Series II Band 2 · No. 4.

LEIBNIZ AN LANDGRAF ERNST VON HESSEN-RHEINFELS FÜR AN­TO­INE ARNAULD

[Hannover, 12. April 1686.] [3.5.]

French

wurde durch die endgültige Fassung von Je ne sçay que bis de deference pour luy ersetzt (L2 ).

Quand on estime beaucoup les personnes, on souffre quelque chose de leur humeure, sur tout lors qu'on a connoissance des causes qui contribuent à les rendre difficiles. Les expressions de la lettre de M. Arnaud sont si eloignées de ce qu'on en pouvoit attendre qu'il faut se posseder pour ne les pas tourner d'un air bien different de celuy qu'il leur donne et j'avoue que malgré les plaintes de tant d'autres je n'aurois jamais crû, qu'une personne dont la reputation est si grande et si veritable iroit si viste dans ces jugemens d'autant que je sçay par experience que des personnes qu'on croit estre de tres bon sens ont pris mes pensées en bonne part et qu'ainsi je ne suis pas si seul de mon opinion, qu'il croit, quoyque je suis encor bien eloigné de les publier.

Mais j'ay appris à supporter les foiblesses des hommes qui «d'ailleurs» sont d'un grand merite. Je ne luy avois communiqué mes pensées que pour apprendre ce qu'une personne de grand sçavoir et jugement y pourroit trouver à dire après une meme consideration, et j'esperois une reponse qui monstreroit plus d'equité et moins de promtitude et prevention que je ne trouve en cellecy, où je voy des difficultés de peu de consequence, poussées d'une maniere tragique et qui «donnent» de la frayeur mais comme en donnent des phantomes que la lumiere d'un retour d'equité dissiperoit d'abord quoyqu'il en soit.

Je me puis vanter d'estre un des plus dociles et des plus moderés. Et je veux faire en sorte, si je puis que M. Arnaud le puisse reconnoistre luy même non seulement par la protestation, que j'avois faite d'abord dans ma precedente car il ne couste rien de faire le moderé avant qu'on trouve sujet de ne le pas estre, mais encor apresent par l'effect même. Je veux donc faire abstraction de tout ce qui ne touche pas la matiere en elle même, pour eviter ce qui peut aigrir, et j'espere (s'il daigne de m'eclaircir) qu'il aura la bonté d'en user de même. Je me contenteray seulement de dire en passant que certaines conjectures qu'il fait à mon egard sont fort eloignées de ce qui est en effect. Cependant je ne laisse pas de reconnoistre sa bonne volonté et si je merite qu'il interrompe tant soit peu d'autres soins plus importans pour exercer la charité qu'il y auroit de me tirer des erreurs qu'il croit dangereuses. Et donc je declare de bonne foy de ne pouvoir encor comprendre le mal. Je luy aurois asseurement beaucoup d'obligation, d'autant plus que peu de gens le peuvent faire mieux que luy. Mais je le prie de considerer si les jugemens, qui vont si viste, et ces grands mots qui semblent d'abord accuser d'extravagance et d'impieté tout ce qui n'a pas le bien de nous plaire, sont propres à faire un bon effect, ou plus tost si ordinairement n'en font un tres mauvais et le feroient à l'egard d'un autre, comme l'experience l'a fait voir à luy même. Quant à moy j'avoue qu'il peut en user comme il le trouvera convenable, parce que rien ne l'oblige d'avoir de la consideration pour moy (si ce n'est, qu'il aye egard à V.A.S.). Mais j'espere que sa propre vertu luy conseillera la moderation.

Et pour maintenant je tacheray de luy oster une opinion estrange, qu'il a concüe peut estre un peu trop promtement. J'avois dit dans le 13me article de mon sommaire: que la notion individuelle de chaque personne enferme une fois pour toutes ce qui luy arrivera à jamais; il en tire cette consequence: que tout doit arriver par une necessité plus que fatale, et il adjoute, que peutestre je ne trouveray pas d'inconvenient à la consequence qu'il tire. Cependant j'avois protesté expressement dans le même article de ne la pas admettre. Il faut donc ou qu'il doute de ma sincerité, dont je ne luy ay donné aucun sujet, ou qu'il n'ait pas assez examiné ce qu'il refutoit, ce que je ne blameray pourtant pas puisqu'il ecrivoit une lettre particuliere et à la haste dans un temps où quelque incommodité ne luy laissoit pas la liberté d'esprit entiere, comme le temoigne sa lettre meme.

