Series II Band 3 · No. 54.
LEIBNIZ AN HENRI BASNAGE DE BAUVAL
[Hannover, 13. April 1696.] [53.65.]
Monsieur
Je vous suis obligé de la bonté que vous avés de penser encor à mes interests. Je ne me suis jamais promis grand chose des defenses qu'on pourroit obtenir par l'autorité superieure; cependant je n'ay point voulu refuser le secours que des princes m'ont offert et qu'on ne méprise pas tousjours impunement. Mais comme le dommage d'autruy n'est pas mon avantage, j'aimerois tousjours mieux que tout se puisse faire de bonne grace. Or sans entrer dans la discussion de droit, ny dans les maximes d'honneur, qui ne sont pas tousjours considerées, j'ay crû qu'en ne demandant rien à Messieurs vos libraires, qui fut contraire, ou plustost qui ne fut conforme à leur interests, je pourrois obtenir une chose qui leur fut indifferente. Vous m'attaqués, Monsieur, par mon foible, en me proposant de faire ce qui seroit le plus conforme à l'utilité publique, car j'y suis le plus porté du monde. Je vous avoue aussi, qu'il seroit peutestre un peu mieux pour le public que leur collection et la mienne composassent un seul ouvrage. Mais je ne crois pas qu'il importe beaucoup pour ces sortes de collections, que le tout soit rangé parfaitement selon l'ordre chronologique, au quel un index general supplée; ainsi on auroit pû conserver mon dessein; dont il y a deux raisons: l'une que sans cela je ne voy pas comment on puisse debiter mon premier Tome; l'autre que je passeray pour un homme qui aura abandonné son projet après avoir employé le secours de tant de Ministres qui m'ont communiqué un si grand nombre de pieces pour mon Codex Diplomaticus. Et comme j'ay plus d'egard à l'honneur qu'à l'interest, je ne dois point mepriser cette raison. J'adjoute encor une troisiême, c'est que M. Moetjens me mande, qu'ils veulent seulement employer les traités, et non pas les autres pieces, ce qui fait que leur ouvrage ne satisfera pas à tout ce que j'ay promis. En tout cas si ces Messieurs m'avoient offert quelque temperament honnorable, j'aurois pû penser à ce qu'il y auroit à faire, mais comme ils n'ont pas voulu faire la moindre demarche, et sont demeurés dans un refus entier, ils m'ont osté tout moyen de faire quelque chose avec eux. Ainsi il depend de leur resolution de donner quelque éclaircissement, qui puisse servir à renouer le traité. Car j'ay déja dit, que l'interest est ce qui m'adresse le moins, et vous aurés la bonté de m'apprendre si je dois encor attendre quelque chose. Il seroit peutestre bon aussi que je fusse un peu mieux informé du titre et de l'oeconomie de l'ouvrage, pour mieux prendre mes mesures.