Series II Band 2 · No. 94.
ANTONIO ALBERTI AN LEIBNIZ
Rom, 16. Dezember 1690. [83.106.]
Monsieur
J'embrasse avec Joye l'occasion que me presente mr le Baron Bodeni de vous asseurer de nouveau de mes tres humbles respects. Il est extrémément en peine de n'avoir point receu de vos lettres depuis cinq ou six mois. Ce long silence m'auroit donné aussi beaucoup d'inquietude, si je n'avois point eu le bonheur de veoir icy une de vos lettres. Ce qui fit que j'ecrivis dernierement à mr Bodeni que vous estiez en parfaite [santé], et qu'il devoit attribuer l'interruption du commerce dont il se plaignoit à toute autre chose qu'à une maladie, ou à quelque autre semblable accident. Nous n'avons Monsieur rien de nouveau à vous mander. Cet honnete homme qui estoit auprés de mr Le Duc de Roannez est mort depuis 7 ou 8 mois assez Brusquement. C'est ainsi au moins qu'on l'a mandé de Flandres. Et je crois mesme que la nouvelle est seure, à moins que mes correspondans ou moy même n'ayons equivoqué sur le Nom de cet honnete homme; car je vous avoue que je ne m'en souviens plus, ainsi je vous prie de me mander le nom de celuy dont vous desireriez sçavoir des Nouvelles; j'ay icy un de mes amis qui sçait parfaitement bien la carte de ce pais et qui pourra me donner satisfaction, sans etre obligé de recourir si loin. L'affaire de Mgr Gabrieli est en etat d'estre bien-tost terminée; on pretend mesme qu'il en sera quité à bon compte. Pour ce pere de L'oratoire de France, j'en ay perdu la piste, tant parcequ'il a changé de Maison que parceque je n'ay plus de Commerce dans ce pais-là. Ce n'est pas que dès qu'on aura reglé le passage des courriers par le Piémont, et qu'ainsi j'auray sujet d'esperer que mes lettres ne se perdront plus comme elles ont fait jusqu'à present, je ne manqueray point de renover mon commerce avec les amis que j'ay de ce costé là.
Vous m'obligeriez Monsieur sensiblement de vouloir bien me dire en peu de mots les raisons que vous avez de ne pas croire que l'essence du corps soit la longueur, la largeur et la profondeur. Comme je vois que beaucoup du monde est prevenu de cette idee, je seray bien-aise de sçavoir precisément à quoy je m'en dois tenir.
Je suis avec tout le respect et l'estime possible
Monsieur Votre tres humble et tres obeissant serviteur Ant. Alberti
Ce 16 decembre à Rome.
A Monsieur Monsieur Leibnits Coner de son Alt. Sme De Brunsvic. A Hannover.