Series II Band 2 · No. 57.

LEIBNIZ AN ANTOINE ARNAULD

[Hannover, 9. Oktober 1687.] [56.58.]

French

Monsieur

Comme Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: A Monsieur Arnaud Septembre 1687 je feray toujours grand cas de vostre jugement, lors que ^#.[vous In A1 u. A2 : vous pourrez vous pouvés vous^#.] instruire de ce dont il s'agit, je veux faire icy un effort pour tacher d'obtenir, que les positions que je tiens importantes et presqu'asseurées, vous paroissent si non certaines, au moins soutenables. Car il ne ^#.[me In L nachträglich: me semble point difficile paroist pas difficile^#.] de repondre aux doutes qui vous restent, et qui à mon avis ne viennent, que de ce qu'une personne prevenue, et distraite d'ailleurs, quelque habile qu'elle soit, a bien de la peine à entrer d'abord dans une pensée nouvelle sur une [matiere] abstraite des sens où ny figures, ny modelles, ny imaginations nous peuvent secourir.

J'avois dit que l'ame exprimant naturellement tout l'univers en certain sens, et selon le rapport que les autres corps ont au sien, et par consequent exprimant plus immediatement ce qui appartient aux parties de son corps, doit en vertu des loix du rapport, qui luy sont essentielles, exprimer particulierement quelques mouvemens extraordinaires des parties de son corps, ce qui arrive ^#.[lorsqu'elle In A1, A2 u. E3 : lorsqu'elle sent en sent^#.] la douleur. A quoy vous repondés, que vous n'avés point d'idée claire de ce que j'entends ^#.[par In E3 : par ce mot le mot^#.] d'exprimer; si j'entends par là une pensée, vous ne demeurés pas d'accord que l'ame a plus de pensée et de connoissance du mouvement de la lymphe dans les vaisseaux lymphatiques, que des Satellites de Saturne, mais si j'entends quelque autre chose, vous ne sçavés (dites vous) ce que c'est, et par consequent (supposé que je ne puisse ^#.[point In A2 : point l'exprimer distinctement l'expliquer distinctement)^#.] ce terme ne servira de rien pour faire connoistre comment l'ame peut se donner le sentiment de la douleur, puisqu'il faudroit pour cela (à ce que vous voulés) qu'elle connust déjà qu'on me pique, au lieu qu'elle n'a cette connoissance que par la douleur qu'elle ressent. Pour ^#.[repondre In L nachträglich: repondre à cela, j'expliqueray j'expliqueray^#.] ce terme, que vous jugés obscur et je l'appliqueray à la difficulté que vous avés faite. Une chose exprime une autre (dans mon langage) lorsqu'il y a un rapport constant et reglé entre ce qui se peut dire de l'une et de l'autre. C'est ainsi qu'une projection de perspective exprime son Geometral. L'expression est commune à toutes les formes, et c'est un genre dont la perception naturelle, le sentiment animal, et la connoissance intellectuelle ^#.[sont In A2 : sont les especes des especes.^#.] Dans la perception naturelle, et dans le sentiment, il suffit que ce qui est divisible et materiel, et se trouve dispersé en plusieurs estres, soit exprimé ou representé dans un seul estre indivisible, ou dans la substance qui est douée d'une veritable ^#.[unité. In L nachträglich: unité. On ne peut point douter de la possibilité d'une telle repre- sentation de plusieurs choses dans une seule, puisque nostre ame nous en fournit un exemple. Mais cette Et cette^#.] representation est accompagnée de conscience dans l'ame raisonnable, et c'est alors qu'on l'appelle pensée. Or cette expression ^#.[arrive, In L nachträglich: arrive par tout, parce parce^#.] que toutes les substances sympathisent avec toutes les autres et reçoivent quelque changement proportionnel, repondant au moindre changement qui arrive dans tout l'univers, quoyque ce changement soit plus ou moins notable à mesure que les autres corps ou leurs actions ont plus ou moins de rapport au nostre. C'est de quoy je crois que M. des Cartes seroit demeuré d'accord luy méme, car il accorderoit sans doute, qu'à cause de la continuité et divisibilité de toute la matiere le moindre mouvement étend son effect sur les corps voisins, et par consequent de voisin à voisin à l'infini, mais diminué à proportion; ainsi nostre corps doit estre affecté en quelque sorte ^#.[par In E3 : par le changement de les changemens de^#.] tous les autres. Or à tous les mouvemens de nostre corps repondent certaines perceptions ou pensées, plus ou moins confuses de nostre ame, donc l'ame aussi aura quelque pensée de tous les mouvemens de l'univers, et selon moy ^#.[toute In A1 : toute autre ame en substance ^#', In A2 : toute nostre ame ou substance ^#', In E3 : toute autre ame ou substance autre ame, ou substance^#.] en aura quelque perception ou expression. Il est vray que nous ne nous appercevons pas distinctement de tous les mouvemens de nostre corps, comme par exemple de celuy de la lymphe, mais (pour me servir d'un ^#.[exemple In E3 : exemple déja que j'ay déja^#.] employé) c'est comme il faut bien ^#.[que In L nachträglich: que j'aye quelque perception du je m'appercoive un peu du^#.] mouvement de chaque vague du rivage à fin de me pouvoir ^#.[appercevoir In E3 : appercevoir ce de ce^#.] qui resulte de leur assemblage, sçavoir de ce grand bruit, qu'on entend proche de la mer. Ainsi nous sentons aussi quelque resultat confus de tous les mouvemens qui se passent en nous, mais estant accoustumés à ce mouvement interne nous ne nous en ^#.[appercevons In E3 : appercevons avec distinction et reflexion, distinctement et avec reflexion,^#.] que lorsqu'il y a une alteration considerable, comme dans les commencemens des maladies. Et il seroit à souhaiter que les medecins s'attachassent à distinguer plus exactement ces sortes de sentimens confus que nous ^#.[avons In A2 : avons dans nostre de nostre^#.] corps. Or puisque nous ne nous appercevons des autres corps, que ^#.[par In A1 u. A2 : par les rapports qu'ils le rapport qu'ils^#.] ont au nostre, j'ay eu raison de dire que l'ame exprime mieux ce qui appartient à nostre corps, aussi ne connoist on les satellites de Saturne ou de Jupiter ^#.[que In L nachträglich: que suivant un par un^#.] mouvement qui se fait dans nos yeux. Je croy qu'en tout cecy un Cartesien sera de mon sentiment, excepté que je suppose qu'il y a à l'entour de nous d'autres ames ^#.[ou In L nachträglich gestr.: ou formes substantielles formes substantielles^#.] que la nostre, à qui j'attribue une expression ou perception inferieure à la pensée au lieu que les Cartesiens refusent le sentiment aux bestes, et n'admettent point ^#.[de In E3 : de formes substantielles hors forme substantielle hors^#.] de l'homme. Ce qui ne fait rien à la question que nous traitions icy de la cause de la douleur. Il s'agit donc maintenant de sçavoir comment l'ame s'apperçoit des mouvemens de son corps, puisqu'on ne voit pas moyen d'expliquer par quels canaux l'action d'une masse estendue passe sur un estre indivisible. Les Cartesiens ordinaires avouent de ne pouvoir rendre raison de cette union; les auteurs de l'hypothese des causes occasionnelles croyent que c'est nodus vindice dignus, cui Deus ex machina intervenire debeat; pour moy ^#.[je In A2 : je l'exprime d'une l'explique d'une^#.] maniere naturelle, par la notion ^#.[de In E3 : de l'estre ou de la substance accompli la substance ou de l'estre accompli^#.] en general, qui porte que tousjours son estat present est une suite naturelle de son estat ^#.[precedent, In L nachträglich: precedent, il s'ensuit que la nature de chaque substance singuliere et par consequent de toute ame car la nature de toute ame^#.] est d'exprimer l'univers, elle ^#.[a In A1 u. A2 : a eté creée d'abord de ^#', In E3 : a d'abord été creée de esté creée de^#.] telle sorte qu'en vertu des propres loix de sa nature il luy doit arriver de s'accorder avec ce qui se passe dans les corps, et particulierement dans le sien, il ne faut donc pas s'etonner qu'il luy appartient de se representer la piqueure lorsqu'elle arrive à son corps. Et pour achever de m'expliquer sur cette matiere, soyent:

