Series II Band 3 · No. 116.

CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ

Dijon, 23. Mai 1697. [114.119.]

French

Dijon le 23. May 1697

C'est Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand~~: repondu contre mon gré monsieur que je tarde tant à vous écrire; l'eveque de Coutance et les~~ ~~*correspondants, que je vous destinois qui m'ont manqué en sont cause. Je n'ay rien trouvé dans nostre chambre des comptes, qui concerne les instructions que vous me demandés du premier; sinon qu'il a esté deputé au concile de Basle avec plusieurs autres eveques et prelats; monseigr d'Avranches pretend vous en dire quelque chose par celle qu'il m'a faict l'honneur de m'ecrire, et dont je vous donneray copie en cellecy. Pour ce qui regarde le correspondant que vous me demandés J'avois jetté les yeux sur un de mes bons amys, qui est monsr Galland qui demeuroit chés monsr Bignon 1er president au grand conseil, l'un de mes meilleurs amis et de mes patrons qui l'avoit recû chés luy à ma recomandation. Depuis la mort de cet illustre magistrat, il a quitté Paris pour se retirer à Caën en Normandie auprés de monsr Foucault l'Intendant qui l'a pris pour son Antiquaire. J'avois voulu monsr vous donner monsr Baillet, qui a renoncé à tout commerce depuis qu'il s'est engagé à faire une vie des SSts chastiée de tout point autant qu'il pourra. Il me marque l'estime qu'il a pour vous et qu'il se seroit faict un tres grand plaisir d'avoir un commerce si utile que le vostre; Je voudrois monsieur en pouvoir profiter moy même et avoir une santé qui me permit de pouvoir faire le voyage de Paris, rien ne me seroit plus agreable que ce commerce; Je seray contraint de vous donner mon correspondant qui est monsr Pinsson advocat au parlement quoy qu'il ecrive aussi mal que moy; c'est un homme qui a beaucoup d'Intrigue à Paris et qui pourra vous estre utile, tant par ses amis que par luy meme. Vous sçavés monsr le bruit qu'a faict et que faict ancore le livre de monsr de Cambray. On parle d'une lettre de monsr l'abbé de la Trappe bien vigoureuse contre ce livre; on me mande que monsr le chancelier a declaré à ce prelat et à monsr de Meaux que l'Intention du Roy estoit que l'on gardast le silence sur les matieres mystiques, et que ce dernier qui avoit ancore quatre volumes à donner in 8o a temoigné qu'on luy faisoit grand plaisir de le decharger de tel fardeau. On voit la lettre des cinq prelats au pape contre le livre posthume du cardinal Sfondrati intitulé Nodus praedestinationis solutus qui a esté mis à l'inquisition, aussi bien qu'un 1er livre *de la priere* de l'Archev. de Cambray, quatre lettres d'une dame pretendûe contre le nouveau* testament du p. Bouhours. On imprime le 4. volume de l'histoire des empereurs de mr de *Tillemont pour la faire marcher de pair avec celle de l'eglise, qui sera neanmoins quatre ou cinq fois plus grande que l'autre dans la suitte; celle de mr l'abbe Fleury quoy qu'exacte n'avance guere, et il y a long tems que le 5. Tome gemit sous la presse. Monsr Bayle qui nous envoye son dictionnaire critique faict un supplement qui pourra grossir à l'egal de l'ouvrage, et qui roulera* *sous un Alphabet entier, on dit que mr Leclerc travaille deja à le rendre inutile, en faisant fondre dans son Moreri ce qu'il y trouve de meilleur, et de plus convenable à ses fins. On parle d'un dessein qu'a le parlement de Paris par ordre de la cour de mediter sur la reformation generale de l'université de Paris, affin d'y travailler en suitte. J'ay faict voir monsr Coste que vous medités sur la philosophie de mr des Cartes, j'ay comuniqué l'extrait de vostre lettre sur ce chapitre à nos amys et de Hollande et de Paris, qui l'ont fort gousté et sur tout monseigr d'Avranches, l'on en a faict part à monsr Regis qui le pourra mettre au Journal des scavants avec quelque sorte de* *reponse, dont on vous fera part si cela est. Le p. Marcianay Benedictin a faict un livre contre Spinosa en francois, et un nommé Teriz allemand en a faict un autre en latin contre le meme auteur. Monsr Fabretti me mande de Rome qu'il a commencé à y faire imprimer ses Inscriptions anciennes; Je souhaitte que l'on travaille de meme bientost en Angleterre à y imprimer celles de monsr Gudius.

