Series II Band 3 · No. 109.

CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ

Dijon, 17. April 1697. [100.114.]

French

Dijon le 17 avril 1697

Il y a long têms monsieur que Je n'ay eu l'honneur de vous ecrire, quoy que j'en aye eû beaucoup d'envie. Je scay combien je perds en ne me procurant pas souvent les vostres, toujours remplies de mille bonnes choses; mais j'avois à repondre à plusieurs demandes que vous me faisiés, sur lesquelles Je voulois estre éclairci auparavant, sur monsr le president Boisot, sur un eveque de Coutance, et sur un Correspondant à Paris. J'ay ecript au 1er une grande lettre, pour l'obliger à vous servir, il l'a faict de bonne grace par le pacquet, que vous avés dû recevoir, et que J'envoyay à monsr de Brosseau du moment que Je l'eus recû; je ne l'ay pas ancore remercié; mais je le feray incessamment.

Pour l'eveque de Coutance, je croyois trouver dans les Archives de nostre chambre des comptes les instructions que vous demandés; car les actes du concile de Basle y sont pour la plus part en original; mais ils ne contiennent que ce qui regarde le Dûc de Bourgogne. Il y est bien faict mention de cet eveque avec plusieurs autres qui y furent deputés, et des Instructions qu'ils eurent; mais non point de ce qui regarde les Bohemes; Il faut que cet eveque de Coutance fust un habile homme, et qu'il fust choisy par le concile pour leur estre envoyé; monsgr d'Avranches s'informera de ce faict auprés de l'eveque de ce lieu, lors qu'il le verra dans l'assemblée provinciale, où il doibt estre presentement. Je luy ay faict scavoir tout ce que vous desirés à l'egard de la philosophie de monsr des Cartes, dont l'on voit le portraict parmi ceux des hommes illustres de France morts dans ce siècle, dont l'on a retranché celluy de monsr Arnaud et de monsr Paschal, qui meritoient mieux d'y paroistre que mils autres. Ce que vous m'avés ecrit de la philosophie de mr des Cartes par rapport à la Religion est digne de vos scavantes Reflexions; j'en ay faict part à un de mes amis de Paris qui le comuniquera à monsr le president Cousin auteur du Journal qui pourra l'y mettre. On croit que ce president occupera une place tout recemment vacante à l'academie francoise par la mort de monsgr l'eveque d'Hacx, et il la merite; monsr de Bauval pourra mettre aussi dans son journal de Hollande cette reflexion; mr Foucher est mort. Il profitoit beaucoup de vos lumieres et de vos lettres qui luy donnoient l'occasion de se faire paroistre souvent dans le journal.

Pour ce qui est d'un Correspondant à Paris qui vous instruise des nouvelles litteraires et qui vous envoye des livres; Je voudrois bien l'estre moy même, et avoir assés de santé pour retourner en cette capitale du Royaume veritable azile des scavants où monsgr d'Avranches et tous mes amis m'invitent; je m'estimerois trop heureux de cette qualité qui me donneroit de grands plaisirs et de grands avantages par un commerce si agreable; J'avois pensé à vous donner monsr Galland; mais vous apprendrés par celle que J'ecris à monsr Morell qu'il a quitté Paris; c'estoit bien vostre faict; J'ay ecrit à monsr Baillet pour cela, j'attends sa reponse. Je luy ay dit que quoy que vous ne fussiés pas tout à faict d'accord avec monsr Descartes dont il est adorateur cela n'empescheroit pas qu'il ne prit ce parti qui luy devoit estre agreable; s'il y apportoit quelque difficulté nous tacherons d'en trouver un autre, n'i ayant personne qui ne doive ambitionner ce commerce avec vous.

Que je vous ayme monsr de prendre le parti de la verité et de la Justice comme vous faictes? monsr Bayle vous a imité dans son dictionnaire critique comme je luy mande; Il m'a vangé contre le silence de monsr Graevius, comme vous avés faict monsr Rabener dans les actes des scavants de Leipzic contre le mauvais traitement de monsr Beger. Il seroit à souhaitter que nous eussions de vostre faco̧n un Journal exempt de toute flatterie, mensonge, et goguenarderie, fade et inutile, dont la plus part de ces ouvrages sont remplis. Exhortés monsr Morell comme Je faicts pour se delasser un peu de son grand travail à nous donner en latin l'introduction à la medaille du p. Joubert Jesuite, ou plutost la sienne; car ce pere l'a toute prise de ses instructions, et des lumieres qu'il luy a donné sur ce subject; Je suis monsieur du meilleur de mon coeur Tout à vous

Nicaise