Series II Band 3 · No. 217.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Is sur Tille, 2. August 1699. [213.220.]
Is sur Tille le 2 aoüst 1699
J'ay recû monsieur avec plaisir vostre derniere lettre; il y avoit long tems que je n'avois recû de vos nouvelles; j'ay esté bien ayse d'apprendre que vous ayiés trouvé de vostre goust la copie de la lettre de monsr l'abbé de la Charmoye, quoyque d'un argument un peu difficile; je luy ay faict part de vos belles et curieuses observations, dont il ne manquera pas de vous remercier. Son Antiquité des tems luy a faict honneur dans la rep. des lettres; et je ne doubte pas que celle des nations ne luy en fasse pareillement. Car il y meslera du moins de bonnes choses; Je voudrois bien que le bon et scavant P. Pagi fust ancore en vie pour vostre satisfaction et pour la mienne; Dieu l'a appellé à luy il y a environ trois mois; il a achevé son grand ouvrage sur Baronius qu'on a commencé à mettre sous la presse à Geneve. Il avoit dessein à ce qu'il m'a autrefois ecrit de nous donner un abregé de l'histoire ecclesiastique plus parfaict et achevé que nul autre que nous ayions, si Dieu luy eut donné de la vie; il donnoit plus dans la chronologie que dans les genealogies; il n'estoit pas ignorant des principales et plus necessaires; mais il ne donnoit pas dans le goust de Moreri qui en a fourré une infinité d'inutiles dans son dictionnaire qu'on en devroit entierement retrancher. Le p. Pagi a laissé un neveû de son nom heritier de son esprit et de son scavoir qui a scû profiter des instructions d'un si scavant oncle.
Je vous ay envoyé monsr il y a quelque tems par la voye de monsr Brosseau le dernier ouvrage du p. Bonjour scavoir Monumenta Coptica et Aegyptiaca ex Bibliotheca Vaticana pour monsr Ludolfe; exhortés monsr ce scavant homme à donner toujours à ce jeune Religieux des Ricordi salutaires: il est docile et en profitera.
Je suis surpris que vous ne m'accusiés point la reception du memoire de monsr le president Boisot que je vous ay envoyé une seconde fois il y a environ un an. Je l'ay recommandé fort à monsr de Brosseau; je luy dicts que ce pacquet estoit important; Je croy même avoir recû de vous des responses sur ce subject; ainsy monsr cherchés le bien parmi vos papiers vous l'y devés trouver. Il seroit facheux que vous l'eussiés egaré pour une troisieme fois.
J'ay faict sçavoir à monsr d'Avranches que vous alliés faire imprimer le 2d volume de vostre codex diplomaticus Juris Gentium, et que vous ne l'oublieriés pas ce coup icy, que vous ne croyiés pas même l'avoir oublié, et que ce devoit estre la faulte de ceux que vous aviés commis pour distribuer vos exemplaires et que vous luy donneriés l'un et l'autre exemplaire tout à la fois: J'espere monsieur que vous me ferés la même grace; car j'ay esté oublié aussi bien que ce prelat, qui a abdiqué les fonctions de l'episcopat; parceque sa santé ne luy permettoit pas d'y vacquer; je le croy presentement de retour des eaux et des bains de Bourbon que je souhaitte luy avoir esté utiles, aussi bien qu'à monsieur Morel celles qu'il a esté prendre en Allemagne. Je vous prie de nous en dire des Nouvelles; monsr de Spanheim n'i prend pas moins de part que tous les autres; il a toujours en coeur l'etude des belles lettres, nonobstant ses occupations publiques et promet d'executer ses anciens desseins.
Le livre intitulé Causa Arnaldina a esté censuré à Rome à cause particulierement de plusieurs ouvrages qu'on y a inseré qui ont esté desia condemnés.
Je ne scay ce que font presentement le p. Daniel et le p. Alexandre. Dezalier le libraire a faict imprimer les oeuvres de ce dernier in fol. en six vol. ou environ qu'il a envoyé[s] à la foire de Francfort et aillieurs pour en faire commerce.
Le card. Noris gode il papato e la passa a bel agio e non si da fastidio di nulla, mentre e arrivato. Nous n'avons point ancor veû les inscriptions de mr Fabretti; mr Graevius me mande que celles de mr Gudius sont toujours en reste et qu'on ne les veut pas imprimer en Hollande, tant le bon goust y regne peu parmi les libraires. Je suis monsr tout à vous
Nicaise
Hanovre