Zweiter, in L1 ebenfalls gestrichener Ansatz zu einer Neufassung des Briefanfangs:

Il est juste de souffrir quelque chose des personnes d'un grand merite, quand on voit qu'il y a des raisons qui les peuvent mettre en mauvaise humeur et qui diminuent la liberté d'esprit pourveu neantmoins que leur promtitude ne tire point à consequence, et qu'un retour d'equité dissipe les phantomes de la prevention, qui les avoient effrayé[e]s. J'attends cette justice de M. A. Il eprouvera ma docilité et ma moderation, c'est pourquoy quelque sujet que j'aye de me plaindre je veux laisser là toutes les reflexions, qui ne sont pas essentielles à la matiere, le suppliant d'en user de même. Et cependant je l'asseure, que ses conjectures desavantageuses vont trop viste, que quelques personnes de tres bon sens n'ont pas jugé comme luy, et que neantmoins je suis bien eloigné du dessein de publier des choses abstraites, qui lors meme qu'elles sont incontestables ne sont pas au goust de tout le monde. Il sçait que je ne suis pas d'humeur à publier trop promptement mes decouvertes et j'en ay dont le public ne sçait encor rien, j'avois seulement desiré son jugement pour en profiter.

^#.[Je In A u. E4 : Monseigneur je ne ne^#.] sçay que ^#.[dire In A: dire à la de la^#.] lettre de M. A., et je n'aurois jamais crû qu'une personne dont la reputation est si grande et si veritable et dont nous avons de si belles reflexions de morale et de logique iroit si viste dans ses jugemens. Après cela, je ne m'étonne plus si quelques uns se sont emportés contre luy. Cependant je tiens qu'il faut souffrir quelquefois la mauvaise humeur d'une personne dont le merite est extraordinaire, pourveu que son procedé ne tire point à consequence, et qu'un retour d'equité dissipe les phantômes d'une prevention mal fondée. J'attends cette justice de M. A. Et cependant, quelque sujet que j'aye de me plaindre, je veux supprimer toutes les ^#.[reflexions In A u. E4 : reflexions qui pourroient aigrir, et qui ne sont pas essentielles à la matiere. Mais qui ne sont pas essentielles à la matiere, et qui pourroient aigrir mais^#.] j'espere qu'il en usera de même, s'il a la bonté de m'instruire. Je le puis asseurer seulement que certaines conjectures qu'il fait sont fort differentes de ce qui est en effect, que quelques personnes de bon sens ont fait un autre jugement et que non obstant leur applaudissement, je ne me presse pas ^#.[trop In A u. E4 : trop de publier quelque à publier si tost quelque^#.] chose sur des matieres abstraites, qui sont au goust de peu ^#.[de In A u. E4 : de personnes, puisque gens, puisque^#.] le public n'a presque ^#.[rien In A: rien appris encor appris^#.] depuis plusieurs années de quelques decouvertes plus ^#.[plausibles In E4 : plausibles que celles que que^#.] j'ay. Je n'avois mis ces Meditations par ecrit, que pour profiter en mon particulier des ^#.[jugemens In A u. E4 : jugemens des plus habiles de quelques personnes habiles^#.] et pour me confirmer ou corriger dans la ^#.[recherche In A u. E4 : recherche des ou connoissance des^#.] plus importantes verités. Il est vray que quelques personnes d'esprit ^#.[ont In A u. E4 : ont gouté mes approuvé mes^#.] opinions, mais je seray le premier à les desabuser, ^#.[si In A u. E4 : si vous jugés qu'il je puis juger qu'il^#.] y a le moindre ^#.[inconvenient In A u. E4 : inconvenient. Cette dans ces principes. Cette^#.] declaration est ^#.[sincere, In A u. E4 : sincere, et ce ne seroit pas la premiere fois que j'ai profité des instructions des personnes éclairées. C'est pourquoy je merite et si je merite^#.] que M. A. exerce à mon egard cette charité qu'il y auroit de me ^#.[tirer In A u. E4 : tirer de mes erreurs des erreurs,^#.] qu'il croit dangereuses et dont je declare de bonne foy de ne pouvoir encor comprendre le mal, je luy auray asseurement une tres grande obligation.

Mais j'espere qu'il en usera avec quelque moderation, et qu'il me rendra justice, puisqu'on la doit au moindre des hommes quand on luy a fait tort par un jugement precipité.

Il choisit une de mes theses pour monstrer qu'elle est dangereuse. Mais ou je suis ^#.[incapable In A u. E4 : incapable pour le présent de de^#.] comprendre la difficulté, ou je n'en vois aucune. Ce qui ^#.[m'a In A: m'a remis un peu de repris de^#.] ma surprise, et m'a fait croire, que ce que dit M. Arnaud ne vient que de prevention.

