Series II Band 2 · No. 288.

LEIBNIZ AN HENRI BASNAGE DE BAUVAL

[Ende Sommer 1694.] [262.]

French

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Monsieur

Je ne voudrois pas interrompre vos occupations, qui semblent vous attacher. Je prends neantmoins cette liberté presentement, pour vous demander si Mons. Leers est allé en France, car je n'en apprends rien de Paris, où il vouloit porter quelques exemplaires de mon Code Diplomatique. Il avoit paru pressé, et sa premiere lettre le témoignoit, mais je ne sçay pas même, s'il est parti presentement. Cependant je souhaitte de le sçavoir, pour apprendre ce qu'il veut faire des exemplaires que je luy ay fait tenir. J'avois souhaitté, qu'il en eût porté un nombre en France, pour le quel je m'offrois même de luy payer les frais de la voiture, sauf à luy d'en porter encor d'avantage. Mais je n'en ay rien appris du tout.

J'ay vû depuis quelque temps ce que vous avés dit de mon Code Diplomatique dans vostre Histoire literaire, et vous en ay de l'obligation. J'ay remarqué aussi que l'auteur de la Bibliotheque universelle parlant à la même occasion des lettres de la derniere partie des reflexions de feu Monsieur Pelisson, m'attribue une opinion que je n'ay point rapportée comme mienne, mais que j'ay dit expressement estre desapprouvée des protestans, et que j'ay seulement mise en avant comme un argument ad hominem, faisant voir qu'elle est conforme aux principes des docteurs de l'Eglise Romaine, et que ces Messieurs si contraires à la tolerance civile, sont pourtant plus relachés à l'egard de la Tolerance ecclesiastique que les Protestans mêmes. Je souhaiterois qu'il me fit justice là dessus, de peur de donner sujet à quelcun des nostres de me faire une querelle. Il pourroit le faire sans donner aucune apparence de retractation; en disant seulement, dans l'occasion: ~~qu'il est estonnant que Messieurs les Romanistes font tant de bruit de la necessité de l'Eglise, puisqu'il a esté prouvé dans les lettres que j'ay echangées avec Monsieur Pelisson, qu'ils sont eux mêmes bien plus relachés ou moins rigides que les protestans, lors qu'ils s'agit de condamner non seulement les heretiques mais encor les payens ou autres infideles; qui seront sauvés selon des Docteurs Romains celebres, pourveu qu'ils aiment Dieu sur toutes choses, quand ils n'auroient jamais entendu parler de Jesus Christ. Ce que les Protestans n'approuvent point, comme j'ay eu soin de faire remarquer.*

*Un jeune homme d'esprit et de sçavoir nommé Monsieur Olearius a donné un essay *de Nummis Bracteatis*, qui se trouvent de temps en temps en Allemagne et qui ont esté battus* *depuis quelques siecles. On y trouve quelques fois des éclaircissemens de l'Histoire.

Le celebre Monsieur Morel qui a entrepris le grand dessein de donner un recueil complet des Medailles antiques, et qui en a tant de milliers d'Ectypes, m'a écrit d'Arnstat où il s'est rendu chez Mons. le Comte de Schwarzbourg, qui est tres intelligent en ces matieres, et a un excellent cabinet, dont Mons. Morel aura soin. Ce qui luy donnera la commodité d'achever son grand ouvrage. Les essais que Mons. Morel a déja donnés à Paris font connoistre qu'il y est merveilleusement propre. Et il sera glorieux à Monsieur le Comte de contribuer à l'execution d'un projet si utile.

On m'a envoyé la dissertation latine tres bien ecrite qu'un sçavant homme nommé M. Cramer a fait imprimer à Berlin, et adressé à M. Carpzov, où le P. Bouhours qui avoit mis en doute autresfois, si des septentrionaux pouvoient estre du nombre des beaux esprits, est un peu maltraité; parmy quantité d'exemples fameux on luy oppose particulierement la famille Palatine; tout le monde a connu le genie elevé de l'Electeur Charles Louys, et pour ce qui est de ses soeurs, sa fille et sa niece, la France même les a veues et admirées. Car il faut sçavoir que Mad. l'Electrice de Bronsvic a fait un tour en France autresfois avec sa fille qui est maintenant Mad. l'Electrice de Brandebourg. Mais si le Pere Bouhours persistoit à donner encor l'exclusion aux dames, comme il avoit fait dans ses entretiens, on parle de le condamner à faire* *amande honnorable, et en le bannissant de l'Empire de la Galanterie, de le confiner dans les isles desertes de la Scholastique où il ne liroit que S. Thomas et le breviaire, et n'ecriroit que du peché philosophique. Voila des terribles menaces. Je crois que ces deux Messieurs ne seront pas fachés qu'on croye qu'ils n'ont voulu ecrire sur ce sujet que pour s'en égayer.

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M. Olearius a donné un essay de Nummis Bracteatis, c'est à dire des monnoyes laminaires *qui se trouvent de temps en temps en Allemagne, et qui ont esté battues depuis quelques siecles. Elles servent à éclaircir L'Histoire de ces temps là.

J'ay quelque commerce avec M. Morel, qui a entrepris le grand dessein de donner un recueil complet des medailles antiques, et qui en a tant de milliers d'Ectypes. Il est à Arnstat, chez M. le Comte de Schwarzbourg, qui est fort éclairé et fort curieux, et a un excellent cabinet, dont M. Morel doit avoir soin. Ce qui luy donnera d'autant plus de commodité pour achever son grand ouvrage, qu'il est si capable d'executer. Il vient de donner des remarques sur la science des medailles du R.P. Joubert.

