FrenchMonsieur
Vos Am Kopf des Briefes: ist abgangen Avril 1687 lettres estant à mon egard des bienfaits considérables et ^#.[des In A u. E3 : des marques de effects de^#.] vostre pure
liberalité, je n'ay aucun droit de les demander, et par consequent vous ne repondés jamais trop
tard. ^#.[Quelques In A: Quelques utiles et agreables agreables et utiles^#.] qu'elles me soyent, je considere ce que vous devés au bien
public, et cela fait taire mes desirs. Vos considerations ^#.[m'instruisent In A u. E3 : instruisent ^#.] tousjours, et je prendray
la liberté de les parcourir par ordre.
Je ne croy pas qu'il y ait de la difficulté dans ce que j'ay dit, que l'ame exprime plus
distinctement caeteris paribus ce qui appartient à son corps, puisqu'elle exprime tout l'univers
d'un certain sens, et particulierement suivant le rapport des autres corps au sien, car elle ne
sçauroit exprimer egalement toutes choses; autrement il n'y auroit point de distinction entre les
ames. Mais il ne s'ensuit pas pour cela qu'elle se doive appercevoir parfaitement de ce qui se
passe dans les parties de son corps, puisqu'il y a des degrés de rapport entre ces parties mêmes
qui ne sont pas toutes exprimées egalement, non plus que les choses exterieures. L'eloignement
des uns est recompensé par la ^#.[petitesse In A u. E3 : petitesse des autres ou autres empêchemens, et tel voit ou autre empechement des autres, et Thales voit^#.] les
astres qui ne voit pas le ^#.[fossé In A: fossé devant qui est devant^#.] ses pieds. Les ^#.[nerfs In L nachträglich: nerfs et les membranes sont sont^#.] des parties plus
^#.[sensibles, In L nachträglich: sensibles, pour nous que les autres que les autres^#.] et ce n'est peut-être que ^#.[par In L nachträglich: par elles que eux que^#.] nous nous appercevons des
autres. Ce qui arrive apparemment, parce que le mouvement des nerfs ou des liqueurs ^#.[y In E3 : y appartenant imitent
appartenantes imitent^#.] mieux les impressions et les confondent moins, or ^#.[les In E3 : les impressions les plus expressions
plus^#.] distinctes de l'ame repondent ^#.[aux In A: aux expressions plus impressions plus^#.] distinctes du corps. Ce n'est pas
que les nerfs, agissent sur ^#.[l'ame In L nachträglich: l'ame, à parler ou les autres corps sur les nerfs, à parler^#.] métaphysiquement,
mais c'est que l'un represente l'estat de l'autre spontanea relatione. Il faut encor considerer
qu'il se passe trop de choses dans nostre corps pour pouvoir ^#.[estre In A: estre apperceues separement apperceues^#.]
toutes, mais on en sent un certain resultat auquel on est accoustumé, et on ne sçauroit discerner
ce qui y entre à cause de la multitude, comme lorsqu'on entend de loin le bruit de la mer on ne
discerne pas ce que fait chaque vague, quoyque chaque vague fasse son effet sur nos oreilles.
Mais quand il arrive un changement ^#.[insigne In A: insigne sur nostre dans nostre^#.] corps, nous le remarquons bientost
et mieux que les changemens de dehors qui ne sont pas accompagnés d'un changement notable
de nos organes.
Je ne dis pas que ^#.[l'ame In A: l'ame connoit la connoisse la^#.] piqueure avant ^#.[qu'elle In L nachträglich: qu'elle a le ait le^#.] sentiment ^#.[de In A: de la douleur,
douleur,^#.] si ce n'est comme elle connoist ou exprime confusement toutes choses suivant les
principes déja establis; mais cette expression, ^#.[bien In A: bien que confuse et obscure que qu'obscure et confuse, que^#.] l'ame a de
l'avenir par avance est la cause veritable de ce qui luy arrivera et de la perception plus claire
qu'elle aura par après, quand l'obscurité sera developpée, l'estat futur estant une suite du
precedent.
^#.[J'avois In A: J'aurois dit dit^#.] que Dieu a creé l'univers en sorte que l'ame et le corps agissans chacun
suivant ses loix, s'accordent dans les phenomenes. Vous jugez, Monsieur, que cela convient
avec l'hypothese des causes occasionnelles. Si cela estoit je n'en serois point faché, et je suis
tousjours bien aise de trouver des approbateurs, mais j'entrevois vostre raison, c'est que vous
supposés que je ne dira[y] pas qu'un corps se puisse mouvoir soy même. Ainsi l'ame n'estant
pas la cause ^#.[reelle In A: reelle du bras du mouvement du bras,^#.] et le corps non plus, ce sera donc Dieu. Mais je
suis dans une autre ^#.[opinion, In A: opinion, et je je^#.] tiens que ce qu'il y a de reel dans ^#.[l'estat In A u. E3 : l'estat que l'on appelle qu'on appelle^#.] le
mouvement procede aussi bien de la substance corporelle, que la pensée et la volonté procedent
de l'esprit. Tout arrive dans chaque substance en consequence du premier estat que Dieu luy a
donné en la creant, et le concours extraordinaire mis à part, son concours ordinaire ne consiste
que dans la conservation de la substance même, conformement à son estat precedent et aux
changemens qu'il porte. Cependant on dit fort bien, qu'un corps pousse un autre, c'est à dire
qu'il se trouve qu'un corps ne commence jamais d'avoir une certaine tendence, que lorsqu'un
^#.[autre In E3 : autre corps qui qui^#.] le touche en perd à proportion suivant les loix constantes que nous observons dans
les phenomenes. Et en effet les mouvemens estant des phenomenes reels plustost que des estres,
un mouvement comme phenomene, est dans mon esprit la suite ^#.[immediate In L nachträglich: immediate ou effect d'un d'un^#.] autre
phenomene et de même dans l'esprit des autres, mais l'estat d'une substance n'est pas la suite
immediate de l'estat ^#.[d'une In A: d'une substance autre substance^#.] particuliere.