En voilà assés monsieur sur les nouvelles communes de la rep. des lettres[,] venons aux particulieres de monseigr d'Avranches qui vous seront plus agreables, et qui vous regardent principalement. Elle est de Paris du 19eme avril.

*Je pars demain pour Gaillon monsr où nostre assemblée provinciale se doit tenir le 23 de ce mois pour l'election d'un agent du Clergé; ce sera un voyage de peu de Jours; J'espere après mon Retour partir pour Bourbon, et aller de là à droitture à Avranches; Je n'avois garde de partir sens repondre à vostre scavante et curieuse lettre du 21 mars, non pas en vous y suyvant pied à pied, les ambarras du depart ne m'en donnent pas le loysir. Avant que de vous parler d'autre chose, Je suis obligé de vous dire que monsr le Doyen de vostre chambre des comptes m'a faict l'honneur de me venir voir et de m'apporter la vie de monsr de Saumaise, avec une lettre de monsr de La Mare digne de son honnesteté. Je porteray cet ouvrage avec moy, et ce me sera un agreable entretien par les chemins; J'en rendray compte à mr de La Mare, que Je vous supplie cependant de saluer de ma part, en l'asseurant de ma parfaicte reconnoissance, et de mes tres humbles services. J'espere voir monsr l'Eveque de Coutance et m'esclaircir de cette deputation de Basle, un de messrs les Grands vicaires m'a dit qu'il croit avoir veû dans le Cartulaire de Coutances quelque chose concernant cette affaire. J'attendray avec impatience la promesse, que me faict monsr Leibniz d'une liste des pilleries de mr Descartes; ce qu'il vous a écrit des dangereuses consequences de ses principes contre la Religion est tres solidement pensé.* *Je suis bien faché que l'edition de l'Alcoran du pere~~ ~~Maracci ait esté sufflaminée; celle de Hambourg quoy que correcte est si salle qu'on ne peut pas s'en accommoder. L'origine que propose mr Leibniz du nom latin des Allemans, ~~Germani~~~~ ~~me semble fort bonne, et me sembleroit ancore meilleure s'il la tiroit d'un peu plus hault; Je croy que le nom des Herminons et des Germains viennent d'Irmin, qui estoit le nom de Mercure; de là vient aussi le nom d'Herminius et d'Hermeneric Roy des Sueves. Les~~ gots porterent des noms en Espagne de la meme origine Hermenegilde, Ermisinde, ~~~~Armengol~~, Ermengandus, d'où est formé le nom Armegandus, que l'on a depuis~~ exprimé par Armand; Ermegildes, et Ermildes; donnés vous la peine de voir ce que J'ay** **écrit sur cela dans ma demonstration Evangelique. Dans un traicté que J'ay faict ~~autresfois de l'origine et des Antiquités de Caën, ma patrie; J'ay donné l'origine d'un grand nombre de noms, qui nous sont venûs des Saxons, et en suitte des Normands. Cet ouvrage auroit semblé curieux et agreable il y a 50 ans, c'est à dire avant la decadence des lettres, qui sont maintenant aneanties et Dieu veuille que ce ne soit pas sens resource; mais presentement on s'en mocqueroit. Je comuniqueray volontiers à mr Leibniz ce que j'ay remarqué; si j'avois esté aydé de son glossaire saxonique,* Leibniz hat bemerkt: ce n'est pas le mien *j'aurois porté plus loin mes conjectures etc.*

Je croy monsr que vous aurés receû la liste et le memoire de monsr le president Boisot que je vous ay adressé par mr Brosseau qui l'en a remercié; Je suis du meilleur de mon coeur tout à vous

Nicaise