État des corps au moment A  État de l'âme au moment A

État des corps au moment suivant B  État de l'âme au moment B

(piqueure)  (douleur) Comme donc l'estat des corps au moment B suit de l'estat des corps au moment A, de même B estat de l'ame ^#.[est In E3 : est suite une suite^#.] d'A estat precedent de la même ame, suivant la notion de la substance en general. Or les ^#.[estats In A1, A2 u. E3 : estats des ames, sont de l'ame sont^#.] naturellement et essentiellement des expressions des estats repondans du monde, et particulierement des corps qui leur ^#.[sont In A2 : sont propres; alors propres;^#.] donc puisque la piqueure fait une partie de l'estat du corps au moment B, la representation ou expression de la piqueure, qui est la douleur, fera aussi ^#.[une In A2 : une partie de l'ame partie de l'estat de l'ame^#.] au moment B; car comme un mouvement suit d'un autre mouvement, de même une representation suit d'une autre representation, dans une substance dont la nature est d'estre representative. Ainsi il faut bien que l'ame s'apperçoive de la piqueure lorsque les loix du rapport demandent qu'elle exprime plus distinctement un changement plus notable des parties de son corps. Il est vray que l'ame ne s'apperçoit pas tousjours distinctement des causes de la piqueure et ^#.[de In A1 u. A2 : de la douleur sa douleur^#.] future, lorsqu'elles sont encor cachées dans la representation de l'estat A, comme lorsqu'on dort, ou qu'autrement on ne voit pas approcher l'epingle, mais c'est parce que les mouvemens de l'epingle font trop peu d'impression alors, et quoyque nous soyons déja affectés en quelque sorte de tous ces mouvemens et les representations dans nostre ame, et qu'ainsi nous ayons en nous la representation ou expression des causes de la piqueure, et par consequent la cause de la representation de la même piqueure, c'est à dire la cause de la douleur; nous ne les sçaurions déméler de tant d'autres pensées et mouvemens, que lorsqu'ils deviennent considerables. Nostre ame ne fait reflexion que sur les phenomenes plus singuliers, qui se distinguent des autres, ^#.[ne In A2 : ne pense distinctement à aucun, lorsqu'elle pensant distinctement à aucuns, lorsqu'elle^#.] pense egalement a tous. Après cela je ne sçaurois deviner en quoy on puisse plus trouver la moindre ombre de difficulté, à ^#.[moins In E3 : moins de que de^#.] nier que Dieu puisse créer des substances qui soyent d'abord faites en sorte, qu'il leur arrive en vertu de leur propre nature de s'accorder dans la suite avec les phenomenes de tous les autres. Or il n'y a point d'apparence de nier cette possibilité, et puisque nous voyons que des Mathematiciens representent les mouvemens des cieux dans une machine (comme lorsque Jura poli rerumque fidem legesque deorum Cuncta Syracusius transtulit arte senex, ce que nous pouvons bien mieux faire aujourdhuy, qu'Archimede ne pouvoit de son temps) pourquoy Dieu qui les surpasse infiniment, ^#.[ne In A2 : ne pourrait-il pas pourrat-il pas^#.] d'abord créer des substances representatives en sorte qu'elles expriment par leurs propres loix suivant le changement ^#.[naturel In A1, A2 u. E3 : naturel des pensées de leurs pensées^#.] ou representations, tout ce qui doit ^#.[^#.[arriver In L nachträglich: arriver à tout corps à «leur» In A1 : arriver des corps ^#', In A2 : arriver au corps corps,^#.]^#.] ce qui me paroist non seulement facile à concevoir, mais encor digne de Dieu et de la beauté de l'univers, et en quelque façon necessaire, toutes les substances devant avoir ^#.[une In E3 : une liaison et harmonie entre harmonie et liaison entre^#.] elles, et toutes devant exprimer en elles le même univers, et la cause universelle qui est la volonté de leur createur, et les decrets ou loix qu'il a establies pour faire qu'elles s'accommodent entre elles le mieux qu'il se peut. Aussi cette correspondance mutuelle des differentes substances (: qui ne sçauroient agir l'une sur l'autre à parler dans la rigueur metaphysique, et s'accordent neantmoins comme si l'une agissoit sur l'autre :) est une des ~~plus fortes preuves de l'existence de Dieu*, ou d'une cause commune que chaque* effect doit tousjours exprimer suivant son point de ^#.[veue In E3 : veue ou sa et sa^#.] capacité. Autrement les *phenomenes des esprits differens ne s'entraccorderoient point, et il y auroit autant de systemes que de substances, ou bien ce seroit un pur hazard, s'ils s'accordoient quelques fois. Toute la notion que nous avons du temps et de l'espace est fondée sur cet accord, mais je n'aurois jamais fait, si je devois expliquer à fonds tout ce qui est lié avec nostre sujet. ^#.[Cependant In A2 : Cependant j'aime mieux estre j'ay mieux* *aimé d'estre^#.] prolixe que de ^#.[ne In E3 : ne pas me pas^#.] exprimer assez.

