Series II Band 3 · No. 147.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Is sur Tille, 27. Oktober 1697. [140.152.]
Is sur Tille le 27. 8bre 1697
Je
Ne craignés point monsr que je vous defere au St office sur le sentiment que vous avés de solvendo Nodo praedestinationis. Ce n'est point moy qui ay faict mettre dans le journal des scavants de Paris ce que vous m'avés ecrit sur la philosophie de monsr Descartes; je rendray temoignage au 1er Jour à monsr le president Cousin comme vous n'y avés aucune part. Les Reflexions que vous avés faictes sur ce qui a esté dit à cet egard et que nous avons vû dans ce journal vous sont si avantageuses, que vous devés avoir de l'obligation à celluy qui a publié vos sentimens, qui est monsr Bourdelot medecin du Roy; car je ne l'avois mendé qu'à luy et qu'à monsr d'Avranches dont Je viens de recevoir une lettre d'Avranches où il m'invite fort à vous exhorter de publier vos Remarques sur la philosophie de Descartes; dans la precedente il me parloit ainsy sur vostre chapitre; Je vous supplie de m'entretenir toujours dans les bonnes graces de mr Leibniz, pour le merite duquel je ne cede en estime à personne du monde. Ce prelat est retourné de Bourbon plus indisposé de son Rhumatisme que jamais, les Eaux qui luy avoient esté utiles precedemment n'ont pas eû le mesme effect à son egard dans ce dernier voyage. Il me mande que quelques Recherches qu'on ayt pû faire dans les Archives de Coutances, l'on n'a rien trouvé de cette deputation vers les Bohemiens, qu'on croit que cet acte a esté bruslé dans le tems des guerres de la Religion, qu'on luy promêt neanmoins de le chercher ancore. Voicy ce qu'il me mande touchant la langue Saxone. Le chapitre que J'ay faict *touchant l'origine de plusieurs noms Normands que Je rapporte au Saxonique, est fort confûs, plein de renvoys, d'additions et de ratures; Je ne puis en faire aucun usage, sens le mettre au nêt; et il faut pour cela du tems; et c'est ce qui me manque le plus: cela pourra se faire Dieu aydant, cet hyver à Paris. L'extraict de la lettre de monsr Leibniz sur l'origine du nom des Germains, est tres scavante et tres curieuse, et m'a appris bien des choses: mon peu de lumiere dans la langue allemande est un grand obstacle à mes Recherches; le Dictre de mr Meierus pourra suppleer à mon ignorance, si je suis jamais assés heureux pour en avoir un exemplaire,* etc. Je me souviens fort monsieur de la commission que vous m'avés donnée touchant le livre d'Adamus Bohoriz de Lingua Carniolana. J'en ay desia ecrit plusieurs fois à mes amis de Paris et Novissime à monsr Baluze, dont j'attends la reponse. Pour ce qui est de l'ouvrage de fide veterum instrumentorum le dessein est entre les mains de l'heritier de monsr de Chevanes advocat en ce parlement de Bourgogne homme de lettres qui estoit un peu picqué au Jeû contre les moines Benedictins qui ne luy vouloient pas trop de bien, pour avoir faict un grand factum contre eux en faveur d'un Curé de Flavigny; Il y revele bien des choses touchant ses anciens Tiltres sur lesquels il accuse les moines de n'estre pas trop fideles; Son dessein est vaste et grand et ambrasse beaucoup de choses qu'il n'a point ancore entamées; c'estoit proprement contre le livre du p. Mabillon de Re diplomatica qu'il avoit entrepris ce dessein; Il en avoit ecrit plusieurs fois à monsr Levallois le dernier mois pour en tirer quelque secours parcequ'il scavoit qu'il n'estoit pas amy des benedictins et sur tout du p. Michel Germain compagnon (lorsqu'il vivoit) de dom Mabillon. Monsr Levalois m'a dict plusieurs fois à Paris, que cette entreprise estoit grande et que l'auteur ne luy paroissoit pas avoir un style trop bon pour l'executer. Je n'ay parlé de ce dessein à personne du monde qu'à vous monsr pour ne pas m'attirer la colere des moines Benedictins; ne m'allés point deferer au St office, où ils sont puissants. L'heritier de cet auteur est fort Bizarre. J'ay deja essayé de tirer un extraict de luy de ce dessein, je le feray ancore à vostre consideration, n'i ayant rien que je ne fasse volontiers pour vous obliger. Tout à vous
Nicaise
Je suis mr dans mon Tusculum depuis un mois, j'i resteray ancore autant de tems, avant que de retourner à la ville.