Series II Band 3 · No. 236.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Dijon, 6. Mai 1700. [228.237.]
Dijon le 6 may 1700
Il y a long tems monsieur que je n'ay reçu de vos Nouvelles; J'attribue ce silence à vos grandes occupations et surtout à celle que vous donne presentement vostre Codex diplomaticus. Je croy que vous devés avoir recû il y a long tems le pacquet de mons. le president Boisoit que je donnay icy à l'abbé Maumenêt allant à Paris pour le remettre es mains de monsr de Brosseau qui m'en a remercié; Je luy en espargnay le port ce que monsr le president ne fit pas à mon egard me l'ayant envoyé par la poste; il vouloit même à ce qu'il me mandoit vous l'envoyer par la même voye à Hanovre; Je serois faché qu'il fûst ancor arrivé quelque disgrace à ce pacquet. J'ay enfin busqué avec assés de peine le plan du traicté de fide veterum instrumentorum dont je vous ay parlé autrefois et que vous m'avés temoigné desirer; je vous l'envoye dans cette lettre. Le dessein en paroist beau; mais je ne sçay si l'autheur l'avoit pû accomplir; Il y a dix ans qu'il est mort. Les lettres des scavants à monsr de Peiresk s'achevent d'imprimer à Geneve chés mons. de Tournes qui a faict jusqu'à present un grand mystere de cette impression, crainte qu'on ne luy allast à la traverse; J'ay veû celles de Vargas traduites par le pere Le Vassor qui y a mis une preface fort outrée et qui luy a faict tort et ancor plus que cela l'histoire abominable de Louis 13. Il porte maintenant la peine de sa temerité, vous scavés que le Roy d'Angleterre Guillaume l'a mis entre les mains de nostre Ambassadeur qui l'a faict conduire au mont St Michel où il est pour le reste de ses jours; discere justitiam Moniti et non spernere Divos. J'ay veû celles d'Hubert Languet en 2 vol. 4o. sens preface sens Augmentation aux epitres longues et prolixes et sens aucun Index. Vous m'avés osté de la peine où j'estois avec beaucoup d'autres gens, qu'on eut oublié la vie de l'auteur par mr de la Mare qu'on a imprimé separement. Je ne scay pourquoy on ne l'a pas mis à la liste de ces epitres; elle auroit pû servir en quelque facon de preface; le tiltre d'Arcanum saeculi decimi sexti ne luy est pas mal mis; car en verité l'on n'a guere eu de soin de rendre cette edition agreable et intelligible. Je croy qu'on nous la donnera bientost meilleure en Hollande. Monsr Thiers a donné depuis peû l'histoire de la Ste Larme de Vandosme qui a beaucoup irrité les benedictins qui ont employé dom Mabillon à y repondre par une dissertation qu'il dedie à monsr l'eveque de Blois; le scavant prelat monsr d'Avranches me faict toujours mention de vous dans ses lettres, où vous avés toujours les eloges que vous merités; les imprimeurs les plus considerés de Geneve ont faict une societé ensemble; ils vont r'imprimer le dictionnaire universel d'Hofman en six vol. fol; jamais on n'a tant veu de dictionnaire; le p. Simon promet de nous donner quelques lettres sur ce chapitre et sur celluy des journaux qui ruinent tout[,] car on se contente de lire ces sortes de livres et l'on ne recourt plus aux originaux; je ne scay monsr si vous avés veû ces lettres postumes attribuées au p. Simon contre le p. Marcianay; on nous en promet des suittes où l'on verra des traictés ou plustost quelques fragments de ce pere contre les benedictins; et entr'autres un qui portera celluy de dom Faussaire, et l'autre dom Titriet. L'auteur dont je vous envoye le plan auroit esté ravi de voir ces ouvrages; car il n'aymoit pas les Benedictins; Je suis monsieur Tout à vous
Nicaise
Hanovre