Series II Band 3 · No. 57.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Dijon, 30. April 1696. [50.68.]
Dijon le 30 avril 1696
Voilà monsieur une lettre pour monsieur Morel que je prends la liberté de vous adresser;
Je la laisse ouverte pour que vous y voyiés ce que je luy mande et que cela me delivre de vous
faire une grande lettre; je croy que vous aurés recû ma precedente où j'en avois mis une de
monsr le president Boisot. Je n'ay pas dit à monsr Morel une nouvelle qu'on m'ecript de Rome,
que le pape n'a pas voulu permettre à monsr Fabretti d'y faire imprimer son grand Receüil
d'Inscriptions. On refute en Hollande d'imprimer celles de monsr Gudius, dont vous m'avés
ecript de si belles choses; il fault que le siecle soit bien ennemy de la belle antiquité et des
sciences, et soit d'un goust bien depravé, temoin ce qu'on vient de me mander au subjet de
l'ouvrage de cette Beate Espagnole dont je croy vous avoir parlé dans ma derniere; voicy ce
qu'on m'en ecrivoit ancor hier. Il court une lettre facheuse contre monsr de Meaux au subjet de
*la censure de ce livre intitulé La mystique cité de Dieu composé par la soeur Marie du
convent d'Agreda religieuse portugoise traduit en francois par un Recolect et imprimé à
Marseille; dans cette lettre on se dechaisne impytoiablement contre ce prelat; elle est adressée
au p. Quesnel par un colonel d'Infanterie. Le livre de la religieuse est in fol. en 3 vol. Il y a une
infinité de folies et d'extravagances dignes des petites maisons; ce sont des Revelations
perpetuelles sur des faicts impertinents. Le 1er tome est la vie de la vierge dans le ventre de Ste
Anne et dans le berceau. Il y a beaucoup de Revelations sur les SSts et les SStes dont on ne trouve
point de Reliques comme Ste Anne, St Joachim, St Joseph* etc.
Je ne reçois plus de lettres de nostre philosophe monsr Foucher; il est appliqué à sa traduction de St Augustin. J'ay faict part à nostre eminence de vostre Beau distique sur sa promotion. Huict jours après sa lettre recûe j'en recûs une d'un de mes amis de Rome qui m'appris la mort de nostre bon amy monsr Bellori. C'est une perte considerable pour Rome et pour la rep. des lettres. Je suis monsieur Tout à vous et du meilleur de mon Coeur.