Je tacheray donc de luy oster cette opinion estrange qu'il a conçue un peu trop promtement. J'avois dit, dans le 13me article de mon sommaire que la notion individuelle de chaque personne enferme une fois pour toutes ce qui luy arrivera à jamais. Il en tire cette consequence ^#.[que In A: que ce tout ce^#.] qui arrive à une personne, et même à tout le genre humain, doit arriver par une necessité plus que fatale, comme si les notions ou previsions rendoient les choses necessaires, et comme si une action libre ne pouvoit estre comprise dans la notion ou vue parfaite que Dieu a de la personne à qui elle appartiendra. Et il adjoute que peutestre je ne trouveray pas d'inconvenient à la consequence qu'il tire. Cependant j'avais protesté expressement dans le même article de ne pas admettre une telle consequence. Il faut donc, ou qu'il doute de ma sincerité, dont je ne luy ay donné aucun sujet, ou qu'il n'ait pas assez examiné, ce qu'il refutoit. Ce que je ne blameray pourtant pas, comme il semble que j'aurois droit ^#.[de In A: de le faire faire^#.] parce que je considere qu'il ecrivoit dans un temps ^#.[où In A u. E4 : où quelques incommodités ne lui lassoient pas quelque incommodité ne luy laissoit pas^#.] la liberté d'esprit entiere comme le temoigne sa lettre même. Et je desire de faire connoistre combien j'ay de deference pour luy.

Je Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand ergänzt und wieder durchgestrichen: Je mettray aussi à part ce que d'autres jugeroient de mes meditations. Car je ne me precipite point à publier ce que je croy d'avoir decouvert. Et M. A. sçait que j'ay plusieurs choses depuis plusieurs années dont le public ne sçait encor rien. J'avois seulement demandé le sentiment de M. A. à dessein d'en profiter. Il est vray que son temps est pretieux mais j'avois crû que l'importance de la matiere et l'utilité de ces pensées si elles sont vrayes le pourroit inviter et même luy donneroit du plaisir en les examinant. viens à la preuve de sa consequence, et pour y mieux satisfaire, je rapporteray les propres paroles de M. Arnaud.

