Series II Band 3 · No. 184.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Dijon, 16. Oktober 1698. [181.189.]
Dijon le 16. 8bre 1698
Je
Autre sur l'amour pûr et desinteressé Fenelon succombant aux foiblesses humaines a menti, ce n'est rien; mais il s'est parjuré; pouvoit il mieux monstrer qu'un mystique épuré n'espere, ni ne craint, ni promesses, ni peines.
Ces mots de canaille mystique ont assés plû à bien des gens, et bien esté appliqués à monsr de Cambray, qui n'avoit que faire d'encanailler l'eglise, comme Il a faict de ces sortes de gens; croit il qu'elle soit bien soutenûe, et bien eclairée par des visionnaires et des alumbrados, et que les Athanases, les Chrisostomes, les Augustins et les Gregoires, ne luy suffisent pas pour cela? Si le chevalier Bernin vivoit (luy qui s'est rendû immortel à la posterité par cet excellent ouvrage de la chaire de St Pierre soutenûe par ces grands docteurs de l'eglise grecque, et latine) il auroit de la peine à souffrir qu'on mit cette canaille en leur place; ce seroit jetter sur cette chaire de la porcarie et de l'ordure, et se mocquer de ce scavant sculpteur d'une bien autre maniere, que ne fist de mon tems à Rome un bel humeur Romanesque, qui le jour qu'on fit la monstre et la decouverte de ce bel ouvrage à St Pierre, et que tout le monde admiroit à se recrier, et surtout cette gloire et ces cherubins dorés qui éclairent cette chaire, fendit la presse et dit agreablement che Rimirate? una frittata attacata al muro. Voilà le chevalier Bernin bien recompensé de ses travaux: ce seroit en verité monsieur le plus grand malheur et le plus grand scandale qui pust jamais arriver à l'eglise de Dieu que d'authoriser et d'approuver un livre si pernicieux que celluy de monsr de Cambray, comme me le mande tous les jours le 1r et incomparable abbé de la Trappe; Dieu ayme trop son eglise pour permettre un tel dereglement et qu'on mette en la place des veritables docteurs des phantastiques, des visionaires, des bamboches, des femmes; Il fault distinguer entre les vrays et les faux mystiques, d'une autre maniere que ne faict monsr de Cambray dans son livre; mais bien comme vous l'aurés pû voir dans le dernier ouvrage de mr de Meaux intitulé Mystici in tuto, Schola in tuto, Quietismus Redivivus par où ce prelat faict voir à mr de Cambray que c'est en vain qu'il se prevault des mystiques et de l'ecole, que celle cy, ni les autres ne sont point pour luy et que quelque semblant qu'il fasse de n'estre point du sentiment de sa bonne amye made Guyon, et de celluy de Molinos il ressuscite neanmoins leur erreurs. En voilà assés monsr sur un chapitre, où l'on a de la peine à se contenir et à ne pas temoigner son zele. Pardonnés le moy je vous en prie; venons à d'autres choses.
Mr Henninius professeur des belles lettres à Duisbourg a traduit en latin le livre de Bergier des grans chemins de l'empire, il y a mis plusieurs notes remplies d'erudition, tout cela est inseré dans le 9. vol. du Thesaurus Antiquitatum Romanarum que monsr Graevius faict imprimer à Utrêcht. Le même monsr Hennin a monstré un mss. tres curieux à monsr Bayle; ce sont vasa Cumana tres bien dessinés. Ils entreront peutestre dans le Thesaurus Antiquitatum Graecarum que monsr Gronovius faict imprimer à Leyde. Monsr de Bauval me mande qu'il travaille à un nouvau dictionnaire de Furetiere beaucoup augmenté, qu'on a deja achevé la lettre D, qu'il paroist un livre intitulé Memoire touchant le progrés du Jansenisme en Hollande par un Jesuite, qu'un Dominiquin faict imprimer à Liege une histoire de la congreg[ation] de Auxiliis. Il pretend que tous les actes de cette cong[regation] qu'on a publiés jusqu'à present sont faux sens en excepter ceux de St Amour. On me mande de Rome que le 2d Tome de musivis de monsr Ciampini estoit imparfaict à sa mort. Mes complimens à nostre cher et bon amy monsr Morel et mes excuses si je ne luy ecris pas aujourdhuy; ce seroit pour une autre fois. Je viens de recevoir une lettre de mons. de Spanheim auquel je feray une ample mention de luy dans ma reponse. Je suis monsieur Tout à vous.