Series II Band 3 · No. 34.
LEIBNIZ AN CLAUDE NICAISE
[Hannover,] 24. September (4. Oktober) 1695. [33.39.]
Monsieur
Vos
J'ay bien de l'obligation aussi au bon religieux qui a pris la peine de copier ce que M. le president m'envoye. Pour ce qui est du journal des voyages de Charles Quint fait par Vandenesse, dont on y a joint un extrait; j'ay voulu avertir, que j'ay ce journal, à fin qu'on ne [prenne] plus la peine d'en copier quelque chose pour moy.
Quand je receuvray la liste que M. le president me fait esperer, je prendray la liberté de marquer ce que je souhaite avec cette reserve pourtant que je n'abuseray point de ses bontés. J'ay eu soin d'envoyer vos lettres à M. de Spanheim et à M. Morel. Si j'en reçois quelque chose pour Vous, je ne manqueray pas Monsieur, de le faire tenir. Sçachant le dessein que M. de Spanheim avoit de vous envoyer un exemplaire de ses lettres jointes au specimen de M. Morel, j'ay profité de l'occasion de M. Jemes, dont la femme est auprés de Madame (: qui partoit d'icy pour aller à Paris :) pour vous en envoyer un exemplaire sans attendre les ordres de M. de Spanheim.
Je ne sçaurois encor trouver votre lettre où estoit nommé le 3me traité que feu M. l'Abbé Boisot me faisoit esperer.
Je n'ay jamais ouy parler du dictionaire Historique de M. Teissier, il seroit capable sans doute d'en faire un bon. C'est M. Chapuzeau à Zell, qui a fait autres fois l'Europe vivante, et autres ouvrages, qui travaille depuis long tems à ce dessein ayant meme commencé avant Moreri. Il a fait imprimer un petit discours de son dessein, où il monstre en quoy il sera different de celuy de Moreri.
C'est dommage qu'on ait perdu le beau secret de feu M. l'Abbé Boisot, pour apprendre à écrire dans une heure à un jeune enfant. Je crois bien que les Ecoliers et Spectateurs n'auront point sçeu le luy derober. Cependant il seroit bon de faire donner une relation circomstanciée de ce dont ils se souviennent, car cela pourroit servir à le retrouver un jour, et la gloire en demeureroit tousjours au premier inventeur.
On m'a mandé qu'on a defendu à Paris un livre intitulé Systema animae et rationis. Nous sçaurons un jour ce que c'est.
M. Morel vouloit donner une traduction de la science des Medailles du R.P. Joubert avec des additions. J'ay appris d'un libraire que le pere ayant bien consenti à la version mais n'ayant point voulu qu'il y fist des additions, la chose est demeurée là, dont je suis faché.
Il me semble aussi que cet Eloge qui dit de feu M. Lantin qu'il n'a rien ecrit pour ne pas effacer M. Saumaise son compatriote[,] tient un peu de la raillerie. On ne sçauroit estre trop soigneux de rendre justice aux defunts d'un merite extraordinaire. Les anciens y faisoient consister officium pietatis; Et c'est en user genereusement que de faire ce que Vous faites Monsieur pour les excellens amis que vous avez perdus. N'y at-il pas quelque esperance qu'on puisse trouver quelques fragmens des pensées de M. Lantin pour en mieux conserver la memoire, je serois bien aise aussi qu'on pût apprendre si M. Ouvrard avoit fait quelque[s] decouvertes sur la Musique et en quoy elles consistoient. Ce sont les decouvertes qu'il faut tacher principalement de conserver. M. Morel souhaitteroit de M. le Duc de Maine, ce qu'on pourroit recouvrer des recherches de M. de Court sur les medailles Arabesques pour l'immortaliser dans sa grande collection.
J'avois envoyé à M. l'Abbé Foucher quelque chose de Philosophie. Il l'a fait mettre dans le journal des sçavans conformement à mes intentions: mais il répond à ma lettre dans le journal. Ainsi je pourrois luy dire ce que le Roy disoit à M. de Groot Ambassadeur des Estats immediatement avant la premiere guerre, c'est d'avoir veu leur lettre imprimée avant que de l'avoir receue écrite. J'avois prié M. l'Abbé Foucher de m'informer de ce qui touche les reliques de l'esprit de M. Lantin, j'attends response làdessus.
Ce qui a esté dit dans l'Eloge de M. l'Abbé Boisot des pieces fournies pour mon code diplomatique n'estant pas une histoire, sera une prophetie par vôtre entremise auprés de M. le President. M. le Comte de Schwarzbourg, chez qui M. Morel se trouve, a receu de Suede le livre de M. Brenner touchant les Medailles de cette nation, on dit que M. Otto Sperling (dont vous aurés vu un joli petit ouvrage sur une medaille de Tranquillina) pense à celles de Dannemarc et M. Tenzelius à celles de la Maison de Saxe. On fait un receuil de celles de la Maison de Bronsvic, car cette Maison ayant des mines d'argent qui sont maintenant les meilleures de l'Europe après celles de l'Empereur, en a fait battre bon nombre. Que dites vous de cette Epigramme Aux François.
De quoy vous plaignés vous? quand Bouflers arresté
Asseure le cartel, qu'on croit mal observé,
C'est d'un honneur tres grand la marque signalée
Qu'un Marescal de France est pris pour une armée.
Car les garnisons de Deynse et de Dixmude faisoient presque une armée. Je m'etonne qu'on s'amuse tant à ecrire contre les Quietistes. A force de les combattre, on les augmente. Vidi ego jactatas mota face crescere flammas.
Je suis avec zele,
Monsieur Votre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz