Series II Band 3 · No. 67.
LEIBNIZ AN HENRI BASNAGE DE BAUVAL
[Hannover, Juli 1696.] [65.73.]
Si vous avés encor ma lettre pour Mons. Morel, vous aurés la bonté de me la renvoyer. Je vous supplie d'envoyer mes remarques sur la philosophie de Descartes à Mons. Bernoulli professeur de Mathematiques à Groningue.
Autant que j'ay pû juger par la Dioptrique de M. Hartsoeker, il n'est pas tout à fait Cartesien, car il pretend qu'il y a des Atomes nageans au milieu de la matiere subtile. Il pretend donc d'innover, mais je ne sçay si ce sera avec succés. La Physique de M. le Clerc est fort sçavante; il est vray que nous sommes encor fort eloignés de l'interieur de la nature. J'ay fort medité sur la matiere des hazards, ainsi je seray bien aise de voir ce que M. le Clerc aura donné là dessus. J'ay esté surpris de voir qu'on vend les Ms. de feu Mons. Golius. J'avois crû qu'ils appartenoient à l'université de Leiden. C'est dissiper un tresor irrecouvrable. Un Anglois de mes amis a obtenu de moy quelques reflexions que j'avois faites sur l'excellent livre de Mons. Lock, intitulé essay of understanding. Il y a bien des belles choses dans cet ouvrage, mais je ne suis pas quelquefois de son sentiment en certaines choses, qui regarde les fondemens du bastiment. Ce M. Cordemoy qui écrit contre les Sociniens est ce le même, qui a écrit du discernement du corps et de l'ame? On me dit que ce qui se fait à Rome sur la vie de la Reine Christine, est un Poëme Latin Heroique.
Je plains M. Tollius qui pouvoit encor donner des belles choses, je voudrois sçavoir où ses papiers sont devenus. Vous aurés vû le premier Tome du Julien de M. de Spanhem, que j'ay eu l'honneur de recevoir de sa part. J'admire comment il a si bien allié l'abondance avec le choix dans les remarques sçavantes qui y paroissent. J'[attends] sur tout avec impatience ce qu'il y aura sur la controverse entre Julien et S. Cyrille. Je voudrois pouvoir retrouver un petit livre que j'ay vû autresfois, qui estoit une Apologie de Nestorius contre ce même Cyrille. Un Protestant françois l'avoit faite. J'en ay marqué le nom quelque part; mais ne le trouvant point presentement et ne doutant point que vous ne le sçachiés, Monsieur, je serois bien aise de le rapprendre par vostre moyen.
Nous aurons bientost la conclusion de l'Octavia de Monsgr. le Duc Antoine Ulric de Bronsvic. Il y a plusieurs années que quelques Tomes de ce Roman ont paru, depuis le soin du gouvernement ayant empeché l'auteur de continuer. Tous ceux qui goustent les beautés de nostre langue ont temoigné de l'impatience pour en voir la fin, et j'ay esté un des soliciteurs; de sorte que S.A.S. s'y est enfin resolüe tout de bon pour donner cette satisfaction au public. L'ouvrage est veritablement de ce Prince, et les pensées nobles, qu'il y a, le font assez connoistre.
En tournant la feuille vous trouverés mon Epigramme sur feu M. Hugens. J'ay tousjours honnoré son merite eminent, aussi bien que son illustre famille. Feu Monsieur son pere me fit beaucoup de civilités, lorsque je passay à la Haye. Je ne connois Monsieur son frere que de reputation. Cependant si je viens jamais en Hollande, je chercheray l'honneur de sa connoissance et l'exhorteray à faire avancer la publication des posthumes de nostre incomparable amy. Si vous aviés occasion, Monsieur, de le luy temoigner un jour, vous me feriés de la faveur, et rendriés peutestre un service au public. Je suis etc.