Series II Band 3 · No. 134.
LEIBNIZ AN LOUIS COUSIN
*Monsieur
J'avois pris la liberté de vous écrire dernierement pour deux raisons; mais ayant appris que l'une ne peut plus avoir lieu, j'espere que vous prendrés l'autre en bonne part. Cependant pour redresser ce qui pourroit tourner à mon prejudice, j'ay esté obligé de faire l'Apologie que voicy dont je vous supplie de faire part au public suivant vostre bonté et vostre equité ordinaire. Je me flatte que vous trouverés, Monsieur, comme qu'il n'y a rien que de moderé, et qu'aussi Messieurs les Cartesiens mieux informés me feront la justice de croire, que ce je n'ay point parlé ny par animosité, ny par ambition, comme on m'impute[,] mais pour le bien public, et que je n'attaque point la pieté de M. des Cartes non plus que la leur. Lorsque je croy qu'on peut tirer des mauvaises consequences de quelques endroits des principes de cet auteur, j'ay eu soin d'adjouter des eclaircissemens, qui auront peutestre quelque utilité, car je ne crois pas que des simples Apologies ou disputes personnelles doivent charger vostre Journal des Sçavans. J'ay partagé ce discours cyjoint en deux, parce qu'il est trop grand pour un journal. Je suis cependant avec zele
Monsieur vostre etc.
P.S. J'ose aussi vous supplier, que lors qu'on repliquera peutestre contre moy, ou en des rencontres semblables, vous vouliés avoir la bonté de faire marquer mon nom seulement par les lettres initiales.