Pour passer à vos autres doutes, je croy maintenant que vous verrés, ^#.[Monsieur, In A2 : Monsieur, comme je comment *je^#.] l'entends, quand je dis, qu'une substance corporelle se donne son mouvement elle même, ou plustost ce qu'il y à de réel dans le mouvement à chaque ^#.[moment, In A1, A2 u. E3 : moment, car le mouvement qui est un phenomene demande d'autres phenomenes; puisque ^#', In L nachträglich: moment, c'est à dire la force derivative, dont il est une suite; puisque puisque^#.] tout* *estat [present] d'une substance est une suite de son estat precedent. Il est vray qu'un corps qui n'a point de ^#.[mouvement In A1, A2 u. E3 : mouvement ou plustot point d'action ou tendence au changement, ne ne^#.] s'en peut pas donner; mais je tiens qu'il n'y a point de tel* corps. Der folgende Text von aussi ... rencontre. wurde nach einer Anweisung von Leibniz am Rande vom Schreiber der Abfertigung ausgelassen, fehlt also in A1, A2 und E3. ^#.[aussi les corps à parler dans la rigueur ne sont pas poussés par les autres, quand il se *fait un choc, mais par leur propre mouvement, ou par leur ressort, qui est encor un mouvement de leur parties. Toute masse corporelle grande ou petite a déja en elle toute la force qu'elle peut jamais acquerir, mais la rencontre des autres corps ne luy en donne que la determination, ou plus tost cette determination n'arrive que dans le temps de la rencontre.^#.]

Vous me dirés que Dieu peut reduire un corps à ^#.[l'estat In E3 : l'estat de parfait d'un parfait^#.] repos, mais je* reponds que ^#.[Dieu In E3 : Dieu peut aussi le reduire le peut aussi reduire^#.] à rien, et que ce corps destitué d'action et de passion n'a ^#.[garde In L nachträglich: garde de renfermer une d'estre une^#.] substance, ou au moins il suffit que je declare que si jamais Dieu reduit *quelque corps à un parfait repos, ce qui ne se sçauroit faire que par miracle, il faudra un nouveau miracle pour luy rendre quelque mouvement. Au reste vous voyés aussi que mon opinion confirme plustost qu'elle ne detruit la preuve du premier moteur. Il faut tousjours rendre raison du commencement du mouvement, et de ses loix, et de l'accord des mouvemens entre eux. Ce qu'on ne sçauroit faire sans recourir à ^#.[Dieu. In A2 : Dieu. Au reste ma Ma^#.] main se remue non pas à* cause que ^#.[je In L nachträglich: je le veux veux,^#.] car j'ay beau vouloir qu'une montagne se remue, si je n'ay une foy *miraculeuse, il ne s'en fera rien, mais parce que je ne le pourrois vouloir avec succés, si ce n'estoit justement dans le moment que les ressorts de la main se vont debander comme il faut pour cet effect, ce qui se fait d'autant plus, que mes passions s'accordent avec les mouvemens de mon corps. L'un accompagne tousjours l'autre en vertu de la correspondance establie cy dessus, mais chacun a sa cause immediate chez soy.

^#.[Je In E3 : Je vais à viens à^#.] l'article des Formes ou Ames que je tiens indivisibles et indestructibles. Je* *ne suis pas le premier de cette opinion. Parmenide (dont Platon parle avec veneration) aussi bien que Melisse a soutenu qu'il n'y avoit point de generation ny corruption qu'en apparence. Aristote le temoigne livre 3. du Ciel, chap. 2. Et l'auteur du 1. livre de Dieta, qu'on attribue à* *Hippocrate dit expressement qu'un animal ne sçauroit estre engendré tout de nouveau ny détruit tout à fait. Albert le Grand et Jean Bacon semblent avoir crû que les formes substantielles estoient déja cachées dans la matiere de tout temps; Fernel les fait descendre du Ciel, pour ne rien dire de ceux qui les detachent de l'ame du monde, ils ont ^#.[tous In A1 : tous ouvert une veu une^#.] partie de la* verité, mais ils ne ^#.[l'ont In L nachträglich: l'ont point developpée. Plusieurs pû developper. Plusieurs^#.] ont crû la transmigration, d'autres la traduction des ames, au lieu de s'aviser de la transmigration ^#.[et In A1, A2 u. E3 : et transformation d'un [transformation] d'un^#.] animal *déja formé. D'autres ne pouvant expliquer autrement l'origine des formes ont accordé qu'elles commencent par une veritable ^#.[creation, In A2 : creation, au et au^#.] lieu que je n'admets cette creation dans la suite* *des temps, qu'à l'egard de l'ame raisonnable, et tiens que toutes les formes qui ne pensent point ont esté creées avec le ^#.[monde; In A1, A2 u. E3 : monde; comme les Atomistes les soutiennent de leurs Atomes. Ils ils^#.] croyent que cette creation arrive tous les jours quand le* *moindre vers est engendré. Philopone ancien interprete d'Aristote dans son livre contre Proclus et Gabriel Biel semblent avoir esté de cette opinion. In L am Rande notiert und gestrichen: formas oriri per creationem: Biel 2. Sent. dist. 1. qu. 1. Bodin Meth. Hist. c. 8. Taurell. De rerum aetern. p. 2 p. 397 et p. 4 p. 671. Il me semble que S. Thomas tient l'ame* *des bêtes pour indivisible. Et nos Cartésiens vont bien plus loin, puisq'ils soutiennent que toute âme et forme substantielle veritable doit estre indestructible et ingenerable. C'est pour cela qu'ils la refusent aux bestes, bien que M. des Cartes dans une lettre à M. Morus temoigne de ne vouloir pas asseurer qu'elles n'en ont point. Et puisqu'on ne se formalise point de ceux qui introduisent des Atomes tousjours subsistans, pourquoy trouverat-on estrange, qu'on dise autant des ames à qui l'indivisibilité convient par leur nature, d'autant qu'en joignant le sentiment des Cartesiens touchant la ^#.[substance In A2 : substance de l'ame et l'ame^#.] avec celuy de toute la terre touchant* *l'ame des bestes cela s'ensuit necessairement[?] Il sera difficile d'arracher au genre humain cette opinion receue tousjours et par tout, et catholique s'il en fut jamais, que les bestes ont du sentiment. Or supposant qu'elle est veritable, ce que je tiens touchant ces ames n'est pas seulement necessaire suivant les Cartesiens, mais encore important pour la morale et la religion, à fin de détruire une opinion dangereuse pour la quelle plusieurs personnes d'esprit ont du panchant, et que les philosophes Italiens, sectateurs d'Averroes, avoient repandue dans le monde, sçavoir que les ames particulieres retournent à l'ame du Monde lorsqu'un animal meurt, ce qui repugne à mes demonstrations de la nature de la substance individuelle, et ne sçauroit estre conçu distinctement; toute substance individuelle, devant tousjours subsister à part, quand elle a une fois commencé d'estre. C'est pourquoy les verités que j'avance sont assés importantes et tous ceux qui reconnoissent les ames des bestes ^#.[les In L nachträglich: les devant approuver doivent approuver;^#.] les* *autres au moins ^#.[ne In E3 : ne doivent point les trouver les doivent pas trouver^#.] ^#.[estranges. In E3 : estranges. Pour en venir

*Mais pour venir^#.] à vos doutes sur cette indestructibilité.

