qu'un jour il feroit reimprimer sa Censure de la philosophie Cartesienne, je pourrois fournir quelques nouvelles notices.

J'avois presque oublié les vers d'un de mes amis sur l'elevation du Cardinal Noris, que je vous envoyois en même temps. Je repete tout cela à fin d'apprendre si vouz avés receu ma lettre, comme j'espere.

On a imprimé en Hollande des lettres de feu Monsieur Gudius. Mais on n'a pas choisi les meilleures. Et je voudrois qu'on eut commencé par quelque chose de plus digne de cet homme excellent.

Monsieur Thomas Smith Anglois, un des plus sçavans, et connu par ses Miscellanea, et par ce qu'il a donné de l'Estat de l'Eglise Greque, vient de publier Catalogum celebris Bibliothecae Cottonianae, dont il m'a envoyé un exemplaire. Il dit des fort bonnes choses sur la vie du fondateur, qui estoit un Peireskius d'Angleterre par les secours qu'il donnoit aux sçavans. On ne voit presque plus des gens de cette espece.

Je voudrois avoir connoissance à Paris de quelque sçavant d'une curiosité bien étendue, qui voulut me donner part des nouveautés literaires, et je tacherois de luy rendre la pareille. Et si sa bonté pouvoit aller jusqu'à me faire envoyer des livres, je le rembourserois [ponctuellement] et promtement, et donnerois même des ordres pour luy asseurer l'argent par avance. Et on le serviroit reciproquement. Car je pense à prendre des mesures pour faire venir un peu regulierement des livres de France par les pays bas. Il seroit bon pour cela que ce fut une personne au dessus des petites veues interessées. Je ne sçay si vostre bonté nous pourroit procurer la connoissance d'une personne de cette espece, et si je n'abuse de cette bonté en vous faisant ces prieres. Je suis faché de ne rien avoir de Mons. de Spanhem. Je mettray des ordres afin que M. Morell reçoive plus promptement une autre fois ce que vous luy destinerés, et suis avec zele

Monsieur vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz

[L2 ]

Ad Dn. Nicasium 7 decembr. 1696

Mons. Beger faisant mention dans sa preface du Thesaurus Brandeburgicus des gemmes antiques gravées que Mons. le Conseiller Rabener avoit mises dans le Cabinet Electoral, dit que c'est à la priere de M. Rabener qu'il en parle. Comme si cela ne luy estoit dû. Cette expression estant desobligeante, j'ay eu soin de faire rendre justice à Monsieur Rabener dans les Actes de Leipzig. Il a eu ces gemmes d'un duc de Croy et Areschot gouverneur de Pomeranie. Je ne comprends pas pourquoy les sçavans sont si portés à se faire de ces petites malices; ils ne deuvroient avoir que des pensées grandes et genereuses, et dignes de l'honneur des lettres. Vous seriés, Monsieur, bien necessaire à Paris; outre vos propres productions vous feriés mieux vostre charge de Grand Instigateur de la Republique des lettres, vous sçavés que c'est une charge dans quelques pays.

Mons. Thomas Smith un des plus sçavans de l'Angleterre a publié Catalogum Bibliothecae Cottonianae, dont il m'a envoyé un exemplaire. Il dit des fort bonnes choses sur la vie du fondateur, qui estoit un Peireskius d'Angleterre, par les secours, qu'il donnoit aux Sçavans. On ne voit presque plus des gens de cette espece.

J'ay prie M. l'Abbé Nicaise de me donner la connoissance d'un sçavant d'une curiosité un peu étendue, qui voulut me donner part des nouveautés literaires, et à qui je tacherois de luy rendre la pareille. Je souhaitterois meme qu'on put avoir des livres par son moyen.