Je n'ose pas asseurer que les plantes n'ont point d'ame, ny vie, ny forme substantielle, car,
quoyqu'une partie de l'arbre plantée ou greffée puisse produire un arbre de la même espèce, il
se peut qu'il y soit une partie seminale qui contient déja un nouveau vegetable, ^#.[comme In A: comme il y a peutestre deja
peutestre il y a déja^#.] des animaux vivants, quoyque tres petits, dans la semence des animaux,
qui pourront estre transformés dans un animal semblable.
Je n'ose donc ^#.[pas In A: pas asseurer, encor asseurer,^#.] que les animaux seuls sont vivants et doués d'une
forme substantielle. Et peutestre qu'il y a une infinité de degrés dans les formes des substances
corporelles.
Vous dites, Monsieur, que ceux qui soutiennent l'Hypothèse des causes occasionnelles, et
disans que ma volonté est la cause occasionnelle, et Dieu la cause reelle du ^#.[mouvement In A: mouvement, ne de
*mon bras, ne^#.] prétendent pas que Dieu fasse cela dans le temps par une nouvelle volonté, qu'il
ait chaque* fois que je veux lever mon bras, mais par cet acte unique de la volonté eternelle par
laquelle il a voulu faire tout ce qu'il a prevu qu'il seroit necessaire qu'il fist. A quoy je
reponds, qu'on pourra dire par la même raison, que les miracles mêmes ne se font pas par une
nouvelle volonté de Dieu, estant conformes à son dessein general, et j'ay déjà remarqué dans
les précédentes que chaque volonté de ^#.[Dieu In E3 : Dieu renferme toutes les enferme les^#.] autres, mais avec quelque ordre de
priorité.
En effect, si j'entends bien le sentiment des auteurs des causes occasionnelles, ils introduisent
un miracle, qui ne l'est pas moins pour estre continuel. Car il me semble que la notion
du miracle ne consiste pas dans la rareté. On me dira que Dieu n'agit en cela que suivant une
regle generale, et par consequent sans miracle, mais je n'accorde pas cette conséquence, et je
crois que Dieu peut se faire des regles generales à l'égard des miracles mêmes, par exemple si
Dieu avoit pris la resolution de donner sa grace immediatement ou de faire une autre action de
cette nature; toutes les fois qu'un certain cas arriveroit, cette action ne laisseroit pas d'estre un
miracle, quoyqu'ordinaire. J'avoue que les auteurs des causes occasionnelles pourront donner
une autre definition du terme, mais il semble que, suivant l'usage, le miracle diffère interieurement,
et par la substance de l'acte, d'une action commune, et non pas par un accident
exterieur, de la frequente repetition; et qu'à proprement parler Dieu fait un miracle, lorsqu'il
fait une chose qui surpasse les forces qu'il a données aux creatures et ^#.[qu'il In E3 : qu'il l'y y^#.] ^#.[conserve. In L nachträglich: conserve. Par exemple si Dieu faisoit qu'un corps estant mis en mouvement circulaire, par le moyen d'une fronde, continuât d'aller librement en ligne circulaire, quand il seroit delivré de la fronde, sans estre poussé ou retenu par quoyque ce soit, ce seroit un miracle, car selon les loix de la nature, il devroit continuer en ligne droite par la tangente; et si Dieu decernoit que cela devroit tousjours arriver, il feroit des miracles naturels; ce mouvement ne pouvant point estre expliqué par quelque chose de plus simple. Ainsi de même il faut dire que, De
sorte que^#.] si la continuation du mouvement surpasse la ^#.[force In E3 : force du corps des corps,^#.] il faudra ^#.[dire, In A: dire, selon la
suivant la^#.] notion receu, que la continuation du mouvement est un vray miracle, au lieu que je
crois que la substance corporelle a la force de continuer ses changemens suivant les loix que
Dieu a mis[es] dans sa nature et qu'il y conserve. Et à fin de me mieux faire entendre, je crois
que les actions des esprits ne changent rien du tout dans la nature des corps, ny les corps dans
celle des esprits, et même que Dieu n'y change rien à leur occasion, que lorsqu'il fait un
miracle; et les choses, à mon avis, sont tellement concertées, que jamais esprit ne veut rien
efficacement, que lorsque le corps est prest de le faire, en vertu de ses propres loix et ^#.[forces. In L nachträglich: forces, au lieu que selon les auteurs des causes occasionnelles Dieu change les loix des corps à l'occasion de l'ame et vice versa. C'est là la difference essentielle entre nos sentimens. Ainsi
