Series II Band 3 · No. 133.

HENRI BASNAGE DE BAUVAL AN LEIBNIZ

31. Juli [1697]. [98.141.]

French

31 de Juillet

Il est vray Monsieur que M. de Bernoulli m'a averti de l'erreur que j'ay commise à votre égard en parlant de son problême. Je la reparerai à la premiere occasion. En même temps il m'a envoyé quelques observations, qui parôitront dans le prochain quartier de mon Journal. On imprime le Cosmo-theoros de M. Hugens: mais je n'ay pas oüy dire qu'on imprime autre chose de lui. M. de Volder qu'il a nommé pour la revision, et pour le choix de ses ouvrages n'etoit pas d'avis que le Cosmotheoros fust rendu public. Il apprehende que cela ne fasse tort à la memoire de M.r Hug. parcequ'il est entré dans un trop grand detail à l'egard des habitans des Planetes. Je ne vous repeterai point les nouvelles litteraires qui sont dans le dernier quartier de mon Journal. Je suppose que vous les avez vûes. Il n'y a d'ailleurs rien de fort considerable. On ne me parle dans mes lettres de Paris que d'une Histoire de Henri 7, Roi d'Angleterre: Et du livre posthume d'un Jesuite nommé du Londel intitulé les Fastes des Rois de la maison d'Orleans, et de celle de Bourbon depuis 1497 jusqu'en 1697. On a aussi publié Chevreana; quoy que M. Chevreau soit encore vivant. Apparemment qu'il a recueilli lui même ses bons mots. Le Quietisme fait toujours beaucoup de bruit; et principalement à Rome, où l'on poursuit avec chaleur la condamnation du livre de M. l'Arch. de Cambray. Cependant le Pape lui a adressé un bref, qui a plutost la forme d'un billet, où il le loûe en termes generaux; sans rien determiner sur le fond. Il a ecrit sur le même ton à M. l'Ev. de Meaux. Selon la Politique ordinaire de la cour de Rome, elle ne decidera rien apparemment entre ces deux Prelats, pour ne point choque[r] l'une ou l'autre faction. Je n'ay point entendu parler du jugement des censeurs de Rome sur le livre du Card. Sfrondate. Vous dites qu'ils l'ont epargné. Si cela est les intrigues y ont bien contribué, car ils se sont bien remuez pour le defendre. On dit aussi «qu'un» Benedictin Allemand est allé à Rome exprés pour defendre le Card. Sfrondate, et qu'il debite que les Evêques François ne sollicitent la censure de son livre que pour se venger de ce que le Card. a ecrit autrefois contre le clergé de Fr. pour les interests de la Cour de Rome. Les Jesuites ont à Rome une affaire plus delicate, et qui les interesse bien davantage. M. Maigrot Eveque d'une ville d'Italie a publié un ecrit par lequel il pretend prouver que les Jesuites permettent l'Idolatrie à leurs chretiens de la Chine, et que tout ce qui a eté allegué par le P. Couplet pour les honneurs qu'on rend à Confucius, et par le P. le Telier, n'est qu'un déguisement pour excuser le culte idolatre qu'ils laissent pratiquer à leur Proselytes. Les ennemis des Jesuites pressent fortement la decision du procez; parcequ'ils prevoyent bien que ce seroit une sensible mortification pour les Jesuites, s'ils ont le chagrin de succomber. A propos d'Inquisition M. Jurieu poursuit M. Bayle devant le Consistoire de Rott. pour son Dictionnaire. Il s'y trouve attaqué en tant d'endroits, qu'il cherche à s'en venger en faisant flêtrir l'auteur. Je souhaiterois que M. Bayle parmi une si agreable erudition, n'eust point mêlé mille bagatelles, qui sont au dessous d'un aussi beau genie, et que sur certaines matieres il n'eust point donné de prise à ses ennemis. Je ne sçay si vous avez vû la Critique historique, politique, et comique sur les Loteries par M. Leti. Ce livre lui attire un nombre infini d'ennemis, parcequ'il n'y a epargné aucun de ceux qui ne lui plaisent point. Il y a aussi debité une infinité de choses avec beaucoup de hardiesse, et peutêtre avec un peu d'imprudence. Comme il n'a pas non plus assez menagé la Religion, il a aussi soulevé les Theologiens, et cela servira de pretexte aux offensez pour se venger. Au reste je vous rends graces des avis que vous me donnez sur les 2 livres dont j'ay parlé comme s'ils etoient nouveaux. J'ay eté trompé par ceux qui m'en ont ecrit, et j'ignorois absolument qu'il y en eust des editions plus anciennes. Pour vous payer de vos avis obligeants, je vous ay fait faire par M. Leers la reponse que je vous envoye. Je suis

Monsieur toujours tres sincerement votre tres humble et tres obeyssant serviteur

Basnage de Bauval A Monsieur Monsieur de Leibnits Conseiller de S.A.E. A Hanover