Series II Band 2 · No. 43.
SIMON FOUCHER AN LEIBNIZ
Paris, 5. Mai 1687. [38.45.]
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A Paris, du 5. may 1687.
Je ne scais pas le logis de Mr l'Abbé Catelan et ne puis estre encore assuré en quel tems je pourray conferer avec luy sur le sujet de vostre probleme du mouvement. D'aillieurs je m'imagine que ce Mr aura bien de la pene à se rendre et d'abbendonner Descartes quand mesme vous auriez raison ce que je crois du moins en partie car pour vous dire vray je ne pense pas que ni Mr Descartes ni aucun autre ait encor bien expliqué l'essence et les lois du mouvement. Pour ce qui est de ce qu'en a dit Mr Descartes, je suis assez persuadé que cela n'est pas trop conforme à la realité de la chose, d'autant plus que ses lois sont extremement metaphysiques et ne conviennent pas à l'estat present de la nature. Il me paroist que Mr Mariotte dans son livre de la percussion a montré suffisament que les lois de Mr Descartes ne s'accordent point du tout avec l'experience. Pour moy qui suis Academicien à la maniere de Platon je ne me rends pas si facilement ni suivant le pour ni suivant le contre. J'ay peur qu'il n'y ait quelque chose d'irrationel dans la communication du mouvement et en effet il faut avoir egard à la masse des corps laquelle masse n'est pas tousjours en mesme raison que la superficie et environnement. Supposez un pendule A. B. Mr Mariotte veut que le corps C qui est le quadruple du corps B, venant à le chocquer avec un degré de vitesse, ces deux corps continuent à se mouvoir du mesme costé et fassent une vitesse composée, le petit corps neanmoins recevant plusieurs degrez de vitesse et le gros en conservant encor une partie de celle qu'il avoit auparavant, ces deux corps estant supposez de mesme matiere. D'aillieurs il ne faut point juger des machines fixes par les lois des corps qui ont des mouvemens acquis, ni des lois des mechaniques statiques par celles de la percussion. On s'imagineroit par exemple que posant une Romaine en equilibre ayant 20 livres d'un costé et une livre d'un autre, le soutient A soit aussi chargé que si cette Romaine portoit deux poids egaux ce qui n'est pas. Autrement on auroit le mouvement perpetuel. Car si le soutient estoit chargé de 2 fois 20 scavoir de 40, les poids estant inegaux et la Romaine estant panchée, il n'y auroit qu'un equilibre à vaincre ce qu'une livre ou deux pourroit faire pour abbaisser les 2 bras et alors ce qui ne peseroit que 21 en peseroit 41. La Romaine pourroit estre attachée au bras d'une balance et toute la machine augmanter ses forces ou en perdre d'une maniere surprenente. Mais cela ne se fait pas et ne se doit point faire par ce que toute la Romaine n'a raison que d'un corps unique et d'un seul poids à l'egard du soutient. Il en est de mesme que dans la machine de l'Equilibre des liqueurs que Mr Pascal a proposé et que j'ay reduite en pratique comme vous scavez, Monsieur. Si on soutient le tuyau à costé en B, on ne sent que le poids de l'eau qui est dans le tuyau et celuy du tuyau. Mais si on soustient par A on sent le poids d'une quantité d'eau pareille à celle qui seroit dans un tuyau d'une grosseur pareille à la base selon toute la hauteur du tuyau. C'est assez parler de mechanique en attendant que l'occasion se presente de vous en ecrire davantage.
Je joins à la presente un petit imprimé scavoir la 2. partie de ma reponse à
~~Dom Robert des Gabets touchant la Philosophie des Academiciens
par raport à la Religion.~~ Si vostre grande lettre est imprimée quelque jour j'y repondray
d'une maniere qui ne vous sera point desagreable. Je souhaiterois que vous eussiez vu ma
premiere piece scavoir les Dissertations sur la Recherche de la verité, que j'ay
fait imprimer avant ma critique et avant le premier volume du P. Malebranche,
ce livre n'a point esté exposé en vente, ni mesme achevé entierement. Il ne m'en
reste plus que tres peu d'exemplaires. J'espere vous le pouvoir faire voir quelque jour. En
attendant je puis vous dire que vous avez raison de refuser la demonstration que Mr Descartes
aporte après St Anselme. Il en aporte encore une autre qui est un peu meillieure mais avec tout
cela je ne pense pas qu'on puisse mieux demonstrer l'existence de Dieu que par les principes de
Platon. J'en ay touché quelque chose dans le livre dont je viens de vous parler. Je suis fort
obligé à Mr le Resident de l'honesteté qu'il me fait de me donner vos lettres. On m'a presté le
livre de Mr vostre ami Thirnous De medicina mentis et corporis. Je n'en ay lu encor que le
commencement et le trouve excellent. Le public en est enrichi. Il y a de beaux sentimens. Je
l'estime fort. Je voudrois aussi en avoir un de vostre facon.
Je suis Monsieur vostre tres humble et obeissant serviteur Foucher
Mr l'Abbé de la Rocque ne fait plus de journaux ni de conferences. Nous avons pene de voir les journaux de Holende. Le P. Malebranche vous saluë.
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J'ay vu Mr Thevenot et luy ay fait vos baisesmains. Il m'a dit que vous luy feriez extremement plaisir de luy envoyer les manuscrits dont vous avez parlé dans la precedente que vous m'avez fait l'honneur de m'ecrire. J'ay temoigné le souhait que je ferois que vous fussiez de l'Academie Royale et que vous eussiez la place de Mr Huygens lequel ne reviendra pas icy à ce que l'on croit et l'on m'a fait entendre.