French
J'ay receu le jugement de M. Arnaud, et je trouve apropos de le desabuser, si je puis, par
le papier cy joint en forme de lettre à V.A.S. Mais j'avoue que j'ay eu beaucoup de peine de
supprimer l'envie que j'avois tantost de rire, tantost de témoigner de la compassion, voyant que
ce bon homme paroist en effect avoir perdu une partie de ses lumieres et ne se peut empecher
d'outrer toutes choses, comme font les melancoliques, à qui tout ce qu'ils voyent ou songent
paroist noir. J'ay gardé beaucoup de moderation à son egard, mais je n'ay pas laissé de luy faire
connoistre doucement qu'il a tort. S'il a la bonté de me retirer des erreurs, qu'il m'attribue, et
qu'il croit voir ^#.[dans In A u. E4 : dans mes Ecrits je mon ecrit,^#.] je souhaiterois qu'il supprimat les reflexions personnelles, et
les expressions dures; que j'ay dissimulées par le respect que j'ay pour V.A.S. ^#.[et In E4 : et pour la par la^#.]
consideration que ^#.[j'ay In A: j'ay pour eu pour^#.] le merite du bonhomme. Cependant j'admire la difference
qu'il y a entre ^#.[nos In A u. E4 : nos Saints pretendus, Santons pretendus,^#.] et entre les personnes du Monde, qui n'en affectent
point l'opinion et en ^#.[possedent In A: possedent d'avantage bien d'avantage^#.] l'effect. V.A.S. est un prince souverain et
cependant elle a monstré à mon egard une moderation que j'ay admirée. Et M. Arnaud est un
Theologien fameux, que les meditations des choses divines deuvroient avoir rendu doux et
^#.[charitable. In A: charitable; et cependant Cependant^#.] tout ce qui vient de luy paroist souvent fier et farouche et plein de
dureté. Je ne m'etonne pas maintenant s'il s'est brouillé si aisement avec le P. Malebranche et
autres, qui estoient fort de ses amis. Le Pere Malebranche avoit publié des ecrits, que M. Arnaud
a traité d'extravagans à peu prés comme il fait à mon egard. Mais le monde n'a pas
tousjours esté de son sentiment. Il faut cependant qu'on se garde bien d'irriter son humeur
bilieuse. Cela nous osteroit tout le plaisir et toute la satisfaction que j'avois attendue d'une
collation douce et raisonnable. Je croy qu'il a receu mon papier quand il estoit en mauvaise
humeur, et que se trouvant importuné par là, il s'en a voulu vanger par une reponse rebutante.
Je sais que, si ^#.[V.A.S. In A u. E4 : V.A.S. a le avoit le^#.] loisir de considerer l'objection qu'il me fait elle ne pourroit
s'empecher de rire, en voyant le peu de sujet qu'il y a de faire des exclamations si tragiques. A
peu près comme on riroit en ecoutant un orateur qui diroit à tout moment o coelum, o terra, o
maria Neptuni. Je suis heureux s'il n'y a rien de plus ^#.[choquant In E4 : choquant et de ou de^#.] plus difficile dans mes
pensées que ce qu'il objecte. ^#.[Car In A u. E4 : Car si selon luy si^#.] ce que je dis est vray (sçavoir que la notion ou
consideration individuelle d'Adam enferme tout ce qui ^#.[luy In A u. E4 : lui doit arriver et arrivera et^#.] à sa posterité); il
s'ensuit, selon M. A. que Dieu n'aura plus de liberté maintenant à l'egard du genre humain. Il
s'imagine donc Dieu, comme un homme qui prend des resolutions selon les occurrences, au
lieu que Dieu ^#.[prevoyant In A u. E4 : prevoyant tout et et^#.] reglant toutes choses de toute eternité a choisi du primabord toute
la suite et connexion de l'univers, et par consequent non pas un Adam tout simple, ^#.[mais In A u. E4 : mais cet Adam un
tel Adam,^#.] dont il prevoyoit, qu'il feroit de telles choses et qu'il auroit de tels enfans, sans que
cette providence de Dieu reglée de tout temps soit contraire à sa liberté. De quoy tous les
theologiens (à la reserve de quelques Sociniens qui conçoivent Dieu d'une ^#.[maniere In A u. E4 : maniere tres-humaine
humaine)^#.] demeurent d'accord. Et je m'etonne que l'envie de trouver je ne sçay quoy de
choquant dans mes pensées dont ^#.[la In E4 : la prévoyance avoit prevention avoit^#.] fait naistre en son esprit une idée
confuse et mal digerée, a porté ce sçavant homme à parler contre ses propres lumieres et
sentimens. Car je ne suis pas assez peu equitable, pour l'imiter et pour luy ^#.[imputer In E4 : imputer ce dogme le dogme^#.]