Ainsi^#.] on ne doit pas estre en ^#.[peine, In L nachträglich: peine, selon moy, comment comment^#.] l'ame peut donner quelque mouvement, ou
quelque nouvelle determination aux esprits animaux, puisqu'en effet elle ne leur en donne
jamais, d'autant ^#.[qu'il In A u. E3 : qu'il n'y a [n']y a^#.] nulle proportion entre un esprit et un corps, et qu'il n'y a rien
qui puisse determiner quel degré de vistesse un esprit donnera à un corps, pas même quel degré
de vitesse Dieu voudroit donner au corps à l'occasion de l'esprit suivant une loy certaine; la
même difficulté se trouvant à l'égard de ^#.[l'hypothèse In E3 : l'hypothèse d'une des des^#.] causes occasionnelles, qu'il y a à
l'égard de l'hypothèse d'une influence reelle de l'ame sur le corps et vice versa, en ce qu'on ne
voit point de connexion ou fondement d'aucune regle. Et si l'on veut dire, comme il semble que
M. Descartes, l'entend, que l'ame ou Dieu à son occasion, change seulement la direction ou
determination du
Der Satz wurde zunächst, wie in Kleindruck folgt, fortgesetzt:
mouvement ne pouvant changer sa quantité j'y trouve la même difficulté, car rien ne sçauroit determiner ce degré
ou angle de la direction nouvelle, d'autant que l'ame est indifferente à l'egard de[s] plagues du Monde et des
situations. Mais toutes ces difficultés inexplicables cessent, lors qu'on suppose, que Dieu a créé de telle sorte la
machine du monde que ses ressorts se trouvent tousjours prests à jouer d'eux mêmes dans le temps qu'il faut, au
souhait des esprits sans qu'il ait besoin de changer les loix du mouvement à l'occasion de leur volonté. On ne
sçauroit douter que Dieu n'ait pu se servir de cet artifice.
mouvement et non la force qui est dans les corps, ne luy paroissant pas probable que Dieu viole
à tout moment, à l'occasion de toutes les volontés des esprits, cette loy generale de la nature,
que la même force doit subsister, je reponds qu'il sera encor assez difficile d'expliquer quelle
connexion ^#.[il In E3 : il peut y avoir y peut avoir^#.] entre les pensées, de l'ame et les costés ou angles de la direction
des corps, et de plus qu'il y a encor dans la nature une autre loy generale, dont M. des Cartes ne
s'est point apperçu, qui n'est pas moins considerable, sçavoir que la ^#.[même In A: même direction ou determination subsiste tousjours en somme dans la nature. Car la determination
ou direction ^#.[en In E3 : en scene dans la nature; car somme doit tousjours subsister; car^#.]^#.] je trouve que ^#.[si In A: si l'on menoit on menoit^#.] quelque
ligne droite que ce soit, par exemple d'orient en occident par un point donné, et si on calculoit
toutes les directions de tous les corps du monde autant qu'ils avancent ou reculent dans les
^#.[lignes In A: lignes droites paralleles paralleles^#.] à cette ligne, la difference entre les sommes des quantités de toutes les
directions orientales, et de toutes les directions occidentales se trouveroit tousjours la même,
^#.[tant In E3 : tant en certains entre certains^#.] corps particuliers, si on suppose qu'ils ont seuls commerce entre eux
maintenant, qu'à l'égard de tout l'univers, où la difference est tousjours nulle, tout etant
parfaitement
Der Text wurde zunächst, wie in Kleindruck folgt, fortgesetzt:
balancé de sorte qu'il y a autant de raison pour la conservation de la direction que pour celle de la force, et l'ame
n'a plus de pouvoir sur l'un que sur l'autre et même ne fournit rien à l'occasion de quoy Dieu aye raison de
changer la vistesse ou la direction des corps. Celuy qui voudra expliquer comment la pensée est cause occasionnelle
du mouvement ne doit parler du bras, et semblables corps. Car c'est parler trop vaguement, mais il faut
prendre les premiers corps unis immediatement à l'ame, et les concevoir nuemant, par exemple un certain nombre
de boules, quelle pensée maintenant peut avoir [l']ame à l'occasion de la quelle Dieu suivant une certaine regle
ait sujet de donner aux balles une telle determination ou telle vistesse[?]
balancé et les directions orientales et ^#.[occidentales In A: occidentales sont parfaitement etant parfaitement^#.] egales dans ^#.[l'univers. In
L nachträglich: l'univers et si Si^#.] Dieu fait quelque chose contre cette regle, c'est un miracle.
