Series II Band 2 · No. 289.
LEIBNIZ AN CLAUDE NICAISE
Hannover, 1./11. Oktober 1694. [284.]
Hanover ce 1/11 Octobr. 1694
Je n'ay point manqué, Monsieur, d'envoyer vostre lettre à Mons. de Spanhem. Si je reçois quelque chose de luy pour vous, je ne manqueray pas de le vous envoyer.
Si vous parlés un jour au P. Noris du Calendrier Gregorien, et de ceux qui ont crû qu'il y falloit retoucher, non pas pour le reformer, mais pour l'expliquer; n'allés point luy dire, que je pretends de donner quelque chose là dessus: comme il semble que vous l'avés pris. Cela est nullement mon dessein, et n'estant pas de vostre parti, j'aurois fort mauvaise grace de m'y ingerer. Mais je vous ay mandé seulement, que dans Rome même on a crû que cela se pouvoit, et que François Levera en a fait imprimer un Livre à Rome. D'où il s'ensuit que la chose se pourroit faire sans donner aucune atteinte à l'autorité du Pape, et pourroit estre menagée en sorte avec l'entremise des puissances, qu'encor des protestants s'en pourroient accommoder. Si on pouvoit avoir ce que M. Ouvrard a fait imprimer autres fois sur ce sujet, j'en serois bien aise. Je m'étonne que feu M. le Cardinal Slusio a rebuté d'abord la pensée de M. Ouvrard. Il faut qu'il ne se soit point souvenu de Levera. J'ay parlé à feu M. Ouvrard, quand j'estois à Paris. Il faudroit tacher de conserver ses travaux sur la Musique. Je suis bien faché aussi de la perte de M. l'Abbé Berthet, qui avoit asseurement d'excellentes choses sur la Musique. Si vous avés quelque ami auprés de M. le Cardinal de Bouillon, la chose vaut bien la peine, qu'on s'informe, où ses écrits sont devenus.
Ne peut on pas sçavoir des particularités de la mort de M. Arnaud; Et si la grande collection des oeuvres de plusieurs auteurs de son parti, paroistra encor.
Il me semble que M. Lantin, outre son Histoire des plaisirs, veut encor nous donner quelques pensées importantes sur les nombres, il en a sur toute sorte de matieres. Je vous supplie de luy faire mes baisemains dans l'occasion, aussi bien qu'à Mons. l'Abbé Boisot, à qui j'ay bien de l'obligation des liberalités qu'il offre de me faire. Je n'ay aucune des trois pieces dont il parle. Ainsi je seray ravi de les obtenir. La voye la plus seure seroit peutestre, de les envoyer à Bâle (qui n'est pas fort loin de la Franche Comté) à Mons. Bernoulli professeur de Mathematiques qui est de mes amis. Car M. Bernoulli me feroit bien la faveur d'envoyer ce paquet à Leipzig avec les Marchands de Bâle, ou de Suisse, qui vont à la foire de Leipzig.
Puisque vous demandés à Mons. Spanheim des nouvelles de Mons. Morel, je vous en donneray par avance. Mons. le Comte de Schwarzbourg (vous sçavés que ces Comtes vont presque du pair avec des Princes de l'Empire) qui est un des plus curieux Seigneurs de l'Allemagne, et qui a amassé un Cabinet tres considerable, l'a attiré à luy pour avoir le soin de ce Cabinet. Il m'a écrit luy même d'Arnstat qui est le lieu de la residence de ce Seigneur de sorte que si vous demandés quelque chose de luy, ou voulés luy mander quelque chose, vous n'avés qu'à me l'adresser. Il pense plus que jamais à son grand dessein de donner une collection des medailles Antiques; et il a plus de 25000 ectypes. On m'a dit, qu'il fera imprimer en Allemagne une traduction de la Science des Medailles du P. Joubert, avec des remarques, qui serviront à l'éclaircir.
Je m'etonne qu'on fait tant de bruit en France sur la Comedie; et qu'une profession que le souverain autorise par des gages donnés publiquement, fait exclure des sacremens ceux qui en sont. N'est ce pas que tout le monde joue sa Comedie? Voicy des vers que j'ay vûs sur cette querelle: Severes directeurs des hommes,
Sçavés Vous, qu'au siecle où nous sommes
Un Moliere edifie autant que Vos leçons?
Le vicieux bien raillé n'est pas sans penitence.
Il faut pour reformer la France
La Comedie ou les Dragons.
La Moderation de M. l'Abbé de la Trappe à l'egard de ses adversaires est tres louable.
Qui est ce Mons. de Court, dont vous parlés dans vostre lettre à M. Spanhem[?] Vous dites un tres bon mot sur la mort de M. Arnaud, que personne n'y perd plus que ceux qui y croyent gagner. J'y perds aussi, car je luy voulois envoyer à examiner la suite de mes pensées philosophico-theologiques, comme j'avois fait il y a quelques années, quand nous avons echangé plusieurs lettres là dessus, où des matieres d'importance sont éclaircies.
Outre la suite de mon Code diplomatique je pense à publier un Recueil de quelques Historiens medii aevi non imprimés; où je joindray un Ditmarus plus entier et plus correct que celuy que nous avons, où manquent des feuilles entieres, et quantité d'endroits de consequence. Il y aura aussi une ancienne Chronique de Treves, et une de Breme, plus ancienne que celle de Woltherus, Et une Chronique d'un certain Martinus Minorita, Et une continuatio Chronici Slavorum Helmoldi, Et d'autres pieces de cette nature, mais qui sont principalement pour l'Histoire d'Allemagne.
Je suis ravi d'apprendre par vostre lettre que vous jouissés du beau sejour d'un lieu delicieux à la campagne. Je vous y souhaitte une parfaite santé, et suis avec zele
Monsieur vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz