Series II Band 2 · No. 32.

LEIBNIZ AN PIERRE BAYLE

[Hannover, 19. Januar 1687.] [31.]

French

Monsieur

Ce Am Kopf des Briefes: À Monsieur Bayle (auteur des nouvelles de la republique des lettres.) qui me plait le plus dans la reponse de M. l'Abbé C. que vous avés inserée dans vos nouvelles instructives du septembre passé, c'est qu'elle me donne l'occasion de faire quelque connoissance avec une personne de vostre merite. Je vous envoye ma replique cy-jointe, et en cas que vous la voulés employer je vous supplie de ne mettre en cette rencontre que M. L. au lieu de marquer mon nom tout entier. Messieurs de Leipzig en usent de même. Car quoyque j'aye fait imprimer quelques essais touchant le droit, la physique, les mathematiques et même touchant les affaires qu'un grand prince m'avoit ordonné à éclaircir, j'ay abstenu le plus souvent de mettre mon nom.

On a publié icy un ouvrage in grand folio dont vous pourriés peutestre faire mention dans l'article des livres, si vous le trouvés apropos. Le titre est: Justa funebria Serenissimo Principi *Johanni Friderico Brunsvicensium et Luneburgensium Duci à Rmo et Smo Fratre Ernesto Augusto Episcopo Osnabrugensi Duce Brunsv. et Luneb. persoluta*. Plusieurs empechemens n'ont pas permis que cet ouvrage fait à l'honneur de feu Monseigneur le Duc d'Hanover ait pû paroistre plus tost. Il y a des panegyriques, vers, devises, pourtraits, medailles, armoiries, descriptions et representations des ceremonies, suivant ce qui se practique chez les princes d'Allemagne. On voit d'autres livres de cette nature qu'on a publiés à l'honneur de quelque grand prince; mais il y en a peu en Allemagne qui passeront cet ouvrage en egard aux belles planches et autres particularités, le Sme Successeur n'ayant rien epargné qui pourroit marquer l'amour qu'il portoit à feu son frere. Tout le monde sçait combien un Duc d'Hanovre comme un des princes Regens de la maison de Bronsvic a de part aux affaires generales. C'est pourquoy les personalia, ou ce qu'il y a de sa vie inseré dans cet ouvrage servira à l'histoire du temps. Comme ce prince avoit pour moy une bonté particuliere, j'ay marqué ma gratitude par les vers que je vous envoye, qu'on a aussi inserés dans cet ouvrage, mais que j'ay fait imprimer à part pour les pouvoir communiquer moy même. Vous y pourrés remarquer Monsieur que ce grand prince se plaisoit merveilleusement à toute sorte de belles connoissances; et comme le vray phosphore, ou ce feu maniable qui a esté trouvé depuis quelques années, fut travaillé et demonstré icy par l'inventeur, et même perfectionné en quelque façon en ma presence, le tout suivant les ordres de feu S.A.S., j'en ay inseré une description dans ces vers, pour diversifier un peu la matiere. Les sciences ont tousjours beaucoup d'obligation aux Princes qui les aiment, c'est pourquoy il est juste d'en conserver la memoire pour servir d'exemple. L'Eloge de celuy cy que feu Monseigneur l'Evesque de Padeborne et Munster (qui estoit luy même si digne de louanges) a fait, que j'ay adjouté à cet Epicede, est bien expressif, et ne sçauroit passer pour suspect. Cependant je n'ay rien à vous prescrire, et je suis avec passion

Monsieur