Series II Band 3 · No. 86.

CLAUDE NICAISE FÜR LEIBNIZ

28. November 1696. [85.88.]

French

Monsieur

J'estois Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: Copie de la lettre de M. Huet Evêque ­d'Avranches à M. l'Abbé Nicaise, avec ce que M. Nicaise y a mis à la fin pour moy. dans le cours de mes visites, et au plus fort des affaires de mon diocese, lorsque je reçus vostre derniere lettre, pleine des marques de vostre singuliere erudition, de vostre humanité, et de vostre bonté envers moy: vous m'avés prévenû dés le commencement par vostre civilité et vostre bienveillance, et vous me la continués fidelement et genereusement sens luy laisser donner d'atteinte par le tems ny par l'absence; Je serois bien ingrat, et bien indigne de tant de graces; si je ne la cultivois par toutes sortes de devoirs, et de reconnaissances: Je ne vous puis dire combien Je suis touché des marques que me donne par vous monsr Leibniz, de son souvenir: tout le monde le louera de l'elevation de son esprit: mais pour moy Je luy donneray avec cette louange celle du meilleur coeur du monde: J'accepte de tout mon coeur l'offre qu'il me faict de m'indiquer l'endroit de Kepler d'où mr Descartes a tiré ses remarques sur l'arc en ciel: Il y a long têms que J'ay decouvert qu'il a bien pillé cet auteur: j'ay marqué dans ma Censure qu'il a tiré de luy ses Tourbillons: Je profiteray tres volontiers des lumieres de monsr Leibniz dans la nouvelle edition qui se fera de mon ouvrage: on me le demande de Rome; mais l'on voudroit que Je fisse ma principale attaque du costé de la Religion: vous Redoublés l'impatience que J'avois depuis long têms de voir le Julien de monsr Spanheim par le recit que vous m'en faites; J'aurois bien de la joye si je pouvois le trouver cet hyver à Paris, et le remporter à Avranches; quoy que le devoir de ma charge m'y laisse fort peû de tems pour estudier, Je prendrois plutost sur mon sommeil, que de me differer plus long tems le plaisir de cette lecture: je faicts le meme souhait pour le livre de mr Bechius que vous m'annoncés; Je doute fort qu'il ayt esté plus loin dans les matieres qu'il a traitées, que mr Golius dans son commentaire sur Alfergan: Je connois l'erudition de mr Acoluthus par les ouvrages qu'il a donné[s] cy devant au public: Je souhaitte avec passion de voir bien tost son Alcoran; je me suis estonné cent fois que dans une aussi grande lumiere des lettres, et particulierement des lettres Arabes on eût negligé de mettre sous la presse le Texte Arabe de l'Alcoran: mais enfin ce siecle cy nous va dedommager de nostre longue att[e]inte par tant de nouvelles editions: j'ay leu cet esté à Avranches l'edition de Hambourg: elle est sale, pochée et desagreable; mais elle est correcte; la version de Du Ryer avec qui Je l'ay comparée n'est pas litterale, et s'écarte souvent de l'original: c'est la cinquiême lecture que j'ay faite de l'Alcoran, que je ne trouve pas si meprisable que l'assure mr Bochart; quand on entre dans l'esprit, dans les moeurs, et dans la doctrine de ce peuple et de ce siecle, on y trouve un systeme de morale et de Theologie assés bien suivy; quoy que les fondemens en soi[e]nt vicieux. Si le dessein d'un Glossaire Saxonique Leibniz hat bemerkt: C'est le dessein que j'ay donné à Mons. Meierus à Breme, et dont j'avois informé M. Nicaise, qui en a ecrit à M. Huet. estoit bien executé, il seroit d'une grande utilité; il y a mille choses curieuses à apprendre dans l'ancien Thiotisme; et je ne doute pas que ce ne fust dans cette veûe que Scaliger demandoit une Bible Islandoise avec tant d'empressement: l'Islande est le seul lieu du monde où on peut trouver la langue Saxonne dans sa pureté; cela paroist clairement par la Crymogée, et le specimen Islandicum d'Angrimus Jonas: vous scavés monsr que toute nostre coste de Normandie, et celle de Picardie s'appelloit Littus Saxonicum. Leibniz hat bemerkt: C'est à cause des courses maritimes des Saxons au temps du declin de l'Empire. J'ay decouvert dans les noms des lieux de toutes ces costes une infinité de traces de l'Ancien Saxon: J'auray peut estre quelque jour occasion de faire part au public de ces observations. Am Rande eine doppelte Anstreichung, wohl von Leibniz' Hand.

Après toutes les promesses que nous a faictes monsr de La Mare de la vie de monsr de Saumaise, qui n'ont esté suyvies d'aucun effect; je ne croy pas qu'il faille l'esperer davantage; J'aspire après les lettres adressées à monsr de Peiresch, et après le livre de l'origine de l'idolatrie etc. de mr Vendale; s'il nous dit quelque chose de nouveau sur cette matiere, qui semble épuisée, il faudra luy en scavoir bon gré. Je me sers du loysir que me donne ce sejour pour repondre à vostre curieuse Lettre; je n'y suis qu'en passant et en chemin faisant pour retourner à Paris; J'aurois bien de la joye si j'avois l'honneur de vous y ambrasser cet hyver et de vous dire à quel point Je suis

Vre tres humble et tres obeisst serviteur + P. Daniel Ev. d'Avranches.

à Aunay le 23. 8bre 1696

[Nachschrift von Nicaise:]

Après vous avoir monsr copié ces deux lettres de monsr d'Avranches j'en ay recû une de Strasbourg de mr Kuhnius qui me marque estre peu content et satisfaict des imprimeurs d'Amsterdam et de Leipsic qui se sont chargés d'imprimer son Pollux et son Pausanias ce dernier estant deja la plus grande partie imprimé et le 1er n'estant pas ancor commencé; monsr Graevius par sa derniere me mande qu'on y va travailler incessament et qu'on y verra les notes de mr Saumaise et de monsr Le Valois que j'ay fournies avec celles de l'auteur. Mr Kuhnius souhaitterois fort d'avoir une nouvelle edition de la vie de Pythagore par Jamblichus autre que celle d'Arcerius si remplie de fauttes et qu'on eúst trouvé quelque nouveau mss. de cette vie dans les Bibliotheques.

Je vous feray part monsr de ce que monsr d'Avranches me dira des papiers de cet eveque de Coutance qui fust un des legats du concile de Basle aux Bohemiens, et qui regardent ses negotiations.

J'avois dit dans la vostre que je demanderay à monsr de Spanheim son portraict pour le mettre avec celluy de monsr d'Avranches dans mon cabinet; Je vous le demande monsr, aussi bien que le vostre.