Il est donc infiniment plus raisonnable et plus digne de Dieu de supposer qu'il a créé
d'abord en telle façon la machine du monde que, sans violer ^#.[à In A: à tous momens les tout moment les^#.] deux grandes
loix de la nature, sçavoir celles de la force et de la direction, et plus tost en les suivant
parfaitement, (excepté le cas de miracles), il arrive justement que les ressorts des corps soient
prests à jouer d'eux mêmes, comme il faut, dans le moment que l'ame a ^#.[une In A: une pensée ou volonté convenable volonté ou
pensée convenable^#.] qu'elle aussi bien n'a eues que conformement aux precedents estats des
corps, et qu'ainsi l'union de l'ame avec la machine du corps, et les parties qui y entrent, et
l'action ^#.[de In E3 : de l'une sur l'un sur^#.] l'autre ne consiste que dans cette concomitance, qui marque la sagesse
admirable du createur bien plus que toute autre Hypothese; on ne sçauroit disconvenir que
cellecy ne soit au moins possible, et que Dieu ne soit ^#.[assez In A u. E3 : assez habile ouvrier ^#.[grand In L nachträglich: grand artisan pour ouvrier^#.] pour^#.] la pouvoir
executer; après quoy on jugera aisement que cette Hypothese est la plus probable, estant la plus
^#.[simple, In L nachträglich: simple et la plus belle et^#.] la plus intelligible, ^#.[et In E3 u. L nachträglich: et retranche tout retranchant tout^#.] d'un coup toutes les
difficultés, pour ne rien dire des actions criminelles, où il paroist plus raisonnable de ne faire
concourir Dieu que par la seule conservation des forces créées.
Enfin, pour me servir d'une comparaison, je diray qu'à l'egard de cette concomitance que
je soutiens c'est comme à l'egard de plusieurs differentes bandes de musiciens ou choeurs,
jouans separement leurs parties, et placés en sorte qu'ils ne se voyent et même ne s'entendent
point, qui peuvent neantmoins s'accorder parfaitement en ^#.[suivant In L nachträglich: suivant seulement leurs leurs^#.] notes, chacun les
^#.[siennes, In E3 : siennes, en sorte de sorte^#.] que celuy qui les ecoute tous y trouve une harmonie merveilleuse et bien
plus surprenante que s'il y avoit de la connexion entre eux. Il se pourroit même faire que
quelqu'un estant du costé de l'un de ces deux choeurs jugeast par l'un ce que fait l'autre, et en
prist une telle habitude (particulierement si on supposoit qu'il pust entendre le sien sans le voir,
et voir l'autre sans l'entendre) que, son imagination y suppleant, il ne pensât plus au choeur où
il est, mais à l'autre, ou ne prit le sien que ^#.[pour In A u. E3 : pour l'echo de un echo de^#.] l'autre, n'attribuant à celuy où il
est que certains intermedes, dans ^#.[lesquels In L nachträglich: lesquelles certaines regles quelques regles^#.] de symphonie, par lesquelles il
juge de l'autre, ne paroissent point, ou bien attribuant au sien certains mouvemens qu'il fait
faire de son costé suivant certains desseins qu'il croit estre imités par les autres, à cause du
rapport à cela qu'il trouve dans la suite de la melodie, ne sçachant point que ceux qui sont de
l'autre costé font encore en cela quelque chose de repondant suivant leurs propres desseins.
Cependant je ne desapprouve nullement qu'on dise les esprits causes occasionnelles, et
même reelles en quelque ^#.[façon In A u. E3 : façon des mouvemens de quelques mouvemens^#.] des corps, car à l'egard des
resolutions divines, ce que Dieu a preveu ^#.[et In L nachträglich: et preétabli à preordonné à^#.] l'egard des esprits a ^#.[esté In L nachträglich: esté une occasion qu'il a prit à regler ainsi
l'occasion qu'il a reglé ainsi^#.] les corps d'abord à fin qu'ils conspirassent entre eux suivant les
loix et forces qu'il leur donneroit; et comme l'estat de l'un est une suite ^#.[immanquable In A: immanquable de l'autre, quoyque ... libre, on
quoyque souvent contingente et même libre, de l'autre, on^#.] peut dire que Dieu fait qu'il y a une
connexion reelle en vertu de cette notion generale des substances, qui porte qu'elles s'entrexpriment
parfaitement toutes; mais cette connexion n'est pas ^#.[immediate. In L nachträglich: immediate n'estant fondée que sur ce que Dieu a fait en les creant. Si
Der folgende in Kleindruck wiedergegebene Schluß dieses Absatzes wurde von Leibniz vor der Abfertigung
gestrichen.
n'estant fondé que sur les idées et decrets de Dieu, et cette connexion ou causalité reelle se peut reduire ad genus
*causae exemplaris vel etiam finalis, imo efficientis quoque si eam ita definiamus quemadmodum phaenomena
ostendunt*; Nam in rigore metaphysico solus Deus est causa efficiens per modum actionis transeuntis; idque
tribus modis, creando, conservando et miracula producendo.
Si^#.] l'opinion que j'ay, que la substance demande une veritable unité n'estoit fondée que
sur une definition que j'aurois forgée contre l'usage commun, ce ne seroit qu'une dispute
des ^#.[mots; In L nachträglich: mots; mais si ce n'estoit que j'eusse remarqué et distingué par là une notion negligée mal à
propos par les autres. Mais^#.] outre que les philosophes ordinaires ont pris ce terme à peu près de
la même façon, distinguendo unum per se et unum per accidens, formamque substantialem et
accidentalem, mixta imperfecta et perfecta, naturalia et artificialia, je prends les choses de
^#.[bien In E3 : bien haut, plus haut,^#.] et laissant là les termes, je croy que là où il n'y a que des estres par
aggregation, il n'y aura pas même des estres reels. Car tout estre par aggregation
suppose des estres doués d'une veritable unité, parce qu'il ne tient sa realité que de celle de
ceux dont il est composé, de sorte qu'il n'en aura point du tout, si chaque estre dont il est
composé est encore un estre par aggregation, ou il faut encore chercher un autre fondement de
sa realité, qui de cette manière, s'il faut tousjours continuer de chercher, ne se peut trouver
jamais.
J'accorde, Monsieur, que dans toute la nature corporelle il n'y a que des Machines (qui
souvent sont animées), mais je n'accorde pas qu'il n'y ait que des aggregés de substances, et
s'il y a des aggregés de substances, il faut bien qu'il y ait aussi de veritables substances, dont
tous les ^#.[aggregés In A: aggregés soyent faits. Il ^#', In E3, wie in L : aggregés resultent. Il resultent. Il^#.] faut donc venir necessairement ou aux points de Mathematique
dont quelques auteurs composent l'étendue, ou aux atomes ^#.[d'Epicure In A u. E3 : d'Epicure ou de et de^#.] M. Cordemoy
(qui sont des choses que vous rejettés avec moy), ou bien il faut avouer qu'on ne trouve
nulle realité dans les corps, ou enfin il y faut reconnoistre quelques substances qui aient une
veritable unité.
J'ay déjà dit dans une autre lettre que le composé des diamants du Grand Duc et du Grand
Mogol se peut appeller une paire de diamans, mais ce n'est qu'un estre de raison, et quand on
les approchera l'un de l'autre, ce sera un estre d'imagination ou perception, c'est à dire un
phenomène; car l'attouchement, le mouvement commun, le concours à un même dessein, ne
changent rien à l'unité substantielle.
Il est vray qu'il y a tantost plus, tantost moins de fondement de supposer comme si
plusieurs ^#.[choses In E3 : choses faisoient en faisoient^#.] une seule, selon que ces choses ont plus de ^#.[connexion, In A: connexion; car cela mais
cela^#.] ne sert qu'à abreger nos pensées et à representer les phenomenes. Il semble aussi que ce
qui fait l'essence d'un estre par aggregation n'est qu'une maniere d'estre de ceux dont il est
composé, par exemple, ce qui fait l'essence d'une armée n'est qu'une maniere d'estre des ^&!j(+1)
hommes qui la composent. Cette maniere d'estre suppose donc une substance dont l'essence ne
soit pas ^#.[une In A: une maniere d'etre [maniere] d'estre^#.] ^#.[d'une In A u. E3 : d'une autre substance. substance.^#.] Toute machine aussi suppose quelque
substance dans les pieces dont elle est faite, et il n'y a point de multitude ^#.[sans In A: sans de veritables des veritables^#.]
unités.
Pour trancher court, je tiens pour un axiome cette proposition identique, qui n'est diversifiée
que ^#.[par In A: par l'accent: que ^#', In E3 : par l'accident: que l'accent: savoir que^#.] ce qui n'est pas veritablement un estre,
n'est pas non plus veritablement un estre. On a tousjours crû que l'un et l'estre sont
des choses reciproques. Autre chose est ^#.[l'estre, In A: l'estre, et autre autre^#.] chose est des estres. Mais ^#.[le In A: le plurieux suppose ^#', In E3 : le plusieurs suppose pluriel
suppose^#.] le singulier, et là où il n'y a pas un estre, il y aura encor moins plusieurs estres. Que
peut on dire de plus ^#.[clair? In L nachträglich: clair? J'ay donc crû qu'il me seroit permis de distinguer les Estres d'aggregation des substances, puisque ces Estres n'ont leur unité que dans nostre esprit, qui se fonde sur les rapports ou modes des veritables substances. Si une machine est une substance, un cercle d'hommes, qui se prennent par les mains le sera aussi et puis une armée et enfin toute multitude de substances. Je
Je^#.] ne dis pas qu'il n'y a rien de substantiel ou rien que d'apparent dans les choses qui
n'ont pas une veritable unité, car j'accorde qu'ils ont tousjours autant de realité ^#.[ou In L nachträglich: ou de substantialité substantialité^#.]
qu'il y a de veritable unité dans ce qui entre dans leur composition.