dangereux de ces Sociniens (qui detruit la souveraine perfection de Dieu) quoyqu'il semble d'y
^#.[incliner In E4 : incliner dans presque dans^#.] la chaleur de la dispute. Tout homme qui agit sagement considere
toutes les circomstances et liaisons de la resolution qu'il prend; et cela suivant la mesure de sa
capacité. Et Dieu qui voit tout parfaitement et d'une seule veue peut il manquer d'avoir ^#.[pris In A u. E4 : pris ses resolutions
des resolutions^#.] conformement à tout ce qu'il voit[?] Et peut il avoir choisi un tel Adam sans
considerer et resoudre aussi tout ce qui a de la connexion avec luy[?] Et par consequent il est
ridicule de dire que cette resolution libre de Dieu luy oste sa liberté. Autrement, pour estre
tousjours libre, il faudroit estre tousjours irresolu. Voilà ces pensées choquantes dans l'imagination
de M. Arnaud. Nous verrons si à force de consequences il en pourra tirer quelque
chose de plus mauvais.
Cependant la plus importante reflexion que je fais là dessus, c'est que luy même autresfois
a ecrit expressement à V.A.S. que pour des opinions de philosophie on ne feroit point de peine à
un homme qui ^#.[seroit In A u. E4 : seroit de leur dans leur^#.] Eglise, ou qui en voudroit estre, et le voilà luy même
maintenant qui oubliant cette moderation se dechaine sur un rien. Il est donc dangereux de se
commettre avec ces gens là, et V.A.S. voit combien on doit ^#.[prendre In A: prendre de mesures. des mesures.^#.] ^#.[Aussi In A: Aussi a c'été une In E4 : Aussi a-ce été une
estoit ce une^#.] des raisons que j'ay eue ^#.[de In A u. E4 : de communiquer faire communiquer^#.] ces choses à M. Arnaud,
sçavoir ^#.[pour In A u. E4 : pour le sonder et sonder un peu, et^#.] pour voir comment il se comporteroit, mais tange montes et
fumigabunt. Aussi tost qu'on s'écarte tantost peu du sentiment de quelques docteurs, ils eclatent
en foudres et en tonnerres. Je croy bien que le monde ne seroit pas de son sentiment, mais il est
tousjours bon d'estre sur ses gardes. V.A. cependant aura occasion peutestre de luy representer,
que c'est rebuter les gens ^#.[sans In E4 : sans merite que necessité que^#.] d'agir ^#.[de In A u. E4 : de la sorte, afin cette maniere, à fin^#.] qu'il en use
doresnavant avec un peu plus de moderation. Il me semble que V.A. a echangé des lettres avec
luy touchant les voyes de contrainte dont je souhaiterois d'apprendre le resultat. E4 endet nach: resultat.
Au reste S.A.S. mon maistre est allé maintenant à ^#.[Rome, In A: Rome, etc. etc. etc. Je suis et il ne reviendra pas
apparemment en Allemagne si tost qu'on avoit cru. J'iroy un de ces jours à Wolfenbutel, et
alors je tacheray de ravoir le livre de V.A. On dit qu'il y a une Histoire des Heresies modernes
de M. Varillas. La lettre de Mastrich touchant les conversions de Sedan paroist fort raisonnable
et M. Mainbourg, dit on, rapporte que S. Gregoire le Grand approuvoit aussi ce principe qu'il
ne faut pas se mettre en peine si les conversions des heretiques sont feintes, pourveu qu'on
gagne par là veritablement leur posterité. Mais ce n'est pas permis de tuer des ames pour en
gagner d'autres.
Die folgende nur von Rommel (E2 ) gedruckte Fortsetzung des Absatzes konnte nirgendwo
nachgewiesen werden.
quoyque Charles Magne en ait usé de même à peu prés contre les Saxons, en les forçant à la
Religion l'espée à la gorge. Maintenant nous avons icy Monsieur Leti, qui nous a apporté son
Histoire de Geneve en cinq volumes, dediée à la Maison de Brunsvic. Je ne sçay quel rapport il
y a trouvé. Il dit d'assez jolies choses quelques fois, et est homme de bon entretien.
Je suis^#.] etc.