Series II Band 3 · No. 24.

LEIBNIZ AN HENRI BASNAGE DE BAUVAL

[Hannover,] 16./26. Juli 1695. [20.29.]

French

Je Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: A Mons. Banage Bauval 16/26 Juillet 1695 viens d'apprendre, Monsieur, la mort de Monsieur Hugens, il m'est fatal d'ecrire des lettres à des amis qui ne sçauroient repondre. Le Prince Erneste Landgrave de Hesse, et Mons. de Seckendorf, ne purent lire les miennes; et M. Pelisson la lût en effet, mais la mort l'empecha de faire la reponse qu'il avoit déja promise.

La perte de l'illustre M. Hugens est inestimable, peu de gens le sçavent autant que moy. Il a égalé à mon avis la reputation de Galilei et de Descartes, et aidé par ce qu'ils avoient fait, il a surpassé leur decouvertes. En un mot il faisoit un des premiers ornemens de ce temps. Je l'ay souvent exhorté à nous donner ses pensées quand ce ne seroit que par lambeaux et d'une maniere familiere. J'espere que son livre sur le systeme du monde et la constitution interieure des planetes aura esté achevé. Mais comme il avoit coustume de mettre ses pensées par écrit, en assez bonne forme, j'espere qu'on trouvera un grand Tresor parmy ses papiers. Je ne sçay s'il n'aura donné quelques ordres pour cela; ce que je serois bien aise d'apprendre. Mais en cas que non, nous y devons songer. Et moy sur tout qui ay eu l'honneur de le connoistre depuis tant d'années, et de communiquer souvent avec luy, ce qui m'a donné le moyen de penetrer dans ses pensées un peu mieux que beaucoup d'autres. Il connoissoit par des preuves publiques combien j'estois sincere à reconnoistre en quoy je luy estois redevable. Et il me rendoit la pareille au delà de ce que je meritois. Je n'ay pas l'honneur de connoistre Monsieur de Zulichem son frere, Secretaire d'Estat du Roy. Sans cela je prendrois la liberté de l'exhorter à y mettre quelque ordre convenable. Et si vous avés quelque liaison avec luy, ou avec ses amis; je vous supplie de leur faire connoistre mes souhaits qui tendent egalement au bien public, et à la gloire de ce grand homme, qu'on ne sçauroit assez honnorer. J'ay écrit pour faire marquer mes sentimens dans les Actes de Leipzig sur ce sujet. Mais vous Monsieur, qui n'estes pas moins qu'eux en droit d'avoir soin de la gloire des grands hommes ne manquerés pas de rendre justice à un tel ami dans vostre Histoire des ouvrages. Au reste je me rapporte à ma precedente, et suis avec bien du zele

Monsieur vostre tres humble et tres obeissant serviteur