Series II Band 3 · No. 125.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Dijon, 27. Juni 1697. [119.132.]
Dijon le 27. Juin 1697
Je dois reponse monsieur à deux de vos lettres toujours remplies de belles et bonnes
choses. Je recus la derniere lundy dernier, où vous aviés mis un memoire d'un scavant
astronome de Berlin que vous me recommandiés; Je l'envoye le meme jour à monsr l'Abbé
Bignon president de l'academie Royale des sciences. J'aurois pû l'envoyer à monsr Cassini, ou
à monsr de La Hyre; Je connois peû le dernier, ne l'ayant vû qu'une fois à l'observatoire avec
deffunct monsr Ouvrard nostre bon amy. Pour monsr Cassini, Je luy ay souvent porté les
observations astronomiques de monsr Fatio de Duillier de Geneve, pendant qu'il estoit ancor à
Geneve; Je croy que monsr l'abbé Bignon se fera un plaisir de servir vostre amy et monsr de
Spanheim par qui je luy ay recommandé sa personne. J'ay donné ordre a monsr Pinsson de vous
envoyer les livres de monsr de Cambray et de monsr de Meaux, et d'y adjouster les instructions
morales de monsr l'abbé de la Trappe; Je croy qu'il les aura porté à monsr de Brosseau, et qu'il
vous aura ecrit pour vous faire offre de ses services comme Je l'en ay invité. Il est advocat fils
de monsr Pinsson dont vous me parlés qui est mort il y a six ou sept ans et qui a ecrit de la
Regale et autres matieres de droict. Il est honneste homme, a beaucoup de connoissances et
d'amis et ce qu'il ne scaura pas par luy meme, il l'apprendra par les autres, et vous en fera part.
Il est amy de mr Baillet et de tous les scavants de Paris. Il se fera un plaisir de vous rendre
service; et il n'i a personne dans la rep. des lettres qui ne se le fasse volontiers. J'attends de
mons. d'Avranches des nouvelles concernant l'eveque de Coutance; car il est de retour de son
voyage de Normandie, et je luy ay ecrit, et l'ay prié de nous en dire des Nouvelles; je luy feray
part de toutes vos observations Nouvelles sur le mot de Germains et du plaisir que vous avés eû
de le voir dans vos sentimens à cet egard. J'escriray au 1er jour à monsr Baluze pour luy
demander des Nouvelles du livre d'Adami Bohoriz horae Arcticae de Antiqua Lingua Carniolana.
Je suis bien ayse que vous ayiés exhorté monsr Morel de nous donner de sa facon une
petite introduction à la medaille et d'y adjouster tout ce dont vous me parlés. Je voudrois bien
qu'un de mes amis de cette ville eust vescû assés de tems pour achever un grand ouvrage qu'il
avoit commencé De fide veterum Instrumentorum contre la diplomatique du P. Mabillon, où il
faisoit entrer une infinité de choses, qui auroient contribué merveilleusement à la Critique; l'ars
critica de monsr Leclerc est achevé d'imprimer en 2 vol. 8o, monsr son frere m'ecrit de Geneve
qu'il va recommencer une edition du Moreri où il corrigera beaucoup de fauttes; quelques uns
croyent qu'il l'augmentera de ce qu'il trouvera à son subject dans le dictionnaire critique de
monsr Bayle, dont l'impression (à ce qu'on me mande) a esté distribuée en 3 mois de tems. Je
recûs hier une lettre de monsr Cuper de Deventer, où il me parle de plusieurs medailles
grecques qu'il a recû depuis peu d'Alep, il attend avec autant d'impatience que monsr de
Spanheim les dissertations du p. Bonjour Augustin qui est à Rome auprés de mr le cardal Noris;
ce p. va travailler aux Antiquités Aegyptiennes de la part du pape; Je vous prie d'asseurer monsr
de Spanheim de mes respects et de luy dire que J'ay ecrit à mr Leers et à mr Bayle que nous
n'avions pas recû son Julien et qu'il eût soin de nous le faire tenir et à monsr de Spanheim. Mr
Cuper me parle des Antiquités Grecques de mr Gronovius qui commencent à paroistre. Voicy
comme il m'en parle. Monsr Gronovius a publié son Thesaurus Antiq. Graecarum, et
*comme il ne pardonne pas les moindres Beveües, il taxe le p. Hardouyn de ce qu'il n'a pas bien
marqué l'accent d'un mot Grec. Il traitte fort rudement monsr Fabretti; il n'est pas dans
quelques endroits de mon sentiment. Et il parle de vous à l'occasion de la medaille de Midas en
ces Termes: in quo id notari meretur, quod cum Ill. Sponius, prout exhibemus,
~~ita primus edidisset, paulo post extiterit vir doctus, qui parum emendate id
