Series II Band 3 · No. 85.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Is sur Tille, 28. November 1696. [75.86.]
Is sur Tille le 28. 9bre 1696
Je n'aurois pas monsieur tant tardé à repondre à vos excellentes lettres, si j'avois reçû des nouvelles de mr le president Boisot pour vous en faire part. Il a esté malade pendant deux mois, ce qui l'a empeché d'ecrire comme vous le reconnoistrés par celle que Je vous envoye. Il est bien intentionné à vostre egard, et je l'inviteray encore d'exhorter les moines depositaires du tresor que monsr l'abbé son frere leur a laissé en mourant, de faire des memoires de ce qu'ils y ont de plus rare et de plus curieux pour vous le faire scavoir, et vous l'envoyer au cas que vous ne l'ayiés pas déja, comme le cher deffunct en avoit le dessein. Ces messrs de Hollande n'auront pas bonne grace de ne pas repondre à vos justes intentions dans l'impression des traictés de paix qu'ils meditent de donner au jour; vous me dites monsr de si belles choses sur cela et sur tout ce qui regarde la rep. des lettres, que je ne scaurois y repondre par moy mesme comme Je dois; il fault y employer d'autres plumes qui s'en acquitteront mieux; Je vay me servir pour cela de celle de monsr d'Avranches qui ne vous deplaira pas; vous trouverés icy les copies toutes entieres de deux de ses lettres; la derniere vous regarde monsr et la premiere l'humilité de ce scavant prelat auquel j'ay faict scavoir ce que vous m'avés ordonné touchant son erudition dont il est faict mention dans le premier tome du Julien de monsr de Spanheim. Il est bon monsr que vous scachiés pour l'Intelligence du passage de l'Aeneide heureusement appliqué, que monsr d'Avranches m'avoit invité à retourner à Paris et que je luy avois mandé que toutes mes voyages estoient faictes et qu'à peine pouvois [je] venir à mon Tusculum à quatre lieües de Dijon où je suis presentement sens estre incommodé, et qu'il falloit se contenter de le voir dans son agreable et excellent portraict gravé par Edelink qu'il me donna sortant de Paris, et que j'avois mis dans mon Cabinet parmy ceux de monsr Arnaud, Paschal et La Trappe. Voilà une lettre pour monsr de Spanheim auquel je demande le sien pour l'y placer aussi avec les autres; je vous demande aussi le vostre monsr pour en faire de même.
Je n'ecris point à mr Morel je vous prie de luy faire mes complimens et de nous dire de ses nouvelles. L'on a dit icy qu'il s'estoit declaré authentiquement pour les 4 Gordiens ce qui a un peu chagriné l'auteur qui a ecrit contre en faveur des 3. parce qu'il croyoit son parti le plus fort appuyé de l'authorité de mr Morel, qui est un auteur grave et comme le dictateur dans la rep. numismatique. Je croy qu'on vous aura envoyé le portraict de mr de Court par l'abbé Genest; la piêce est fort eloquente, mais il y manque un peu de detail, j'avois envoyé de beaux memoires pour cela, qu'on n'a point suyvi; j'ecrivis encor hier à Paris pour qu'on vous en envoye trois exemplaires l'un pour vous l'autre pour mr de Spanheim et l'autre pour mr Morel. Je suis mons. du meilleur de mon coeur tout à vous
Nicaise