1. J'avois soutenu qu'il faut admettre dans les corps quelque chose qui soit veritablement un seul estre, la matiere ou masse estendue en elle même n'estant jamais que plura Entia* *comme S. Augustin a fort bien remarqué après Platon. Or j'infere qu'il n'y a pas plusieurs estres là où il ^#.[n'y In A1 u. A2 : n'y en a a^#.] pas un, qui soit veritablement un estre, et que toute multitude suppose* *l'unité. A quoy vous repliqués en plusieurs façons, mais c'est sans toucher à l'argument en luy même, qui est hors de prise, en vous servant seulement des objections ad hominem et des* *inconveniens, et en tachant de faire voir que ce que je dis ne suffit pas à resoudre la difficulté. Et d'abord vous vous ^#.[etonnés, In L nachträglich: etonnés, Monsieur, comment comment^#.] je puis me servir de cette raison, qui auroit esté* *apparente chez Monsieur Cordemoy, qui compose tout d'atomes, mais qui doit estre ­necessairement fausse selon moy (: a ce que vous jugés :) puisque ^#.[hors In E3 : hors des corps les corps^#.] animés qui* *ne font pas la cent mille-millieme partie des autres, il faut necessairement que tous les autres soyent plura Entia, et qu'ainsi la difficulté revient. Mais c'est par là que je voy, Monsieur, que* *je ne me suis pas encor bien expliqué pour vous faire entrer dans mon Hypothese. Car outre que je ne me souviens pas d'avoir dit, qu'il n'y a point de forme substantielle hors les ames, je suis bien éloigné du sentiment qui dit que les corps animés ne sont ^#.[qu'une In A2 : qu'une partie petite des petite partie des^#.]* *autres. Car je croy plustost, que tout est plein de corps animés, et chez moy il y a sans comparaison plus d'ames, qu'il n'y a d'atomes chez M. Cordemoy, qui en fait le nombre fini, au lieu que je tiens que le nombre des ames, ou au moins des formes est tout à fait infini et que la matiere estant divisible sans fin, on n'y peut assigner aucune partie si petite, où il n'y ait dedans des corps animés, ou au ^#.[^#.[moins In E3 : moins des formes, c'est ^#', In L nachträglich: moins doués d'une Entelechie primitive ou (si vous permettes qu'on se serve si generalement du nom de vie) d'un principe vital, c'est à dire des substances corporelles, dont on pourra dire en general de toutes, qu'elles sont vivantes. 2. Quand informés, c'est^#.] à dire des substances corporelles.

2. Quand^#.] à cette autre difficulté que vous ^#.[faites, In L nachträglich: faites, Monsieur, sçavoir sçavoir,^#.] que l'ame jointe a la matiere *n'en fait pas un estre ^#.[veritablement In A2 u. E3 : veritablement un puisque un puisque^#.] la matiere n'est pas ^#.[veritablement *In E3~~ : veritablement une et une en elle même et^#.] que l'ame à ce que vous jugés ne luy donne qu'une denomination extrinseque, je reponds que c'est la substance animée à qui cette matiere appartient, qui est veritablement un estre, et la matiere prise pour la masse en elle même n'est qu'un pur phenomene ou apparence bien fondée, comme encor l'espace et le temps. Elle n'a pas même des qualités precises et arrestées qui la puissent faire passer pour un estre determiné, comme j'ay déja insinué dans ma precedente; puisque la figure même qui est de l'essence d'une masse ^#.[etendue In E3 : etendue determinée, n'est terminée, n'est^#.] jamais exacte et determinée à la rigueur dans la nature, à cause de la division actuelle à l'infini des parties de la matiere. Il n'y a jamais ny globe sans inegalités ny droite sans courbures entremeslées, ny courbe d'une certaine nature finie, sans melange de quelque autre, et cela dans les petites parties comme dans les grandes, ce qui fait que la figure bien loin d'estre constitutive des corps, n'est pas seulement une qualité entierement reelle et determinée hors de la pensée, et on ne pourra jamais assigner à quelque corps une certaine surface precise comme on pourroit faire, s'il y avoit des Atomes. Et je puis dire la même chose de la grandeur et du mouvement, sçavoir, que ces qualités ou predicats tiennent du phenomene comme les couleurs et les sons, et quoy qu'ils enferment plus de connoissance distincte, ils ne peuvent pas soutenir non plus la derniere analyse, et par consequent la masse étendue considerée ^#.[sans In L nachträglich: sans les Entelechies ne la forme substantielle ne^#.] consistant qu'en ces qualités n'est pas la substance corporelle, mais un phenomene tout pur comme l'arc en ciel. Aussi les philosophes ont reconnu que c'est la forme qui donne l'estre determiné à la matiere, et ceux qui ne prennent pas garde à cela ne sortiront jamais du labyrinthe de compositione continui, s'ils y entrent une fois. Il n'y a que les substances indivisibles et leurs differens estats qui soyent absolument reels. C'est ce que Parmenide et Platon et d'autres anciens ont bien reconnu. Au reste j'accorde qu'on peut donner le nom d'un à un assemblage de corps inanimés, quoyqu'aucune forme substantielle ne les lie, comme je puis dire: voilà un arc en ciel, voilà un tro[u]ppeau; mais c'est une unité de phenomene ou de pensée qui ne suffit pas pour ce qu'il y a de reel dans les ^#.[phenomenes. In L nachträglich: phenomenes, que si on prend pour matiere de la substance corporelle non pas la masse sans formes, mais une matiere seconde, qui est la multitude des substances dont la masse est celle du corps entier, on peut dire que ces substances sont des parties de cette matiere, comme celles qui entrent dans nostre corps, en font la partie; car comme nostre corps est la matiere, et l'ame est la forme de nostre substance, il en est de même des autres substances corporelles. Et je n'y trouve pas plus de difficulté qu'à l'égard de l'homme, où l'on demeure d'accord de tout cela. Les difficultés qu'on se fait en ces matieres viennent entre autres, qu'on n'a pas communement une notion assez distincte du tout et de la partie, qui dans le fonds n'est autre chose qu'un requisit immediat du tout, et en quelque façon homogene. Ainsi des parties peuvent constituer un tout, soit qu'il ait ou qu'il n'ait point une unité veritable. Il est vray que le tout qui a une veritable unité, peut demeurer le même individu à la rigueur, bien qu'il perde ou gagne des parties, comme nous experimentons en nous mêmes; ainsi les parties ne sont des requisits immediats que pro tempore. Mais si on entendoit par le terme de matiere, quelque chose qui soit tousjours essentiel à la même substance, on pourroit au sens de quelques Scholastiques entendre par là la puissance passive primitive d'une substance, et en ce sens la matiere ne seroit point étendue ny divisible, bien qu'elle seroit le principe de la divisibilité ou de ce qui en revient à la substance. Mais je ne veux pas disputer de l'usage des Termes. Vous

