FrenchMon Reverend Pere Hanover 2/12 Octobr. 1698
Comme Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: Au R.P. de Malebranche Mons. l'Abbé Torelli m'a temoigné d'avoir l'honneur de vous connoistre, je n'ay
pas voulu qu'il partist d'icy sans vous porter des marques qui vous puissent faire connoistre
combien je continue de vous honorer. J'en ay souvent donné d'autres, lors même que j'ay
avoué que nous n'estions pas en tout d'un même sentiment. Nous nous faisons tous deux un si
grand interest à avancer la connoissance de la verité, que nous nous sçaurons tousjours bon gré
des eclaircissemens que l'un peut fournir à l'autre ou au public. Je vous ay eu de l'obligation de
ce que vous avés bien voulu m'en avoir, lorsque vous avés retouché à vos loix du mouvement;
et quoyque à mon avis la loy de la continuité que j'avois mise autresfois en avant dans le
Journal de Hollande, et qui vous avoit plû jusqu'à donner occasion à vostre changement, s'y
trouve encor un peu interessée quoyque d'une manière moins perceptible qu'au commencement;
neantmoins j'ay crû que je n'aurois pas bonne grace d'y insister à vostre égard, pouvant
m'expliquer sans cela. Car je crois en effect que les loix de la nature ne sont pas si arbitraires
qu'on pourroit bien s'imaginer. Tout est determiné dans les choses, ou par des raisons comme
geometriques de la necessité, ou par des raisons comme morales de la plus grande perfection.
Vos beaux écrits Mon Reverend Pere, ont rendus les hommes beaucoup plus capables qu'ils
n'estoient auparavant d'entrer dans les verités profondes. Si je pretends d'en profiter je ne
manqueray pas aussi de le reconnoistre. Mons. Bayle a fait des objections contre mon systeme
dans son beau Dictionnaire à l'article de Rorarius. Mons. de Beauval publiera mes solutions
dans l'Histoire des ouvrages des sçavans, après [les avoir communiquées] à Mons. Bayle, qui
m'a écrit là dessus une lettre tres obligeante où il reconnoist la force de ma reponse. Je ne
laisseray pas de le prier de me marquer, s'il y a encor quelque chose qui l'arreste. Et rien ne
m'est plus agreable que de pouvoir estre instruit par des personnes aussi profondes et aussi
eclairées que vous et luy. Je suis avec zele
Mon Reverend Pere vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz