FrenchMonsieur
J'estois Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: Copie de la lettre de M. Huet Evêque d'Avranches à M. l'Abbé Nicaise, avec ce que M. Nicaise y a mis à la fin pour moy. dans le cours de mes visites, et au plus fort des affaires de mon diocese, lorsque je
reçus vostre derniere lettre, pleine des marques de vostre singuliere erudition, de vostre
humanité, et de vostre bonté envers moy: vous m'avés prévenû dés le commencement par
vostre civilité et vostre bienveillance, et vous me la continués fidelement et genereusement sens
luy laisser donner d'atteinte par le tems ny par l'absence; Je serois bien ingrat, et bien indigne
de tant de graces; si je ne la cultivois par toutes sortes de devoirs, et de reconnaissances: Je ne
vous puis dire combien Je suis touché des marques que me donne par vous monsr Leibniz, de
son souvenir: tout le monde le louera de l'elevation de son esprit: mais pour moy Je luy
donneray avec cette louange celle du meilleur coeur du monde: J'accepte de tout mon coeur
l'offre qu'il me faict de m'indiquer l'endroit de Kepler d'où mr Descartes a tiré ses remarques
sur l'arc en ciel: Il y a long têms que J'ay decouvert qu'il a bien pillé cet auteur: j'ay marqué
dans ma Censure qu'il a tiré de luy ses Tourbillons: Je profiteray tres volontiers des lumieres de
monsr Leibniz dans la nouvelle edition qui se fera de mon ouvrage: on me le demande de
Rome; mais l'on voudroit que Je fisse ma principale attaque du costé de la Religion: vous
Redoublés l'impatience que J'avois depuis long têms de voir le Julien de monsr Spanheim par
le recit que vous m'en faites; J'aurois bien de la joye si je pouvois le trouver cet hyver à Paris,
et le remporter à Avranches; quoy que le devoir de ma charge m'y laisse fort peû de tems pour
estudier, Je prendrois plutost sur mon sommeil, que de me differer plus long tems le plaisir de
cette lecture: je faicts le meme souhait pour le livre de mr Bechius que vous m'annoncés; Je
doute fort qu'il ayt esté plus loin dans les matieres qu'il a traitées, que mr Golius dans son
commentaire sur Alfergan: Je connois l'erudition de mr Acoluthus par les ouvrages qu'il a
donné[s] cy devant au public: Je souhaitte avec passion de voir bien tost son Alcoran; je me suis
estonné cent fois que dans une aussi grande lumiere des lettres, et particulierement des lettres
Arabes on eût negligé de mettre sous la presse le Texte Arabe de l'Alcoran: mais enfin ce siecle
cy nous va dedommager de nostre longue att[e]inte par tant de nouvelles editions: j'ay leu cet
esté à Avranches l'edition de Hambourg: elle est sale, pochée et desagreable; mais elle est
correcte; la version de Du Ryer avec qui Je l'ay comparée n'est pas litterale, et s'écarte
souvent de l'original: c'est la cinquiême lecture que j'ay faite de l'Alcoran, que je ne trouve
pas si meprisable que l'assure mr Bochart; quand on entre dans l'esprit, dans les moeurs, et
dans la doctrine de ce peuple et de ce siecle, on y trouve un systeme de morale et de Theologie
assés bien suivy; quoy que les fondemens en soi[e]nt vicieux. Si le dessein d'un Glossaire
Saxonique Leibniz hat bemerkt: C'est le dessein que j'ay donné à Mons. Meierus à Breme, et dont j'avois informé M. Nicaise, qui en a ecrit à M. Huet. estoit bien executé, il seroit d'une grande utilité; il y a mille choses curieuses à
apprendre dans l'ancien Thiotisme; et je ne doute pas que ce ne fust dans cette veûe que
Scaliger demandoit une Bible Islandoise avec tant d'empressement: l'Islande est le seul lieu du
monde où on peut trouver la langue Saxonne dans sa pureté; cela paroist clairement par la
Crymogée, et le specimen Islandicum d'Angrimus Jonas: vous scavés monsr que toute nostre
coste de Normandie, et celle de Picardie s'appelloit Littus Saxonicum. Leibniz hat bemerkt: C'est à cause des courses maritimes des Saxons au temps du declin de l'Empire. J'ay decouvert dans les
noms des lieux de toutes ces costes une infinité de traces de l'Ancien Saxon: J'auray peut estre
quelque jour occasion de faire part au public de ces observations. Am Rande eine doppelte Anstreichung, wohl von Leibniz' Hand.
Après toutes les promesses que nous a faictes monsr de La Mare de la vie de monsr de
Saumaise, qui n'ont esté suyvies d'aucun effect; je ne croy pas qu'il faille l'esperer davantage;
J'aspire après les lettres adressées à monsr de Peiresch, et après le livre de l'origine de
l'idolatrie etc. de mr Vendale; s'il nous dit quelque chose de nouveau sur cette matiere, qui
semble épuisée, il faudra luy en scavoir bon gré. Je me sers du loysir que me donne ce sejour
pour repondre à vostre curieuse Lettre; je n'y suis qu'en passant et en chemin faisant pour
retourner à Paris; J'aurois bien de la joye si j'avois l'honneur de vous y ambrasser cet hyver et
de vous dire à quel point Je suis
Vre tres humble et tres obeisst serviteur + P. Daniel Ev. d'Avranches.
à Aunay le 23. 8bre 1696
[Nachschrift von Nicaise:]
Après vous avoir monsr copié ces deux lettres de monsr d'Avranches j'en ay recû une de
Strasbourg de mr Kuhnius qui me marque estre peu content et satisfaict des imprimeurs
d'Amsterdam et de Leipsic qui se sont chargés d'imprimer son Pollux et son Pausanias ce
dernier estant deja la plus grande partie imprimé et le 1er n'estant pas ancor commencé; monsr
Graevius par sa derniere me mande qu'on y va travailler incessament et qu'on y verra les notes
de mr Saumaise et de monsr Le Valois que j'ay fournies avec celles de l'auteur. Mr Kuhnius
souhaitterois fort d'avoir une nouvelle edition de la vie de Pythagore par Jamblichus autre que
celle d'Arcerius si remplie de fauttes et qu'on eúst trouvé quelque nouveau mss. de cette vie
dans les Bibliotheques.
Je vous feray part monsr de ce que monsr d'Avranches me dira des papiers de cet eveque
de Coutance qui fust un des legats du concile de Basle aux Bohemiens, et qui regardent ses
negotiations.
J'avois dit dans la vostre que je demanderay à monsr de Spanheim son portraict pour le
mettre avec celluy de monsr d'Avranches dans mon cabinet; Je vous le demande monsr, aussi
bien que le vostre.