3. Vous^#.] objectés que je n'admets point de formes substantielles ^#.[que In A2 : que dans le corps animé (ce dans les corps animés (ce^#.] que je ne me souviens pourtant pas d'avoir dit) or tous les corps organisés estant plura entia, par consequent les formes ou ames bien loin d'en faire un estre, demandent plustost plusieurs estres à fin que les corps puissent estre animés. Je reponds que supposant qu'il y a une ame ^#.[ou In L nachträglich: ou Entelechie dans forme substantielle dans^#.] les bestes, ou autres substances corporelles, il en faut raisonner en ce point, comme nous raisonnons tous de l'homme, qui est un estre doué d'une veritable unité, que son ame luy donne, non obstant que la masse de son corps est divisée en organes, vases, humeurs, esprits; et ^#.[que In A2 : que les parties ces parties^#.] sont pleines sans doute d'une infinité d'autres substances corporelles douées de leurs ^#.[propres In L nachträglich: propres Entelechies. Comme formes. Comme^#.] cette troisième objection convient en substance avec la precedente, cette solution y servira aussi.

4. Vous^#.] jugés, que c'est sans fondement, qu'on donne une ame aux bestes, et vous croyés que s'il y en avoit elle seroit un esprit, c'est à dire une substance qui pense, puisque nous ne connoissons que les corps et les esprits, et n'avons aucune idée d'une autre substance. Or de dire qu'une huistre pense, qu'un vers pense, c'est ce qu'on a peine à croire. Cette objection regarde egalement tous ceux qui ne sont pas Cartesiens; mais outre qu'il faut croire que ce n'est pas tout à fait sans raison, que tout le genre humain a ^#.[tousjours In A1 : tousjours demeuré dans donné dans^#.] l'opinion qu'il a du sentiment des bestes, je croy d'avoir fait voir que toute substance est indivisible, et que par consequent toute substance corporelle doit avoir une ame ou au ^#.[moins In L nachträglich: moins une Entelechie qui une forme qui^#.] ait de l'analogie avec l'ame puisqu'autrement les corps ne seroient que des phenomenes.

D'asseurer que toute substance qui n'est pas divisible, (: c'est à dire selon moy toute substance en general :) est un esprit, et doit penser, ^#.[cela In E3 : cela ne paroist me paroist^#.] sans comparaison plus hardi et plus destitué de fondement que la conservation des formes.

Nous ne connoissons que cinq sens, et un certain nombre de metaux, en doit on conclure qu'il ^#.[n'y In A1, A2 u. E3 : ny en a a^#.] point d'autres dans le monde? Il y a bien plus d'apparence que la nature qui aime la varieté a produit d'autres formes que celles qui pensent. Si je puis prouver qu'il n'y a point d'autres figures du second degré que les sections coniques, c'est parce que j'ay une idée distincte de ces lignes, qui me donne moyen de venir à une exacte division; mais comme nous n'avons point d'idée distincte de la pensée, et ne pouvons pas demonstrer que la notion d'une substance indivisible est la même avec celle d'une substance qui pense, nous n'avons point de sujet de l'asseurer. Je demeure d'accord que l'idée que nous avons de la pensée est claire, mais tout ce qui est clair n'est pas distinct. Ce n'est que par le sentiment interieur que nous connoissons la pensée (: comme le P. Malebranche a déja remarqué :) mais on ne peut connoistre par sentiment que les choses qu'on a experimentées; et comme ^#.[nous In A2 : nous n'ayons pas n'avons pas^#.] experimenté les fonctions des autres formes, il ne faut pas s'estonner que nous n'en avons point d'idée claire; car nous n'en devrions point avoir, quand mêmes il seroit accordé qu'il y a de ces formes. C'est un abus de vouloir employer les idées confuses, quelques claires qu'elles soyent, à prouver que quelque chose ne peut estre. Et quand je ne regarde que les idées distinctes, il me semble qu'on peut concevoir que les phenomenes divisibles ^#.[^#.[ou In A1 : ou repandus en plusieurs ^#', In A2 : ou repandus de de^#.] plusieurs^#.] estres peuvent estre exprimés ou representés dans un seul estre indivisible, et cela suffit pour concevoir ^#.[une In L nachträglich: une perception sans forme substantielle sans^#.] qu'il soit necessaire d'attacher la pensée ou la reflexion à cette representation. Je souhaitterois de pouvoir expliquer les differences ou degrés des autres expressions immaterielles qui sont sans pensée, à fin de distinguer les substances ^#.[corporelles In L nachträglich: corporelles ou vivantes d'avec les simples, les vivans, et les^#.] animaux autant qu'on les peut distinguer, mais je n'ay pas assez medité là dessus, ny assez examiné la nature pour pouvoir juger des formes, par la comparaison de leur organes et operations. Monsieur Malpighi fondé sur des analogies fort considerables de l'anatomie, a beaucoup de penchant à croire que les plantes peuvent estre comprises sous le même genre avec les animaux, et sont des animaux imparfaits.

5. Il ne reste maintenant que de satisfaire aux inconveniens que vous ^#.[allegués, In L nachträglich: allegués, Monsieur, contre contre^#.] l'indestructibilité des formes substantielles; et je m'etonne d'abord que vous ^#.[la In A2 : la trouviés étrange trouvés étrange^#.] et insoutenable, car ^#.[suivant In A1, A2 u. E3 : suivant vostre propre sentiment tous vos propres sentimens tous^#.] ceux qui donnent aux bestes une ame et du sentiment doivent soutenir cette ^#.[indestructibilité. In A1, A2 u. E3 : indestructibilité. Les inconveniens Ces inconveniens^#.] pretendus ne sont que des prejugés d'imagination qui peuvent arrester le vulgaire, mais qui ne peuvent rien sur les esprits capables de meditation. Aussi crois-je qu'il sera aisé de vous satisfaire là dessus. Ceux qui conçoivent qu'il y a quasi une infinité de petits animaux dans la moindre goutte d'eau, comme les experiences de M. Leewenhoeck ont fait connoistre, et qui ne trouvent pas estrange ^#.[que In A2 : que ... étrange Auslassung des Schreibers la matiere soit remplie par tout de substances animées, ne trouveront pas étrange,^#.] non plus qu'il y ait quelque chose d'animé dans les cendres mêmes et que le feu peut transformer un animal et le reduire en petit, au lieu de le detruire entierement. Ce qu'on peut dire d'une chenille ou vers à soy[e], se peut dire de ^#.[cent In E3 : cent et de ou de^#.] mille; mais il ne s'ensuit pas que nous devrions voir renaistre des vers à soye des cendres. Ce n'est peutestre pas l'ordre de la nature. Je sçay que plusieurs asseurent que les vertus seminales restent tellement dans les cendres, que les plantes en peuvent renaistre, mais je ne veux pas me servir d'experiences douteuses. Si ces petits corps organisés enveloppés par une maniere de contraction d'un plus grand qui vient d'estre corrumpu, sont tout à ^#.[fait In L nachträglich: fait (ce semble) hors hors^#.] de la ligne de la generation, ou s'ils peuvent revenir sur le theatre en leur temps, c'est ce que je ne sçaurois determiner. Ce sont là des secrets de la nature, où les hommes doivent reconnoistre leur ignorance.

6. Ce n'est qu'en apparence et suivant l'imagination, que la difficulté est plus grande à l'egard des animaux plus grands qu'on voit ne naistre que de ^#.[l'alliance In E3 : l'alliance des deux de deux^#.] sexes, ce qui apparemment n'est pas moins veritable des moindres insectes. J'ay appris depuis quelque temps que M. Leewenhoeck a des sentimens assez approchans des miens, en ce qu'il soutient que même les plus grands animaux naissent par une maniere de ^#.[transformation, In A2 u. E3 : transformation, et je je^#.] n'ose ny approuver ny rejetter le detail de son opinion, mais je la tiens tres veritable en general, et M. Swammerdam autre grand observateur et Anatomiste, temoigne assez qu'il y avoit aussi du penchant. Or les jugemens de ces Messieurs là valent ceux de bien d'autres en ces matieres. Il est vray que je ne remarque pas qu'ils ayent poussé leur opinion jusqu'à dire que la corruption et la mort elle même est aussi une transformation à l'egard des vivans destitués d'ame raisonnable comme je le tiens, mais je crois que, s'ils s'estoient avisés de ce sentiment, ils ne l'auroient pas trouvé absurde; et il n'est rien de si naturel que de croire que ce qui ne commence point, ne perit pas non plus. Et quand on reconnoist que toutes les ^#.[generations In E3 : generations sont des ne sont que des^#.] augmentations et developpemens d'un animal déja formé, on se persuadera aisement, que la corruption ou la mort, n'est autre chose que la diminution et enveloppement d'un animal qui ne laisse pas de subsister, ^#.[et In A2 : et demeurer de demeurer^#.] vivant et organisé. Il est vray qu'il n'est pas si aisé de le rendre croyable par des experiences particulieres, comme à l'égard de la generation, mais on en voit la raison: c'est parceque la generation avance d'une [maniere] naturelle et peu a peu, ce qui nous ^#.[donne In A1 u. A2 : donne loisir le loisir^#.] d'observer; mais la mort mene trop en arriere, per saltum, et retourne d'abord à des parties trop petites pour nous, parce qu'elle se fait ordinairement d'une maniere trop violente, ce ^#.[qui In E3 : qui empeche nous empeche^#.] de nous appercevoir du détail de cette retrogradation; cependant le sommeil qui est une image de la mort, les Ecstases, l'ensevelissement d'un vers à soye dans sa coque, qui peut passer pour une mort, la ^#.[ressuscitation In A2 : ressuscitation de mouches des mouches^#.] noyées avancée par le moyen de quelque poudre seche dont on les couvre (: au lieu qu'elles demeureroient mortes tout de bon, si on les laissoit sans secours, :) ^#.[et In A2 : et celles des celle des^#.] hirondelles qui prennent leurs quartiers d'hyver dans les roseaux et qu'on trouve sans apparence de vie; les experiences des hommes morts de froid, noyés ou estranglés qu'on a fait revenir; sur quoy un homme de jugement a fait il n'y a pas longtemps un traité en Allemand, où après avoir rapporté des exemples même de sa connoissance, il exhorte ceux qui se trouvent là où il y ^#.[a In L nachträglich: a de telles personnes des personnes noyées de^#.] faire plus d'efforts que de coustume pour les remettre, et en prescrit la methode; toutes ces choses peuvent confirmer mon sentiment que ces estats differens ne different que du plus et du moins; et si on n'a pas le moyen de practiquer des ressuscitations en d'autres genres de morts, c'est ou qu'on ne sçait pas ce ^#.[qu'il In A1 u. A2 : qu'il faudra faire faudroit faire,^#.] ou que quand on le sçauroit, nos mains, nos ^#.[instrumens In E3 : instrumens, nos et nos^#.] remedes n'y peuvent arriver sur tout quand la dissolution va d'abord à des parties trop petites. Il ne faut donc pas s'arrester aux notions que le vulgaire peut avoir de la mort ou de la vie, lorsqu'on ^#.[a In E3 : a des et des^#.] analogies, et qui plus est, des argumens solides, qui prouvent le contraire. Car je ^#.[croy In A2 : croy avoir assez d'avoir assez^#.] fait voir qu'il y doit avoir ^#.[des In L nachträglich: des Entelechies s'il formes substantielles s'il^#.] y a des substances corporelles; et quand on accorde ^#.[ces In L nachträglich: ces Entelechies ou ces formes et ces^#.] ames, on en doit reconnoistre l'ingenerabilité et indestructibilité, après quoy il est sans comparaison plus raisonnable de concevoir les ^#.[transformations In A1 u. A2 : transformations de corps des corps^#.] animés que de s'imaginer le passage des ames d'un ^#.[corps In A2 : corps à l'autre à un autre,^#.] dont la persuasion tres ancienne ne vient apparemment que de la transformation mal entendue. De dire que les ames des bestes demeurent sans corps ou qu'elles demeurent cachées dans un corps qui n'est pas organisé, tout cela ne paroist pas si naturel. Si l'animal fait par la contraction du corps du belier qu'Abraham imola au lieu d'Isaac doit estre appellé un belier, c'est une question de nom à peu prés comme seroit la question, si un papillon peut estre appellé un vers à soye. La difficulté que ^#.[vous In L nachträglich: vous trouvés, Monsieur, à trouverés à^#.] l'égard de ce belier reduit en cendres, ne vient que de ce que je ne m'estois pas ^#.[assez In A2 : assez bien expliqué expliqué;^#.] car vous supposés, qu'il ne reste point de corps organisé ^#.[dans In E3 : dans les cendres, ces cendres,^#.] ce qui vous donne droit de dire, que ce seroit une chose monstrueuse, que cette infinité d'ames sans corps organisés au lieu que je suppose que naturellement il n'y a point d'ame sans corps ^#.[animé, In A1 : animé, ny corps mesme sans organes; et point de corps animé sans organes;^#.] et ny cendres ^#.[ny In E3 : ny masses autres masses^#.] ne me ^#.[paroissent In A1 u. A2 : paroissent pas entierrement incapables ^#', In E3 : paroissent incapables [pas] incapables^#.] de contenir des corps organisés.