Si cela est (: sçavoir que la notion individuelle de chaque personne enferme une fois pour toutes ce qui luy arrivera à jamais :) ^#.[Dieu In A u. E4 : Dieu n'a pas été libre [n'a pas esté] libre^#.] de créer tout ce qui est depuis arrivé au genre ^#.[humain In A u. E4 : humain, et ce qui et qui^#.] luy arrivera à ^#.[jamais In A u. E4 : jamais doit arriver a dû et doit arriver^#.] par une necessité plus que fatale. (: Il y avoit quelque faute dans la copie, In A u. E4 ist angemerkt : M. Leibniz n'a pas reussi à bien restituer la copie defectueuse. Il faut lire ainsi: Si cela est, Dieu a eté libre de créer ou de ne pas créer Adam, mais supposant qu'il l'ait voulu créer, tout ce qui est etc. Voyez la lettre de M. Arnauld au prince Ernest, du 13. mars 1686 (lettre 552). mais je croy de la pouvoir restituer, comme je viens de faire :) Car la notion individuelle d'Adam a enfermé qu'il auroit tant ^#.[d'enfans In L1 nachträglich: d'enfans (: Je l'accorde :) et donc et^#.] la notion individuelle de chacun de ces enfans tout ce qu'ils feroient, et tous les enfants qu'ils auroient, et ainsi de ^#.[suite. In L1 nachträglich: suite. (: Je l'accorde encor, car ce n'est que ma these appliquée à quelque cas particulier. :) Il Il^#.] n'y a ^#.[donc In A: donc plus ^#', In E4 : donc pas eu plus pas plus^#.] de liberté en *Dieu à l'egard de tout cela, supposé qu'il ait voulu créer Adam, *que de pretendre qu'il a esté libre à Dieu en supposant qu'il m'a voulu créer de ne point créer de nature capable de penser*. Ces dernieres paroles doivent contenir proprement la preuve ^#.[de In A: de sa consequence la consequence.^#.]* Mais il est tres manifeste, qu'elles confondent necessitatem ex hypothesi avec la necessité *absolue. On a tousjours distingué entre ce que Dieu est libre de faire absolument, et entre ce ^#.[qu'il In A u. E4 : qu'il s'est obligé de s'oblige de^#.] faire en vertu de certaines resolutions déja prises, et il n'en prend gueres* qui n'ayent déja egard à tout. Il est peu digne de Dieu ^#.[de In A: de les concevoir, le concevoir,^#.] (sous pretexte de *maintenir sa liberté) à la façon de quelques Sociniens, et comme un homme, qui prend des resolutions selon les occurrences, et qui maintenant ne seroit plus libre de créer ce qu'il trouve bon, si ses premieres resolutions à l'egard d'Adam ou ^#.[autres In A u. E4 : autres renfermaient déja enferment déja^#.] un rapport [à]* *ce qui touche leur posterité, au lieu que tout le monde demeure d'accord que Dieu a reglé de toute eternité toute la suite de l'univers, sans que cela diminue sa liberté en aucune maniere. Il est visible aussi que cette objection detache les volontés de Dieu les unes des autres, qui pourtant ont du rapport ensemble. Car il ne faut pas considerer la volonté de Dieu de créer un tel Adam, detachée de toutes les ^#.[autres In A: autres qu'il volontés qu'il^#.] a à l'egard des enfans d'Adam, et de* *tout le genre humain, comme si Dieu premierement faisoit le decret de créer Adam sans aucun rapport à sa posterité, et par là neanmoins, selon moy, s'ostoit la liberté de créer la posterité d'Adam comme bon luy semble. Ce qui est raisonner fort estrangement. Mais il faut plustost considerer que Dieu, choisissant, non pas un Adam vague, mais un tel Adam, dont une parfaite representation se ^#.[trouve In A u. E4 : trouve parmy les estres possibles, dans les idées de Dieu, accompagné dans les idées de Dieu parmy les estres possibles, accompagné^#.] de* *telles circomstances individuelles, et qui entre autres predicats a aussi celuy d'avoir avec le temps une telle posterité. Dieu, dis-je le choisissant a déja egard à sa posterité, et choisit en même temps l'un et l'autre. En quoy je ne sçaurois comprendre qu'il y aye du mal. Et s'il agissoit autrement, il n'agiroit point en Dieu. Je me serviray d'une comparaison[:] un prince sage, qui choisit un General, dont il sçait les liaisons, choisit en effect en même temps quelques Colonels et Capitains qu'il sçait bien que ce general recommandera et qu'il ne voudra pas luy refuser ^#.[pour In E4 : pour quelques raisons certaines raisons^#.] de prudence, qui ne detruisent pourtant point son pouvoir* *absolu ny sa liberté. Tout cela a lieu en Dieu par plus forte raison. Donc pour proceder exactement, il faut considerer en Dieu une certaine volonté plus generale et plus ^#.[comprehensive, *In A*: comprehensive, qu'à l'egard qu'il a à l'egard^#.] de tout l'ordre de l'univers, puisque l'univers est comme un tout que* *Dieu penetre d'une seule veue, car cette volonté comprend virtuellement les autres volontés touchant ce qui entre dans cet univers et parmi les autres aussi celle de créer un tel Adam, le quel se rapporte à la suite de sa ^#.[posterité, In A: posterité, laquelle Dieu que Dieu^#.] a aussi choisie telle; et mêmes on peut* dire que ces ^#.[volontés In A u. E4 : volontés en particulier du particulier^#.] ne diffèrent de la ^#.[volonté In A u. E4 : volonté en general, du general,^#.] que par un *simple rapport et à peu prés comme la situation d'une ville, considerée d'un certain point de vue diffère de son plan geometral. Car elles expriment toutes tout l'univers, comme chaque situation exprime la ville. En effect, plus on est ^#.[sage, In A: sage et moins moins^#.] on a de volontés detachées et plus les ^#.[veues In A: veues les et* les^#.] volontés qu'on a ^#.[sont In A u. E4 : sont liées et comprehensives. Et comprehensives et liées. Et^#.] chaque volonté particuliere enferme un rapport à toutes les autres, afin qu'elles soyent le mieux concertées qu'il ^#.[est In A: est impossible. Bien possible. *Bien^#.] loin de trouver là dedans quelque chose qui choque, je croirois que le contraire detruit la perfection de Dieu. Et à mon avis, il faut estre bien difficile ou bien prevenu pour trouver dans des sentimens si innocens, ou plutost si raisonnables de quoy faire des ^#.[exaggerations In A u. E4 : exaggerations aussi etranges si* *estranges^#.] que celles qu'on a envoyées à V.A.