ab eo factum arguerit, et hinc aliud ectypum ediderit, quod hic additum
cernis:~~ et il n'a pas trouvé bon, comme vous le voyés, de vous nommer, dont je ne puis pas
comprendre la raison* etc. Pour moy monsieur je n'en suis pas estonné; je n'ay point l'honneur
d'estre connû de mr Gronovius, ni son amy comme je le suis de monsr Graevius et que je l'ay
esté du deffunct p. Kirker comme les lettres des uns et des autres le temoignent; cependant ils
m'ont oublié tous deux[,] le dernier dans son latium Antiquum, où je luy ay fourni ce qui est de
plus beau qui est le dessein de la villa Hadriana, que j'obtins de monsr le cardinal Barberini qui
l'avoit dans sa Bibliotheque, et le 1er dans le Junius de pictura veterum où il n'a dit mot de
moy; mais il reparera cette fautte dans ses Antiquités Romaines où il me promet de mettre
Nostre MINERVA ARNALYA, ce n'est pas monsr un Dieu Topique, comme plusieurs pourroient
se l'imaginer; il n'i a rien de si deû à Minerve que cet Attribut d'Arnalye; et il est étonnant que
parmi cent noms qu'on luy donne, on ne luy aye pas donné celluy cy; on luy donne bien celluy
de Svth́ra de servation et de liberation; mais vous ne trouvés nulle part dans Gruter, ni
aillieurs qu'on luy donne celluy de servation de liberation de custos Agnorum et Ovium,
qui luy est neanmoins plus convenable que mil autre, ob Lanificium ab illa Inventum ARNALYA
ăpò toỹ lýein toỳw [^%)/arnaw] a servando a liberando a custodiendo Agnos, agnas et oves. Et
c'est pour cela qu'elle estoit particulierement reverée dans nostre village où se trouve l'Inscription
qui est tres belle.
Ce que vous me dites monsr des lettres de cette demoiselle Angloise ecrittes à monsr Norris sur l'amour de Dieu desinteressé est fort agreable; mais nous n'avons pas vû icy vostre codex Juris gentium où selon la definition que vous en donnés dans la preface vous dites qu'on a de l'amour quand on est disposé à trouver du plaisir dans la felicité d'autruy, et vous adjoustés que cela suffit pour faire cesser la dispute ... Je voudrois bien monsr que vous eussiés faict cesser de meme les disputes qu'il y a si long tems qui regnent parmi les hommes sur la praedestination et que vous leur eussiés faict entendre en quoy consiste le veritable different entre le necessaire et le contingent, qu'ils ne remarquent pas assés; parcequ'ils manquent des veritables definitions à cet egard, et qu'ils font un mystere de cette question semblable a celluy de la trinité et de l'Incarnation; ce qui les faict recourir à ces paroles de l'Apostre O? Altitudo Divitiarum sapientiae et scientiae Dei, quam incomprehensibilia sunt Indicia ejus, et Investigabilis via ejus? qu'on peut exprimer par cellescy du Comte Bonarelli dans sa Philis de Scyr Le vie de gli Dei Sono oscure, e Ritorte Ch'il crederebbe? in somma Il cielo e un Laberinto, in cui si perde Chiunque va per ispiarne i fatti.
Je n'ecris point à monsr de Spanheim, ni à monsr Morel pour cette fois, faictes leur en bien mes excuses. Le dernier sera peut estre un peu scandalizé de ce que Je luy ay parlé un peu librement contre le Quietisme et les auteurs mystiques; faictes luy part des ouvrages de monsr de Cambray et de monsr de Meaux, et sur tout de celluy de monsr l'abbé de La Trappe; et si après l'avoir lû il n'en a pas un meilleur sentiment que de ceux de monsr Poyret et de tous les mystiques Je croyray qu'il a perdu le bon goust. Pour moy je vous advoüe que depuis que je me connois je n'en ay point lû de meilleur en ce genre. Quoy que cet ouvrage (à ce que m'a mandé cet abbé) ne soit qu'un recüeil de quelques extraits de ses lettres faict par un de ses amis, qu'il a asseurement Retouché, nous attendons de luy des Reflexions sur les evangiles qui seront asseurement belles et dignes d'estre lûes et meditées; Je voudrois bien avoir un extrait de la lettre qu'il a ecritte à monsr de Meaux touchant le livre de monsr de Cambray; Monsr Baillet m'a mandé qu'elle estoit forte et vigoureuse; Il est tantost tems de finir puisque me voilà au bout de mon papier et de vous dire qu'on ne peut estre avec plus de sincerité et d'estime Vre tres humble et tres obeissant serviteur
Nicaise
Hanovre