Pour ce qui est des Esprits, c'est à dire des substances qui pensent, qui sont capables de connoistre Dieu, et de decouvrir des verités eternelles je tiens que Dieu les gouverne suivant des loix differantes de celles dont il gouverne le reste des substances. Car toutes les formes des ^#.[substances In A2 u. E3 : substances expriment tout exprimant tout^#.] l'univers, on peut dire que les substances brutes expriment plustost le monde que Dieu, mais que les Esprits expriment plustost Dieu que le monde. Aussi Dieu gouverne les substances brutes suivant les loix materielles de la force ou des communications du mouvement, mais les Esprits suivant les loix spirituelles de la Justice dont les autres sont incapables. Et c'est pour cela que les substances brutes se peuvent appeller materielles, par ce que l'oeconomie que Dieu observe à leur égard est celle d'un ouvrier ou Machiniste, mais à l'égard des esprits, Dieu fait la fonction de Prince ^#.[ou In E3 : ou Legislateur, de Legislateur,^#.] qui est infiniment plus relevée. Et Dieu n'estant à l'egard de ces substances materielles que ce qu'il est à l'égard de tout, sçavoir l'auteur general des estres; il prend un autre personnage à l'égard des esprits qui le fait concevoir revestu de volonté et de qualités morales; puisqu'il est luy même un esprit, et comme un d'entre nous, jusqu'à entrer avec nous dans une liaison de societé, dont il est le chef. Et c'est cette ^#.[societé In A1 : societé et Republique ou Republique^#.] generale des Esprits sous ce souverain Monarque, qui est la plus noble partie de l'univers, composée d'autant de petits Dieux sous ce grand Dieu. Car on peut dire que les esprits creés ne diffèrent de Dieu que de plus à moins, du fini à l'infini. Et on peut asseurer veritablement, que tout l'univers n'a esté fait que pour contribuer à l'ornement et au bonheur de cette Cité de Dieu. C'est pourquoy tout est disposé en sorte que les loix de la force, ou les loix purement materielles conspirent dans tout l'univers à executer les loix de la justice ou de l'amour, que rien ne sçauroit nuire aux ames, qui sont dans la main de Dieu, et que tout doit reussir au plus grand bien de ceux qui l'aiment.

Der folgende Text in Kleindruck stellt den ersten Ansatz zum Schluß des Absatzes dar. C'est pourquoy les esprits doivent garder leur personnage et leurs qualités morales, à fin que la Cité de Dieu ne perde rien, au lieu que les substances brutes quoyqu'elles se conservent (metaphysiquement parlant) malgré toutes transformations[.]

On dira peutestre que les esprits ne s'entrempechant point et Dieu faisant tout de la maniere la plus parfaite il en aura donné à toutes les substances animées, mais il s'ensuit seulement qu'il leur aura donné des ames conformes à leur organes, les loix superieures à celles de la nature materielle, sçavoir les loix de la justice l'ayant empeché de leur donner la conscience ou pensée puisque l'ordre de l'univers ne permet pas que la justice se puisse observer à leur egard. C'est pourquoy les ^#.[esprits In A2 : esprits doivent garder leurs personnages et devant garder leur personnage et^#.] leurs qualités morales, à fin que la Cité de Dieu ne perde aucune personne, il faut qu'ils conservent particulierement une maniere de ^#.[reminiscence In A1 u. A2 : reminiscence, conscience, ou pouvoir ou conscience ou le pouvoir^#.] de sçavoir ce qu'ils sont, d'où depend toute leur moralité, peines et chastimens, et par consequent il faut qu'ils soyent exemts ^#.[des In L nachträglich: de ces revolutions revolutions^#.] de l'univers qui les rendroient tout à fait méconnoissables à eux mêmes, et en feroient moralement parlant une autre personne. Au lieu qu'il suffit que les substances brutes demeurent seulement le même individu dans la rigueur metaphysique bien qu'ils soyent assujettis à tous les changemens imaginables, puisqu'aussi bien ils sont sans conscience ou reflexion. Quant au detail de l'estat de l'ame humaine après la mort, et comment elle est exemte du bouleversement des choses, il n'y a que la revelation qui nous en puisse instruire particulierement, la jurisdiction de la raison ne s'etend pas si loin. On me fera ^#.[peutestre In L nachträglich: peutestre une objection sur ce que je tiens encor une objection; car je tiens^#.] que Dieu a donné des ames à toutes les machines naturelles qui en ^#.[estoient In A1 u. A2 fälschlich : estoient incapables parce capables, parce^#.] que les ames ne s'entrempechant point, et ne tenant point de place, il est possible de leur en donner d'autant qu'il y a plus de perfection d'en avoir et que Dieu fait tout de la maniere la plus parfaite qui est possible; et non magis datur vacuum formarum quam corporum; on pourroit donc dire par la même raison que Dieu devoit aussi donner des ames raisonnables ou capables de reflexion à toutes les substances animées. Mais je reponds que les loix superieures à celles de la nature materielle, ^#.[sçavoir In E3 : sçavoir que les les^#.] loix de la justice s'y opposent; puisque l'ordre de l'univers n'auroit pas permis, que la justice eut pû estre observée à l'egard de toutes, il falloit donc faire qu'au moins il ne leur pût arriver aucune injustice, c'est pourquoy elles ont esté faites incapables de reflexion ou de conscience, et par consequent insusceptibles de bonheur et de ^#.[malheur. In L nachträglich die fast wörtliche Übernahme der beiden letzten Absätze von N. 56 : malheur. Enfin pour ramasser mes pensées en peu de mots; je tiens que toute substance renferme dans son estat present tous ses estats passés et à venir, et exprime même tout l'univers suivant son point de veue, rien estant si éloigné de l'autre qu'il n'ait commerce avec luy. Et [si elle a un corps ce] sera particulierement selon le rapport aux parties de son corps, qu'elle exprime plus immediatement; et par consequent rien ne luy arrive que de son fonds, et en vertu de ses propres loix, pourveu qu'on y joigne le concours de Dieu. Mais elle s'apperçoit des autres choses parce qu'elle les exprime naturellement, ayant esté créée d'abord en sorte qu'elle le puisse faire dans la suite et s'y accommoder comme il faut, et c'est dans cette obligation imposée dès le commencement, que consiste, ce qu'on [app]elle l'action d'une substance sur l'autre. Quant aux substances corporelles, je tiens que la masse lors qu'on n'y considere que ce qui est divisible, est un pur phenomene, que toute substance a une veritable unité à la rigueur metaphysique, et qu'elle est indivisible, ingenerable et incorruptible, que toute la matiere doit estre pleine de substances animées, ou du moins vivantes, que les generations et les corruptions ne sont que des transformations du petit au grand ou vice versa, et qu'il n'y a point de parcelle de la matiere, dans la quelle ne se trouve un monde d'une infinité de creatures, tant organisées qu'amassées. Et sur tout que les ouvrages de Dieu sont infiniment plus grands, plus beaux, plus nombreux, et mieux ordonnés qu'on ne croit communement; et que la machine ou ­l'organisation, c'est à dire l'ordre, leur est comme essentiel jusque dans les moindres parties. Et qu'ainsi il n'y a point d'hypothese qui fasse mieux connoistre la sagesse de Dieu que la nostre, suivant la quelle il y a par tout des substances qui marquent sa perfection, et sont autant de miroirs mais differens de la beauté de l'univers; rien ne demeurant vuide, sterile, inculte, et sans perception. Il faut même tenir pour indubitable que les loix du mouvement, et les revolutions des corps, servent aux loix de justice et de police qui s'observent sans doute le mieux qu'il est possible dans le gouvernement des esprits, c'est à dire des Ames intelligentes, qui entrent en societé avec luy, et composent avec luy une maniere de Cité parfaite, dont il est le Monarque. Maintenant

