Series II Band 3 · No. 28.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Dijon, 29. August 1695. [23.30.]
Dijon le 29. aoust 1695
Je croyois monsieur n'avoir plus de part dans vostre souvenir aprés le long silence que vous aviés gardé en mon endroict; vous reconnoistrés par celle de monsr le president Boisot que je vous envoye que je pense en vous et que je prends part à ce qui vous regarde; J'ay oublié l'un des trois Tiltres que nostre cher deffunct m'avoit promis de vous envoyer. Le 1er estoit les promesses de mariage de Marie de Bourg[og]ne avec Nicolas dûc de Calabre. Le 2. le traicté de paix entre Charles V. et Muley Assen pour la rep. de Tunis; prenés la peine de me mander le 3eme que j'ay oublié ayant égaré la lettre où il en estoit faict mention; monsr le president Boisot ne s'en tiendra pas lâ; Comme il est fort obligeant il fera son possible pour enrichir vostre code diplomatique et contribuera tout ce que vous desirerez de luy. L'on n'a point mis dans nostre journal des scavants, l'eloge que je vous ay envoyé quoy que j'en eusse faict donner un exemplaire à monsr le president Cousin pour cela; Il y en a mis un autre qui est venû bien long tems après où l'auteur avance un mensonge, que vous avés recû beaucoup de piêces de mr l'abbé Boisot pour enrichir vostre ouvrage; on n'y a pas mis non plus ce que j'avois faict pour monsr Lantin comme je le mande à monsr de Spanheim, tant je suis descrié dans l'esprit de ce journaliste ou pour mieux dire tant il a de complaisance aveugle pour d'autres gens qui ne connoissent pas monsr Lantin et qui luy ont inspiré des choses qui ne sont point à sa louange; je parlois fort de vous monsr dans cet eloge de mr Lantin et de l'histoire des plaisirs dont vous m'aviés parlé; j'avois mesme pris occasion de là de faire une epigramme de dix vers à sa loüange; nous pourrons retablir tout cela; Je vous remercie de vos belles et agreables nouvelles; vostre reflexion sur le livre qui a pour Tiltre Conjuration contre Descartes m'a faict rire; je ne scay ce que c'est ni qui en est l'auteur; j'ay mandé à monsr Baillet de me le faire scavoir.
J'ay bien de la joye d'apprendre tout ce que vous, et monsr de Spanheim me dites de nostre amy monsr Morel, je ne sçaurois m'empescher de la luy temoigner à luy meme par un petit mot que je vous adresse; dites nous des nouvelles du dictionnaire historique de mr Teissier s'il avance fort; je parts dans deux jours pour nostre Campagne d'Is sur Tille où vous pourrés m'adresser vos commandemens. Je suis du meilleur de mon Coeur tout à vous
Nicaise