Series II Band 2 · No. 83.

ANTONIO ALBERTI AN LEIBNIZ

[Rom,] 2. September 1690. [77.94.]

French

ce 2 Sept. 1690

J'ay Am Kopf des Briefes von Leibniz' Hand: Alberti esté si long temps Monsieur à faire réponse à la derniere lettre dont Il vous a plû m'honorer, parceque je souhaitois de pouvoir vous donner quelque satisfaction sur diverses choses dont vous souhaitiez d'être informé. J'ay esté un mois entier à attendre une réponse de Mr Le Baron Bodeni, mais Il n'avoit gardé de le faire puisqu'il n'a pas receu la lettre que je luy envoyai. Il seroit inutile que je vous entretinse icy de ce qui a donné lieu à cette disgrace, je suppose, qu'il vous aura informé exactement de toutes choses. Enfin Jeudy dernier parut le decret si attendu du St office contre le fameux peché philosofique, la proposition est declarée temeraria, piarum aurium offensiva, scandalosa, et erronea. Le mesme decret porte encore la condemnation d'un[e] autre proposition qu'un professeur Jesuite fit soutenir l'année derniere au 14 Janvier touchant l'amour de Dieu. Zu l'amour de Dieu in A eine Bemerkung von Leibniz' Hand: comme si on n'y estoit pas obligé. Voicy les propres termes de la These. Bonitas *objectiva consistit in convenientia objecti cum natura Rationali, formalis vero in conformitate actus cum regula morum. Ad hoc sufficit ut actus moralis tendat in finem ultimum: Hunc ~~homo non tenetur amare, neque in principio, neque in decursu vitae suae moralis~~*. Cette derniere proposition est condamnée dans le decret comme hérétique. Vous ne sçauriez croire quelles Intrigues et quels efforts n'ont pas fait ces bons peres pour empêcher ce coup; mais toutes leurs machines ont esté deconcertées par la fermeté et le Zele des deux Cardinaux sçavoir du Cardinal Casanata, et du Cardinal Colonna qui rabroua cruellement son confesseur, qui est Jesuite, et que ses Confreres avoient envoyé vers cette eminence comme le plus propre de tous à la faire entrer dans leurs Intérets. Le St office a encore determiné qu'on feroit le procés aux deux professeurs, et que le General seroit reprimendé et ammoneté. Mais pour les deux professeurs comme Ils sont en France, Ils sont hors d'atteinte aux coups de l'inquisition. Les affaires des Jesuites sont toujours brouillées. et quoique le pere Defontaine assistant de France soit icy de retour aussi bien que le p. Calvo procureur general de ce royaume, on ne voit pourtant pas qu'ils ayent rien gagné auprès du General à l'egard de la separation de leurs Maisons de Flandres qui est le sujet de leur division.

Mr Le cardinal de Bouillon receut avanthier des depeches de France qui luy apporterent la nouvelle de son rétablissement dans les Bonnes graces du roy. Mr Bertet partira avec luy le 20e du courant pour s'en retourner en France.

Mr Arnaud a eté obligé de quiter les Pays Bas par une Intrigue de ses ennemis. Je crois qu'à présent Il est à Liege, mais Je vous prie de tenir cecy dans le secret.

Pour cet honnete homme qui estoit auprès de mr Le duc de Roanez, et dont vous desiriez sçavoir des nouvelles, je n'ay pas manqué de m'en informer, et de faire ecrire sur ce sujet, mais je n'ay pas pu jusqu'à present en estre eclairci.

Pour ce p. de L'oratoire à qui vous auriez esté bien aise que j'eusse communiqué vos veues sur la liberté je vous diray que je n'espere point de recevoir de long temps de ses nouvelles, parceque le Commerce de lettres entre cette ville et ce royaume a presque entierement cessé. Cela est si vray que mr L'ambassadeur de France est quelquefois les 15 jours «vers» les 3 semaines sans recevoir de lettres de la cour. Les Banquiers de France sont au desespoir de cette disgrace, et Il n'y a gueres d'apparence que ce commerce se retablisse que quand la paix se fera avec le Duc de Savoye.

Le pape marie son neveu avec la niece du Cardinal Altieri, et en consideration de cette alliance nous verrons un Cardinal plus Jeune que le Cardinal patron. C'est un enfant de 18 ou 19 ans qui est encore au college. On donne encore pour asseuré le mariage du prince de Palestrine avec une niéce du pape.

J'oubliois de vous dire que le Cardinal de Bouillon s'est déclaré hautement pour les Jesuites soit dans le St office, soit dans les Congregations de propaganda fide. Cela a esté pour faire sa Cour au pere de la Chaise et obliger par là cette puissance à luy rendre des Bons offices auprés du Roy.

Je vous prie Monsieur de m'honorer toujours de votre amitié, et de m'employer librement en toutes les occasions où vous me jugerez propre à vous rendre mes tres humbles services. Je suis de tout le coeur, et avec tout le respect possible

Monsieur votre tres humble et tres obeissant serviteur A. Alberti