Maintenant^#.] je croy, Monsieur, de n'avoir rien laissé en arriere de toutes les difficultés que vous aviés expliquées, ou au moins indiquées et encor de celles que j'ay crû que vous pouvies avoir encor. Il est vray que cela a grossi cette lettre, mais il m'auroit esté plus difficile de renfermer le même sens en moins de paroles, et peutestre que ce n'auroit esté sans obscurité. Maintenant je croy que vous trouverés mes sentimens assez bien liés tant entre eux qu'avec les opinions receues. Je ne renverse point ^#.[les In A1 u. A2 : les dogmes establis sentimens establis;^#.] mais je les explique, et je les pousse plus avant. Si vous pouviés avoir le loisir de revoir un jour ce que nous avions enfin establi touchant la Notion d'une ^#.[substance In A1 u. A2 : substance, vous individuelle, vous^#.] trouveries peutestre qu'en me donnant ces commencemens, on est obligé dans la suite de m'accorder tout le reste. J'ay taché cependant d'écrire cette lettre en sorte qu'elle s'explique et se defende elle même. On pourra encor separer les questions, car ceux qui ne voudront pas reconnoistre qu'il y a des ames dans les bestes et des formes substantielles ailleurs, pourront neantmoins approuver la maniere dont j'explique l'union de l'esprit et du corps; et tout ce que je dis de la substance veritable; sauf à eux de sauver comme ils pourront sans telles formes et sans rien qui ait une veritable unité, ou bien par des points ou par des atomes, si bon leur semble, la realité de la matiere et des substances corporelles, et même de laisser cela indecis, car on peut borner les recherches là où on le trouve à propos. Mais il ne faut pas subsister en si beau chemin, lors qu'on ^#.[desire In A2 u. E3 : desire avoir des d'avoir des^#.] idées veritables de l'univers et de la perfection des ouvrages de Dieu qui nous fournissent encor les plus solides argumens à l'egard de Dieu et de nostre ame. In A1, A2 u. E3 endet der Brief wie folgt: ame. C'est une chose etrange que M. l'Abbé Catelan s'est entiérement éloigné de mon sens, et vous vous en êtes bien douté, Monsieur. Il met en avant trois propositions, et dit que j'y trouve contradiction. Et moi je n'en trouve aucune, et me sers de ces mêmes propositions pour prouver l'absurdité du principe Cartésien. Voilà ce que c'est que d'avoir a faire à des gens qui ne considerent les choses que superficiellement. Si cela arrive dans une matiere de Mathematique, que ne devroit on pas attendre en Metaphysique et en morale[?] C'est pourquoy je m'estime heureux d'avoir rencontré en vous un censeur également exact et équitable. Je vous souhaite encore beaucoup d'années pour l'interest du public et pour le mien, et suis avec une passion sincere, Monsieur etc. P. S. J'ay adjouté ma reponse à M. l'Abbé qui sera peutestre inserée dans les Nouvelles de la Republique des Lettres.

Den folgenden Schluß des Briefes hat Leibniz eingerahmt und ihn leicht umformuliert in den Begleitbrief (N. 59 ) zur Abfertigung eingebracht:

J'ay veu la Remarque de M. Catelan dans les Nouvelles de la Rep. des Lettres du moins de juin, et je trouve que vous avés deviné ce qui en est, en disant que peutestre il n'a pas pris mon sens. Il l'a si peu pris, que c'est une pitié. Il met en avant trois propositions, et disant que j'y trouve de la contradiction, il s'attache à les prouver et à les concilier; et cependant bien loin que j'y aye jamais trouvé la moindre difficulté ou contradiction, c'est par leur conjonction que je pretends d'avoir demonstré la fausseté du principe Cartesien. Voilà ce que c'est que d'avoir à faire à des gens, qui traitent les choses à la legere. Le bon est, qu'il a declaré si nettement, en quoy il se trompoit, autrement nous aurions peutestre encor battu bien du pays. Dieu nous garde d'un tel Antagoniste; en morale ou en Metaphysique mais sur tout en Theologie. Il n'y auroit pas moyen de sortir d'affaire.