Series II Band 3 · No. 132.

CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ

Dijon, 25. Juli 1697. [125.137.]

French

Dijon le 25 Juillet 1697

Voilà monsieur ce que vous desirés pour vostre amy de la part de mr Cassini et de mr de Lahyre, qui m'a esté envoyé obligeamment de celle de monsr l'abbé Bignon qui allant à la campagne pour un mois lorsqu'il recût ma lettre chargea le fameux monsr Simon (qui demeure chés luy depuis 4 ans en qualité de son Bibliothecaire) de voir ces messrs et d'obtenir d'eux ce que je luy demandois; ce qu'il a faict. Il m'a ecrit une grande et obligeante lettre, où il me mande que ces messrs ne m'ont pas oublié et luy ont dit qu'il n'estoit pas necessaire d'employer autre secours pour obtenir d'eux ce qu'on leur demandoit. Mr Simon me dit plusieurs nouvelles litteraires et sur tout qu'on n'imprime presentement à Paris que des bagatelles, dont mr Pinsson pourra vous faire part; je luy ay mandé de vous envoyer la lettre imprimée sur l'oraison des quietistes où l'on decouvre leur illusions et la lettre pastorale de mr l'eveque de Noyon sur ce subjet qui est forte et eloquente. Nous attendons par le prochain courier de Rome, ce qu'on y aura faict à l'egard du livre de mr de Cambray. Nous avons vû le bref de sa Ste à ce prelat qui n'est point relatif à ce livre, mais une reponse fort courte à la lettre que ce prelat luy avoit ecritte et qui ne dit rien si non qu'il est edifié de son zele; il y a un bref de ce pape à mr de Meaux, où il traicte ce prelat (à ce qu'on m'a dit) de sixieme pere de l'eglise, on a dit que St Bernard estoit le cinquieme pere de l'eglise, et mr de Meaux sera le 6me. J'ay dit à mr Pinsson de vous envoyer ces brefs comme il vous a envoyé les lettres de monsr l'abbé de la Trappe qui me mande qu'il ne croyoit pas qu'on en dust jamais parler, qu'il s'y explique en si peu de mots que cela ne meritoit pas d'estre relevé. On ecrit beaucoup de choses à ses amis qu'on ne veut pas qui aillent plus loin; comme la reflexion qu'il m'avoit faicte dans l'une de ses lettres sur la mort de mr Arnaud, que mons. Bourdelot comuniqua à monsr Racine et qui a faict tant de bruit et donna lieu à cette lettre attribuée au P. Quesnel sur cette reflexion qu'il a desavouée et qui est d'un moine rempli de fiel et de venin contre ce sr Abbé.

J'ay ecrit fort au long à monseigr d'Avranches tout ce que vous m'avés mandé sur vostre etymologie du mot de Germains. J'attends sa reponse pour vous en faire part; je croy que mr Pinsson vous aura envoyé le journal des scavants où l'on a mis l'extrai[ct] de la lettre que vous m'avés ecrite sur la philosophie de mr Descartes; je ne scay si l'on y aura mis quelque reponse de mr Regis comme on m'avoit ecrit qu'il devoit faire. On souhaitteroit fort de voir tout ce que vous avés faict contre le systeme de ce philosophe; j'ay mandé que vous en feriés part à monsr d'Avranches pour le mettre dans la 1ere edition nouvelle qui se fera de son Censura philosophiae Cartesianae et que pour lors si mr Regis ou d'autres avoient quelque dessein d'y repondre vous seriés bien ayse de leur donner toutes sortes d'eclaircissement sur les difficultés qu'ils se formeroient; n'ayant rien tant à coeur que de faire voir la verité dans vos systemes de philosophie. J'ay parlé à monseigr d'Avranches de Littus saxonicum, et j'attends des nouvelles de mr Simon et de mr Clement qui est à la Bibliotheque du Roy, touchant le livre de mr Bohorris que vous ne pouvez deterrer dans vos quartiers. On a commencé à Utrêch un nouveau Journal en latin qui paroistra de 2 mois en deux mois sous le titre de Bibliotheca novorum librorum, etc. Monsr Graevius a engagé l'auteur à ce travail. On a imprimé a Coppenhagen le musaeum ou cabinet du Roy de Danemark, concernant les choses naturelles et artificielles qui s'y trouvent; Je voudrois avoir quelque chose de meilleur à vous mander pour repondre à tant de belles choses dont vous me faictes part. Je suis monsieur tout à vous

Nicaise.