Pour peu qu'on pense aussi à ce que je dis, on trouvera qu'il est manifeste ex terminis.* *Car, par la notion individuelle d'Adam, j'entends certes une parfaite representation d'un tel Adam qui a de telles conditions individuelles, et qui est distingué par là d'une infinité d'autres personnes possibles fort semblables, mais pourtant differentes de luy (comme toute ellipse diffère du cercle, quelque approchante qu'elle soit), auxquelles Dieu l'a preferé, parce qu'il luy a plu de choisir justement un tel ordre de l'univers, et tout ce qui s'ensuit de sa resolution, n'est necessaire que par ^#.[une In E4 : une suite hypothetique, necessité hypothetique,^#.] et ne detruit nullement la liberté de Dieu, ny* *celle des esprits creés. Il y a un Adam possible dont la posterité est telle, et une infinité d'autres dont elle seroit autre, n'est il pas vray ^#.[que In A u. E4 : que les Adams ces Adams^#.] possibles (si on les peut appeller ainsi)* *sont differens entre eux et que Dieu n'en a choisi qu'un qui est justement le nostre? Il y a tant de raisons qui prouvent l'impossibilité, pour ne pas ^#.[dire In A: dire absurdité ou même l'absurdité et même^#.] impieté du* *contraire, que je croy que dans le fonds tous les hommes sont du même sentiment, quand ils pensent un peu à ce qu'ils disent. Peutestre aussi que si M. A. n'avoit pas eu de moy le prejugé qu'il s'est fait d'abord, il n'auroit pas trouvé mes propositions si estranges, et n'en auroit pas tiré de telles consequences.

Je crois en conscience d'avoir satisfait à l'objection de M. Arnaud, et je suis bien aise de voir que l'endroit qu'il a choisi comme un des plus choquants, l'est si peu à mon avis. Mais je ne sçay si je pourray avoir le bonheur de faire en sorte que M. Arnaud le reconnaisse aussi. Le grand merite parmy mille avantages a ce petit defaut, que les personnes qui en ont ayant raison de se fier à leur sentimens ne sont pas aisement desabusées. Pour moy, qui ne suis pas de ce caractere, je ferois gloire d'avouer, que j'ay esté mieux instruit et même j'y trouverais du plaisir, pourveu que je le puisse dire sincerement et sans flatterie.

Au reste, je desire aussi que M. Arnaud sçache que ^#.[je In A u. E4 : je ne pretends pretends^#.] nullement à la gloire* *d'estre novateur, comme il semble qu'il a pris mes sentimens. Au contraire, je trouve ordinairement que les opinions les plus anciennes et les plus receues sont les meilleures. Et je ne croy pas qu'on puisse estre accusé d'estre novateur, quand on produit seulement quelques nouvelles verités, sans renverser les sentimens etablis. Car c'est ce que font les geometres, et tous ceux qui passent plus avant. Et je ne sçay s'il sera facile de marquer des opinions autorisées à qui les miennes soyent opposées. C'est pourquoy ce que M. Arnaud dit de l'Eglise n'a rien de commun avec ces meditations, et je n'espere pas qu'il veuille ny qu'il puisse asseurer qu'il y a [quoy] que ce soit là dedans qui passeroit pour heretique en quelque Eglise que ce soit. Cependant si celle où il est, estoit si prompte à censurer, un tel procedé deuvroit servir d'avertissement pour s'en donner de garde. Et dès qu'on voudroit produire quelque meditation qui auroit le moindre rapport à la religion, et qui iroit un peu au delà de ce qui s'enseigne aux enfants, on seroit en danger de se faire une affaire, à ^#.[moins In A: moins d'avoir que d'avoir^#.]* quelque ^#.[Pere In A u. E4 : Pere d'Eglise pour pour^#.] garant, qui dise la même chose in ^#.[terminis. In A u. E4 : terminis. Encore cela Quoyque cela^#.] peutestre ne *suffiroit-il pas pour une entiere asseurance, surtout quand on n'a pas de quoy se faire menager.

Si V.A.S. n'estoit pas un prince dont les lumieres sont aussi grandes que la moderation, je n'aurois eu garde de l'entretenir de ces choses maintenant à qui s'en rapporter mieux qu'à Elle, et puisqu'elle a eu la bonté de lier ce commerce pourroit-on sans imprudence aller choisir un autre arbitre? D'autant qu'il ne s'agit pas tant de la verité de quelques propositions, que de leur consequence et tolerabilité, je ne croy pas qu'elle approuve que les gens soyent foudroyés pour si peu de chose. Mais peutestre aussi que M. A. n'a parlé en des termes si durs qu'en croyant que ^#.[j'admettrois In A: j'admettois la la^#.] consequence, qu'il a raison de trouver effrayante, et qu'il changera de* *langage après mon eclaircissement et desaveu à quoy sa propre equité pourra contribuer autant que l'autorité de V.A.

Je suis avec ^#.[devotion,^#.] In A u. E4 : devotion, Monseigneur, de V.A.S. le tres humble et tres obeissant serviteur