Series II Band 3 · No. 53.

HENRI BASNAGE DE BAUVAL AN LEIBNIZ

6. April 1696. [43.54.]

French

Je Am Kopf der Seite mit Bezugnahme auf die Antwort in N. 54 von Leibniz' Hand: Je luy ay demandé de me renvoyer par M. Morel mes animadversions sur M. des Cartes. J'ay souhaitté aussi des nouvelles des posthumes de M. Hugens, et de mon Code par M. Morel. ne vous ai point ecrit Monsieur sur les demêlez que nos Libraires ont eus avec vous pour vôtre Codex Diplomaticus, car vous avez pris d'autres voyes, et vous vous etes adressé aux Puissances. C'est d'ordinaire le plus sûr, cependant si j'avois prevû que vous aviez dessein de reduire les Libraires par l'autorité, je vous aurois adverti de la maniere dont les choses vont ici, qui est bien differente de ce que vous avez crû. Ces M.rs là se seroient fort peu souciez des defenses que vous auriez pû obtenir, et auroient mis vôtre livre en morceaux sans vous en faire honneur. D'ailleurs je doute que les Etats eussent voulu en venir à empêcher le gain de leurs sujets, sous pretexte qu'un Etranger a un interest opposé. Il ne falloit vous attendre qu'à des honnêtetez, et à rien davantage. Ils pretendent que vôtre livre etant public, quiconque l'achete en est le maitre pour en faire ce qu'il lui plaira, et que personne n'a droit de les en empêcher. Aussi n'ont-ils pas voulu deferer aux exhortations qui leur ont eté faites de vous donner la satisfaction que vous demandiez, et ils sont resolus de continuer leur plan, en suivant comme je vous l'ai dit l'ordre chronologique. Mais vous Monsieur perseverez vous tousjours dans la resolution de ne point entrer en composition avec eux? Il me semble que cela seroit infiniment mieux, de joindre les pieces que vous avez ramassées à celles qu'ils ont deja. Le Public y gagneroit, et vous mesme vous vous epargneriez la peine d'un receuil, où vous scavez vous mesme qu'il y a plus de travail que de genie. Vous employerez plus utilement votre temps ailleurs. Je pourois reprendre avec eux les mesmes conditions que je vous ai proposées de leur part, et rentrer en traité avec vous sur le mesme pied. Si vous ne pouvez y consentir, ne trouvez point mauvais du moins que je vous en importune une seconde fois; Et je vous promets de ne vous en parler plus. Si [vous] voulez bien y faire reflexion, vous conviendrez sans doute que leur plan avec le vôtre sera d'une utilité bien plus grande pour le public que l'un ou l'autre separément. Or cette raison ne doit elle pas l'emporter sur vous qui avez tant travaillé pour l'utilité publique, et qui faites gloire d'y contribuer. Si vous pouvez donc surmonter vos premieres repugnances, ayez la bonté de vous expliquer sur les autres conditions; et s'il se peut que j'aye l'honneur d'avoir arraché de vous cette complaisance.

Souvenez vous aussi s'il vous plaist Monsieur qu'il y a long temps que vous ne m'avez fait l'honneur de me donner de vos nouvelles. J'ai inseré dans le quartier du Febv. inclusive vôtre memoire touchant l'harmonie de l'âme et du corps, sans y joindre vôtre nom comme vous l'avez souhaitté. Faittes moi part je vous en prie de ce qui se passe dans vos quartiers. On me mande de Rome qu'on y travaille à la vie de la Reine de Suede: Et que l'auteur envoye les feuilles en Allemagne à mesure qu'il les acheve, parcequ'il n'a osé les faire imprimer à Rome. Vous jugez bien que cette vie sera remplie de circonstances bien singulieres. On m'a ecrit aussi que Fritsch Libraire de Leipsick imprime aussi la vie de cette mesme Reine en latin. Vous devez en être mieux informé que moi. J'ai recû d'Angleterre le plan des ruines de Tadmore que les Anglois d'Alep sont allez devouvrir dans le desert. C'est à ce qu'ils pretendent la ville que Salomon bâtit, et dont il est parlé au ch. 9 du I liv. des Rois v. 18. Les Grecs l'appellerent Palmyre, et c'est là que la Reine Zenobie fut assiegée par l'Emp. Aurelien. La relation de leur voyage est curieuse; mais les inscriptions qu'ils en ont apportées le sont encore davantage. Il y a un autre livre à Londres composé par un jeune Irlandois qui y fait assez de bruit. Le titre vous en fera comprendre le sujet Christianity not mysterious. Il pretend que Dieu ne peut rien nous avoir proposé de mysterieux, ni d'incomprehensible à croire. Vous avez vû sans doute le livre de M. Papin Prof. à Marbourg. Il n'a garde d'avoir manqué à vous l'envoyer, vous qui en pouvez decider. C'est un receuil de 9 pieces dont la premiere est Antlia Hassiaca. M. le Clerc a publié depuis un traitté des causes de l'incredulité. Cette matiere est bien entre ses mains. Un Un jeune ministre Darüber vermerkt Basnage: M. Coulan jeune ministre qui est mort depuis 6 mois avoit laissés sous la presse un Examen de l'histoire critique du N. Testament de M. Simon. Il y bat assez bien M. Simon qui critique mieux qu'il ne raisonne. Le Dictionnaire de M. Bayle s'avance avec beaucoup de diligence. Il ne sera pourtant achevé qu'à la fin de cette année. Je vous prie de croire que je conserve tousjours beaucoup d'estime pour vous et que je suis tres sincerement

Monsieur Votre tres humble et tres obeissant serviteur Basnage de Bauval

Le 6 d'avril 1696

A Monsieur Monsieur de Leibnits Coner de Son A. El. A Hanover.