Vous objectez, Monsieur, qu'il pourra estre de l'essence du corps de n'avoir pas une vraye
unité; mais il sera donc de l'essence du corps d'estre un phenomene, depourveu de toute realité,
comme seroit un songe reglé, car les phenomenes mêmes, comme l'arc en ciel ^#.[ou In E3 : ou un comme un^#.]
tas de pierres, seroient tout à fait imaginaires, s'ils n'estoient ^#.[composés In L nachträglich: composés d'estres qui des estres qui^#.] ont
une veritable unité.
Vous dites de ne pas voir ce qui me porte à admettre ces formes substantielles, ou plustost
ces substances corporelles douées d'une veritable unité; mais c'est parce que je ne conçois nulle
realité, sans une veritable unité. Et chez moy la notion de la substance singuliere enveloppe des
suites incompatibles avec un estre par aggregation; je conçois des proprietés ^#.[dans In A u. E3 : dans les substances qui la substance
qui^#.] ne sçauroient estre expliquées par l'étendue, la figure et le mouvement, outre qu'il
n'y a aucune figure exacte et arrestée dans les corps à cause de la sousdivision actuelle du
continu à l'infini; et que le mouvement, entant qu'il n'est qu'une modification de l'estendue et
changement de voisinage, enveloppe quelque chose d'imaginaire, en sorte qu'on ne sçauroit
determiner à quel sujet il appartient parmy ceux qui changent, si on n'a recours à la force qui
est cause du mouvement, et qui est dans la substance corporelle. J'avoue qu'on n'a pas besoin
de faire mention de ces substances et qualités pour expliquer les phenomenes particuliers; mais
on n'y a pas besoin non plus d'examiner le concours de Dieu, la composition du continu, le
plein et mille autres choses.
On peut expliquer machinalement, (je l'avoue), les particularités de la nature, mais c'est
après avoir reconnu ou supposé les principes de la mecanique même qu'on ne sçauroit establir,
a priori, que par des raisonnements de Metaphysique, et même les difficultés de compositione
continui ne se resoudront jamais, tant qu'on considerera l'etendue comme faisant la substance
des corps, et nous nous embarrassons de nos propres chimeres.
Je croy aussi que de vouloir renfermer dans l'homme presque ^#.[seul In A: seul toute la la^#.] veritable unité ou
substance, c'est estre aussi borné en metaphysique que l'estoient en physique ceux qui enfermoient
le monde dans une boule. Et les substances veritables estant autant d'expressions de tout
l'univers, pris dans un certain sens, et autant de replications des oeuvres divines, il est conforme
à la grandeur et à la beauté des ouvrages de Dieu (puisque ces substances ne ^#.[s'entrempechent In A: s'entrempechent presque point) d'en
pas) d'en^#.] faire dans cet univers autant qu'il se peut et autant que des raisons supérieures
permettent.
La supposition de l'etendue, toute nue, detruit toute cette merveilleuse varieté; la masse
seule (s'il estoit possible de la concevoir) est autant au dessous d'une substance, qui ^#.[est In E3 : est perspective et
^#.[^#.[perceptive In A: perceptive et representative de et^#.] representation de^#.]^#.] tout l'univers suivant son point de vue, et suivant les
impressions (ou plustost rapports) que son corps reçoit mediatement ou immediatement de tous
les autres, qu'un cadavre est au dessous d'un animal, ou plustost qu'une machine est au dessous
d'un homme. C'est même par là que les traits de l'avenir sont formés par avance et que les
traces du passé se conservent pour tousjours dans chaque chose, et que la cause ^#.[et In A u. E3 : et les effects s'entre-prêtent exactement l'effect
s'entrexpriment exactement^#.] jusqu'au detail de la moindre circomstance, quoyque tout effect
depende d'une infinité de causes, et que toute ^#.[cause In E3 : cause eût une ait une^#.] infinité d'effects; ce qu'il ne
seroit pas possible d'obtenir, si l'essence du corps consistoit dans une certaine figure, mouvement
ou modification d'estendue qui fut determinée. Aussi dans la nature il n'y en a point;
tout est indefini à la rigueur à l'egard de l'estendue, et ce que nous en attribuons aux ^#.[corps In E3 : corps n'est qu'un phenomene et une abstraction; ce ne
sont que des phenomenes et des abstractions; ce^#.] qui fait voir combien «on se trompe en» ces
matieres, faute d'avoir fait ces reflexions si necessaires pour reconnoistre les veritables principes
et pour avoir une juste idée de l'univers.
^#.[Et In A u. E3 fehlt: Et ... l'etendue. il me semble, qu'il y a autant de prejudice à ne pas entrer dans cette idée si
raisonnable, qu'il y en a à ne pas connoitre la grandeur du monde, la subdivision à l'infini et les
explications machinales de la nature. On se trompe autant de concevoir l'etendue comme une
notion primitive, sans concevoir la veritable notion de la substance et de l'action qu'on se
trompoit autresfois en se contentant de considerer les formes substantielles en gros, sans entrer
dans le detail des modifications de l'etendue.^#.]
