FrenchDijon le 17. avril 1698
Le Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: respondi principal motif qui m'oblige monsieur à vous écrire aujourdhuy, c'est pour vous
avertir que l'on a quelque dessein de transferer les mss. de la Bibliotheque de deffunct monsr
l'abbé Boisot en celle du Roy; j'ay deja écrit en vostre faveur à monsr le president son frere,
pour que cela ne se fasse point sens s'acquitter prealablement de la promesse qu'il vous a faicte
touchant les piêces qui seront à vostre bienseance dans la liste qu'il vous a envoyée; ainsy
monsieur vous ferés bien de luy écrire sur ce subject et de luy envoyer ce qui sera à vostre
bienseance. Car lors que les mss. seront dans la Bibliotheque du Roy il y aura de la peine à en
tirer quelques choses; je luy ay deja ecrit pour cela par advance et je luy ay temoigné
l'obligation que je luy aurois en mon particulier de s'acquitter envers vous de cette promesse;
Je n'ay rien à vous dire de nouvau touchant monseigr d'Avranches auquel je dois ecrire
aujourdhuy pour luy demander des nouvelles d'un pacquet de monsr Cuper qu'on luy a envoyé
et dont on est en peine. Ce prelat m'a temoigné dans sa derniere qu'il estoit obligé de vacquer
cette année avec plus d'assiduité à ses fonctions episcopales et qu'il resteroit plus long tems
cette année dans son dioceze pour les besoins de son ministere; monsr de Spanheim m'en a
temoigné son deplaisir comme je le mande à monsr Morel; je ne vous repete pas icy ce que je
luy dis sur le chapitre de cet excellent amy. Ce que je luy mande de monsr de Cambray ne sera
peut estre pas beaucoup de son goust. La Question que j'ay lû ce matin dans le pere Mersenne
luy sera plus agreable; ce bon pere parmi ses questions inouyes faict cellecy, si tous les hommes
agissent tellement pour leur propre interest qu'ils ne puissent le quitter entierement. Il dit
d'abord qu'il est certain que chacun butte à son propre bien en tout ce qu'il pense, ce qu'il dit
*et ce qu'il faict, et que l'on trouvera toujours cela vray si l'on s'examine geometriquement; car
tous les hommes cherchent et desirent le bien du corps ou de l'esprit; et bien qu'ils s'efforcent*
de vouloir persuader qu'ils ayment leurs amis pour leur seul bien et d'un amour de simple
*Bienveillance sens en desirer, ni pretendre aucun profit, ils se trompent comme ils l'avoueront
ingenuement, s'ils s'examinent de prés;* cependant il dit à la fin qu'il fault d'autant plus aymer
*chaque chose, qu'elle est plus parfaicte, et que s'il y en a une qui soit infiniment plus parfaicte
que toutes les autres il fault l'aymer plus que toutes les autres et au prejudice de toutes les
autres, et que l'on peut executer avec la grace et le secours du Seigneur, et que tous ceux qui ne
peuvent s'imaginer cela, et qui croyent qu'il est impossible que nous aymions Dieu autrement
que pour nostre propre bien, quelque reflexion ou direction que l'entendement ou la volonté
puisse faire ne comprennent pas la puissance de Dieu qui peut despoüiller nos intentions de
l'interest; car puisqu'il a tout creé pour soy même; pourquoy ne peut il pas reduire toutes
choses à soy mesme?* Voilà comme le bon pere Mersenne raisonne; mais il fault écouter là
dessus monsr de Meaux dans son 2d livre de l'amour de Dieu desinteressé contre mr de
Cambray; Je ne l'ay point vû, ni tout ce qui a esté faict sur ce subject; Je croy qu'on vous l'aura
envoyé. Madelle de Scudery ne m'a point faict part de vos vers sur ce subject. Si je scavois qu'on
ne vous eust point envoyé ceux de monsr le Duc de Nevers sur le Quietisme et en faveur de
monsr de Cambray je vous les envoyerois. L'on avoit fort parlé de mr Bayle comme devant se
retirer à Geneve à cause de la persecution de mr Jurieu et de sa cabale; mais j'ay recû lettre de
luy du contraire, et j'apprends qu'ils se raccommodoient et que mr Bayle doibt retrancher dans
une nouvelle edition de son dictionnaire critique tout ce qu'il y a dit d'injurieux de son
adversaire et monsr Jurieu faire de son costé la mesme chose à l'egard de monsr Bayle. Vous
n'aurés point de moy pour ce coup de Nouvelles Litteraires. Je suis monsieur Tout à vous; je
feray vos complimens à msgr d'Avranches.
Pour Monsieur De Leibniz auprés de monseigr le Dûc d'Hanovre. Hanovre.