*Mons. Cramer, homme d'esprit et de sçavoir, a fait imprimer à Berlin une dissertation latine tres bien écrite et adressée à M. Carpzovius de Leipzig, où le R.P. Bouhours, qui avoit mis en doute autresfois si nostre nation pouvoit avoir des beaux esprits, est un peu maltraité. Parmy quantité d'exemples fameux on luy en oppose particulierement la famille Palatine. Tout le monde sçait que l'Electeur Charles Louys avoit un genie elevé joint à une grande delicatesse d'esprit, egalement maistre dans la science de regner, et dans l'art de plaire. Et deux de ses soeurs, sa fille et ses nieces ont esté connues et admirées en France. Car vous sçavés, que Mad. l'Electrice de Bronsvic y a fait un tour autres fois avec sa fille qui est maintenant Mad. l'Electrice de Brandenbourg. Pour ne rien dire de feue Mad. la princesse Elisabet. Si le P. Bouhours persistoit à donner encor l'exclusion aux Dames, comme il avoit fait dans ses entretiens, on parle de le faire bannir de l'Empire de la Galanterie, pour estre confiné dans les* *Isles desertes de la Scholastique, où il ne liroit que S. Thomas et son breviaire, et n'écriroit que du peché philosophique. Voilà des terribles menaces, et Mons. Cramer aparemment a crû, que toute la Trappe n'auroit point de penitence plus rude à proposer à un auteur du caractere du P. Bouhours. Cependant si ce Pere veut absolument des hommes et s'il desire qu'on mette les princes à l'ecart, je voudrois qu'il eût esté à Nimwegue lors qu'il y avoit des grands personnages de la part de plusieurs puissances; ou du moins qu'il eut connu autresfois à Paris M. le Comte de Windischgräz, qui a maintenant la principale direction de ce qui regarde l'Empire à la Cour de Vienne, mais qui a déja manié les plus grandes affaires de l'Europe depuis tant d'années; et qu'on a vû briller autresfois à la Cour de France, d'une maniere qui ne le faisoit pas moins admirer dans les conversations galantes que dans les conferences sur les importantes matieres d'estat qu'il y traitoit alors de la part de l'Empereur.

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J'ay Am Kopf der Seite von Leibniz' Hand: A M. Bauval remarqué qu'un Lecteur pourroit prendre les paroles de la Bibliotheque universelle, *comme si l'auteur m'attribuoit l'opinion du salut des infideles par l'amour de Dieu, sans connoissance de Jesus Christ, au lieu que je l'ay seulement rapportée dans mes lettres à M. Pelisson comme une opinion de plusieurs Docteurs de l'Eglise Romaine, pour en tirer un argument ad hominem et pour monstrer, que ces Docteurs renversent eux mêmes les privileges* *qu'ils donnent à l'Eglise, et sont bien plus portés à l'indifferentisme, que les protestans, qu'ils en accusent, que je dis expressement n'approuver point cette doctrine.

M. Olearius a donné un essay de nummis bracteatis, ou des monnoyes laminaires qui se* *trouvent de temps en temps en Allemagne et qui ont esté battues depuis quelques siecles.

M. Morel, qui a entrepris le grand dessein de donner un recueil complet des medailles antiques, et qui en a tant de milliers d'Ectypes; est à Arnstat chez M. le Comte de Schwarzbourg qui est fort eclairé et fort curieux, et a un excellent cabinet, dont M. Morel aura soin: ce qui luy donnera d'autant plus de commodité d'achever son grand ouvrage.

M. Cramer homme d'Esprit et de sçavoir a fait imprimer à Berlin une dissertation latine tres bien écrite et adressée à M. Carpzovius de Leipzig, où le R.P. Bouhours qui avoit mis en doute autres fois si des septentrionaux pouvoient estre du nombre des beaux esprits, est un peu maltraité. Parmy quantité d'exemples fameux on luy oppose particulierement celuy de la famille Palatine. Tout le monde sçait que l'Electeur Charles Louys avoit un genie elevé joint à une grande delicatesse d'esprit. Et deux de ses soeurs, sa fille et sa niece ont esté veues et admirées en France. Car vous sçavés, que Mad. l'Electrice de Bronsvic y a fait un tour autres fois avec sa fille qui est maintenant Mad. l'Electrice de Brandenbourg. Pour ne rien dire de feue Mad. la princesse Elisabet. Si le P. Bouhours persistoit à donner encor l'exclusion aux Dames, comme il avoit fait dans ses entretiens; Mons. Cramer dit, qu'elles le banniront de l'Empire de la Galanterie et le feront confiner dans les Isles desertes de la Scholastique, où il ne liroit que S. Thomas et son breviaire, et n'écriroit que du peché philosophique. Voilà des terribles menaces. Cependant si ce Pere veut absolument des hommes, je voudrois qu'il eût esté à Nimwegue lors qu'il y avoit des grands personnages de plusieurs puissances; ou du moins qu'il eut connu autres fois à Paris M. le Comte de Windischgräz qui a maintenant la principale direction de ce qui regarde l'Empire à la Cour de Vienne, mais qui a déja manié les plus grandes affaires de l'Europe depuis tant d'années; et qu'on a vû briller autresfois à la Cour de France, d'une maniere qui ne le faisoit pas moins admirer dans les conversations galantes que dans les conferences d'estat sur les importantes matieres d'estat qu'il y traitoit alors de la part de l'Empereur.