La multitude des ames (à qui je n'attribue pas pour cela tousjours la volupté ou la douleur)
ne doit pas nous faire de peine, non plus que celle des atomes des Gassendistes, qui sont aussi
indestructibles que ces ames. Au contraire, c'est une perfection de la nature d'en avoir beaucoup,
une ame ou bien une substance animée estant infiniment plus parfaite qu'un atome, qui
est sans aucune varieté ou subdivision, au lieu que chaque chose animée contient un monde de
diversités dans une veritable unité. Or l'experience favorise cette multitude des choses animées.
On trouve qu'il y a une quantité prodigieuse d'animaux dans une goutte d'eau imbue de poivre;
et on en peut faire mourir des millions tout d'un ^#.[coup. In L nachträglich: coup et tant les grenouilles des Egyptiens que les cailles des Israelites dont vous parlés, Monsieur, n'y approchent point. Or Or,^#.] si ces animaux ont des ames, il
faudra ^#.[dire In L nachträglich: dire de leur ames de ces ames^#.] ce qu'on peut dire probablement des animaux mêmes, sçavoir qu'ils
ont déja esté vivants dès la creation du monde, et le seront jusqu'à sa fin, et que la generation
n'estant apparemment qu'un changement consistant dans l'accroissement, la mort ne sera qu'un
changement de diminution, qui fait rentrer cet animal dans l'enfoncement d'un monde et de
petites créatures où il a des perceptions plus bornées, jusqu'à ce que l'ordre l'appelle peutestre
à retourner sur le theatre. Les anciens se sont ^#.[trompés In A u. E3 : trompés d'avoir admis les d'introduir les^#.] transmigrations des
ames, au lieu des transformations d'un même animal qui garde tousjours la même ^#.[ame; In L nachträglich: ame; ils ont mis (metempsychoses
(metempsychoses^#.] pro metaschematismis).
Mais les esprits ne sont pas sousmis à ces ^#.[revolutions, In L nachträglich: revolutions ou bien il faut que ces revolutions des corps servent à l'oeconomie divine par rapport aux esprits. Dieu Dieu^#.] les crée quand il est temps
et les détache du ^#.[corps In L nachträglich: corps (au moins du corps grossier) par par^#.] la mort, puisqu'ils doivent tousjours garder leur qualités morales
et leur reminiscence, pour estre ^#.[citoyens In L nachträglich: citoyens perpetuels de de^#.] cette republique universelle toute parfaite, dont
Dieu est le Monarque, laquelle ne sçauroit perdre aucun de ses membres, et dont les loix sont
superieures à celles des corps.
J'avoue que le corps à part, sans l'ame, n'a qu'une unité d'aggregation; mais la realité qui
luy reste provient des parties, qui le composent et qui retiennent leur ^#.[unité. In L nachträglich: unité substantielle à cause des corps vivans qui y sont enveloppés sans nombre. Cependant Cependant^#.]
quoyqu'il se puisse qu'une ame ait un corps composé de parties ^#.[animées In A: animées d'ames par des ames^#.] à part,
l'ame ou forme du tout n'est pas pour cela composée des ames ou formes des parties. Pour ce
qui est d'un insecte qu'on coupe, il n'est pas necessaire que les deux parties demeurent
animées, quoyqu'il leur reste quelque mouvement. Au moins l'ame de l'insecte entier ne
demeurera que d'un seul costé; et comme dans la formation ^#.[et In A: et l'accroisement dans [l']accroisement^#.] de
l'insecte, l'ame y estoit dès le commencement dans une certaine partie déjà vivante, elle restera
aussi après la destruction de l'insecte dans une certaine partie encor vivante, qui sera tousjours
autant petite qu'il le faut, pour estre à couvert de l'action de celuy qui dechire ou dissipe le
corps de cet insecte, sans qu'il soit besoin de s'imaginer avec les juifs un petit os d'une dureté
insurmontable, où l'ame se sauve.
Je demeure d'accord qu'il y a des degrés de l'unité accidentelle, qu'une societé reglée a
plus d'unité qu'une cohue confuse, et qu'un corps organisé ou ^#.[bien In E3 : bien qu'une une^#.] machine a plus
d'unité qu'une societé, c'est à dire il est plus à propos de les concevoir comme une seule chose,
parce qu'il y ^#.[a In E3 : a du rapport entre plus des rapports entre^#.] les ingredients, mais enfin toutes ces unités ne
reçoivent leur accomplissement que des pensées et apparences, comme les couleurs et les autres
phenomenes, qu'on ne laisse pas d'appeler reels.
La ^#.[tangibilité In A: tangibilité d'un bloc de marbre, ou d'un tas de pierre ne d'un tas de pierres ou bloc de marbre ne^#.] prouve pas mieux sa realité
substantielle que la visibilité d'un arc en ciel prouve la sienne; et comme rien n'est si solide
qu'il n'ait ^#.[un In A: un certain degré degré^#.] de fluidité peutestre que ce bloc de marbre n'est qu'un tas d'une infinité
de corps vivants, ou comme un lac plein de poissons, quoyque ces animaux ordinairement ne se
distinguent à l'oeil que dans les «corps» demypourris.
On peut «donc dire» de ces composés et choses ^#.[semblables In A u. E3 : semblables ce que [ce que]^#.] Democrite en
disoit fort bien, sçavoir, Esse opinione, lege, nóm^v. Et Platon est dans le même sentiment à
l'egard de tout ce qui est purement materiel. Nostre esprit remarque ou conçoit quelques
substances veritables qui ont certains modes, ces modes enveloppent des rapports à d'autres
substances, d'où l'esprit prend occasion de les joindre ensemble dans la pensée et de mettre un
nom en ligne de compte pour toutes ces choses ensemble, ce qui sert à la commodité du
raisonnement, mais il ne faut pas s'en laisser tromper pour en faire autant de substances ou
estres veritablement reels, cela n'appartient qu'à ceux qui s'arrestent aux apparences, ou bien à
ceux qui font des realités de toutes les abstractions de l'esprit, et qui conçoivent le nombre, le
temps, le lieu, le mouvement, la ^#.[figure, In L nachträglich: figure, les qualités sensibles comme comme^#.] autant d'estres à part. Au lieu que je tiens,
qu'on ne sçauroit mieux retablir la philosophie, et la reduire à quelque chose de precis, que de
reconnoistre les seules substances ou estres accomplis, doués d'une veritable unité avec leurs
differens estats qui s'entresuivent; tout le reste n'étant que des phenomenes, des abstractions ou
des rapports.
On ne trouvera jamais rien de reglé pour faire une substance ^#.[veritable In A u. E3 : veritable par de plusieurs
estres par^#.] aggregation; par ^#.[exemple, In A u. E3 : exemple toutes les si les^#.] parties qui conspirent à un même dessein sont
plus propres à composer une veritable substance, que celles qui se touchent. Tous les officiers
de la compagnie des Indes de Hollande feront une substance reelle, bien mieux qu'un tas de
pierres, mais le dessein commun, qu'est il autre chose qu'une ressemblance, ou bien un ordre
d'actions et passions que nostre esprit remarque ^#.[dans In A: dans les choses des choses^#.] differentes? Que si l'on
veut preferer l'unité d'attouchement, on trouvera d'autres difficultés. Les corps fermes n'ont
peutestre leurs parties unies que par la pression des corps environnans, et d'eux mêmes, et en
leur substance ils ^#.[n'ont In A u. E3 : n'ont peutestre plus d'union pas plus d'union^#.] qu'un morceau de sable, arena sine calce.
Plusieurs anneaux entrelassés pour faire une chaine, ^#.[pourquoy In A: pourquoy composent ils composeront ils^#.] plustost
une substance veritable, que s'ils avoient des ouvertures ^#.[pour In E3 : pour se pouvoir pouvoir^#.] quitter l'un
l'autre? Il se peut que pas une des parties de la chaine ne touche l'autre, et même ne l'enferme
point, et que neantmoins elles soyent tellement entrelassées qu'à moins de se prendre d'une
certaine maniere, on ne les sçauroit separer, comme dans la figure cyjointe. Dirat-on en ce cas,
que la substance du composé de ces choses est comme en suspens, et depend
de l'adresse future de celuy qui les voudra déjoindre? Fictions de l'esprit
partout, et tant qu'on ne discernera pas ce qui est veritablement un estre
accompli, ou bien une substance, on n'aura rien à quoy on se puisse ^#.[arrester. In L nachträglich: arrester, et c'est là l'unique moyen d'establir des principes solides et reels. Pour Pour^#.]
conclusion, rien ne se doit asseurer sans fondement, c'est donc à ceux qui font des estres et des
substances sans une veritable unité de prouver, qu'il y a plus de realité que ce que nous venons
de ^#.[dire, In A u. E3 : dire et de monstrer en quoy elle consiste; et et^#.] j'attends la notion d'une substance ou d'un estre qui puisse
comprendre toutes ces choses; après quoy et ^#.[les In E3 : les parties et par[h]elies, et^#.] peutestre
encor les songes y pourront un jour pretendre, à moins ^#.[qu'on In E3 : qu'on ne donne donne^#.] des
limites bien precis[es] à ce droit de bourgeoisie qu'on veut accorder aux
estres formés par aggregation.
Je me suis estendu sur ces matieres, à fin que vous puissiés juger non seulement de mes
sentimens, mais encor des raisons qui m'ont obligé de les suivre, que je soumets à vostre
jugement, dont je connais l'equité et l'exactitude. J'y soumets aussi ce que vous aurés trouvé
dans les Nouvelles de la republique des lettres, pour servir de reponse à M. l'Abbé Catelan, que
je crois habile homme, après ce que vous en dites, mais ce qu'il a ecrit contre M. Hugens et
contre moy fait voir qu'il va un peu viste. Nous verrons comment il en usera maintenant.
Je suis ravi d'apprendre le bon estat de vostre santé, ^#.[et In E3 : et souhaite en souhaite^#.] la continuation,
avec tout le zele ^#.[et In A: et toute de toute^#.] la passion, qui fait que je suis, Monsieur, ^#.[vostre, In A: votre tres humble et tres obeïssant serviteur Leibniz etc.^#.]
P. S. Je reserve pour une autre fois quelques autres matieres que vous avés touchées dans
vostre lettre.